ARTHROPOMANIA BOTANICA

25 mai 2017

ARACHNE PORTE-CROIX !

DSC_2651

Bonjour à tous et bienvenue sur la toile !

Araneus diadematus - PIT Guérigny - 22 septembre 2010 - 2

Clique sur les images pour les agrandir !

Je suis Araneus diadematus, plus connue sous les pseudonymes d'épeire diadème et surtout d'araignée porte-croix. Cette dernière appellation d'usage courant trouve son origine dans une célèbre légende chrétienne, rattachée à la Passion du Christ. Comment ? tu ne la connais pas ? Alors, puisque tu insistes, je vais t'en tisser la trame...

114

" En ce temps-là, Jésus Christ, agonisant sur la croix, était tourmenté par des dizaines de mouches qui se régalaient de son sang. Non loin de là, Araneus, mon vénérable ancêtre, eut pitié, quitta sa toile et grimpa vers son visage. Soigneusement, l'araignée broda une toile autour de la tête du crucifié qui bientôt disparut sous un voile grisâtre. Sa tâche accomplie, Araneus redescendit et rampa sur le sol vers sa propre toile. A cet instant, l'ombre de la croix tomba pile sur son dos. Satisfait d'avoir soulagé le condamné, mon ancêtre retourna lentement vers sa propre toile. Et là, médusée, l'araignée s'aperçut que la croix sur son dos n'avait pas disparu ! Depuis, on raconte que la reconnaissance de Dieu pour la compassion d'Araneus a été transmise à tous ses descendants qui portent encore aujourd'hui ce beau décor en forme de croix, situé au point le plus haut de l'abdomen tel un diadème enserrant le sommet d'une tête couronnée. "

122

Tu pourrais croire que cette histoire nous ait été salutaire ! Et bien, pas du tout ! Car au cours des siècles, les épeires porte-croix ont été les victimes de superstitions issues de cette légende. En effet, pour faire tomber la fièvre, pour soigner une infection pulmonaire ou stomacale, les Anciens avaient coutume d'enfermer l'une de mes aïeules dans deux coquilles de noix évidées et collées ensemble qu'ils faisaient porter autour du cou du malade... Je te laisse imaginer la terrifiante mort lente qui attendait chacune de ces épeires victimes de l'ignorance humaine et d'un sombre obscurantisme religieux !

Mais parlons d'autre chose... De mon nom vernaculaire, si tu en es d'accord ! En effet, "épeire" signifie en grec "nouer au-dessus", belle allusion à ma superbe toile tissée, (nouée) à bonne hauteur au-dessus du sol... Cette fameuse toile a fait la réputation de tous les membres de ma grande famille : les Aranéidés !

araignee_002

Toutes, nous bâtissons des toiles orbiculaires (en forme d'anneau), essentiellement verticales, généralement munies d'un robuste fil d'avertissement reliant le moyeu (le centre) dense à un abri situé au-dessus ou sur le côté. Cependant, attention ! Moi, Araneus diadematus, je fais exception à la règle car contrairement à la majorité des autres espèces de ma famille, je m'installe généralement au centre de ma toile et ne bâtis pas de loge.

toiles_araneus_page_2[1]

Ma toile orbitèle, construite en cercles réguliers, mesure de 40 à 50 centimètres de diamètre et on compte, en moyenne, une trentaine de rayons. Sur le schéma ci-dessus, on distingue bien le moyeu dense, une zone de stabilisation de 6 à 8 spires, un espace sans enroulement et finalement la zone de capture faite de soie engluée dont chaque spire est distante d'environ 3 millimètres de la précédente.

Araneus diadematus - PIT Guérigny - 22 septembre 2010 - 1

Ma toile capture une grande variété d'insectes volants. J'emmaillote les plus gros mais délaisse les plus petits (tels les pucerons) que je consommerai au moment de la réfection de ma toile. En effet, je suis très pointilleuse, perfectionniste et écologiste ! Aussi, en principe, je ne répare jamais ma toile : si celle-ci est endommagée, je la reconstruis entièrement, plusieurs fois par jour si nécessaire... Et tu te doutes bien que, pour faire "des économies", je recycle la soie de l'ancienne toile en la consommant.

Araneus diadematus - Urzy - 14 mai 2010 - 2

"Pelote" d'araignons prête à "exploser" à la moindre perturbation...

Une autre de mes fiertés sont mes petits ! Les juvéniles, jaunes et portant un triangle noir sur le "dos", émergent en mai de l'année suivante après avoir passé tout l'hiver bien au chaud, à l'abri d'un cocon de soie jaune caché dans la litière ou sous des écorces. Mes magnifiques bébés, une fois sortis de leur cocon, restent groupés en pelote une journée ou deux avant de s'envoler individuellement au bout d'un fil de soie qu'ils secrètent pour leur dispersion.

8035

Ce ballet aérien est souvent surnommé le "phénomène des fils de la Vierge" (hé oui ! encore une référence religieuse...) mais les aranéologues appellent ce moyen de déplacement original le "ballooning". Je suis d'ailleurs très inquiète car mes chers petits araignons sont emportés parfois par les vents à des hauteurs très élevées, avoisinant les 30 mètres

montgolfiere-image-animee-0025

montgolfiere-image-animee-0009

Le ballooning s'observe à toutes saisons mais, en France, plutôt au cours de deux périodes :

en été (juin à août) et à l'automne (octobre - novembre).

33

Grâce à ce mode original de déplacement,

les araignées se sont installées partout sur la planète.

Elles sont parmi les espèces pionnières

qui colonisent de nouveaux territoires

ou regagnent des milieux ayant été perturbés...

                                                                                                        Inachos


03 mai 2017

SPEEDY MORO !

DSC_2651

 Passionné(e) de papillons et/ou d'aviation, bien le bonjour !

Etrange entrée en matière, me diras-tu ? Pourtant l'article qui suit devrait intéresser tout autant mes ami(e)s lépidoptéristes que les amateurs d'objets volants identifiés...

Macroglossum stellatarum - Varennes bourg - 8 juin 2015 - 3 

Cliquer sur les images pour les agrandir !

Mais pardon, chère lecteur, chère lectrice, de ne m'être point encore présenté. On m'appelle souvent Moro-sphinx ou "Speedy Moro" dans l'intimité des super héros ! ! ! Si, si, je t'assure que ma notoriété n'est pas un vain mot. Car là où de très nombreuses espèces d'insectes doivent se contenter de leur seul nom scientifique, les humains ont fait preuve à mon égard d'une grande débauche de petits "noms d'oiseaux" : plus d'une trentaine dans l'hexagone ! Te rends-tu compte que je suis une véritable célébrité nationale ?

Bon ! Puisque tu insistes, je te livre quelques-uns de ces noms vernaculaires : Moro-sphinx ! Sphinx fou ! Sphinx colibri ! Sphinx moineau ! Sphinx queue de canard ! Oiseau-mouche ! Bec d'oiseau ! Sphinx du caille-lait ! Macroglosse du caille-lait ! Macroglosse des gaillets ! ...

Reprenons, si tu le permets, le nom le plus communément utilisé, à savoir "Moro-sphinx" qui se traduit par sphinx "fou" en considération de l'extrême rapidité de mes déplacements d'une fleur à l'autre et de ma capacité à faire du vol stationnaire tel un robuste hélicoptère.

helicoptaire020

 

La précision de mon vol alliée à une vitesse peu commune mérite bien que l'on s'y attarde quelque peu. Au titre des particularités, on notera la cadence du battement de mes ailes, de l'ordre de 75 par seconde, ce qui est considérable pour un papillon, si bien que mes ailes en question en deviennent pratiquement "invisibles".

Macroglossum stellatarum - près Surzur - Bretagne - 18 juillet 2010 - 2 compressée 

Sphinx "queue de canard" en vol stationnaire !

Mais alors, pourquoi donc une telle cadence ? Celle-ci est principalement imposée par la petitesse de ma surface alaire portante en regard du poids et du volume de mon corps quelque peu ... rondelet ! Bien entendu, tu l'auras deviné, il s'ensuit une dépense énergétique considérable, d'où la nécessité de butinages nourriciers incessants à un rythme effréné, eux-mêmes très énergivores ! N'est-ce point là une parfaite illustration de la quadrature du cercle, du noeud gordien, du cercle vicieux ?

Outre mon vol stationnaire de type colibri, je suis capable d'atteindre des pointes de 50 km à l'heure. En vol de croisière, ma vitesse moyenne avoisine 40 km par heure, ce qui me permet de parcourir de longues distances et me place parmi les papillons les plus rapides de la planète.

Si je suis un long-courrier, cela signifie que j'appartiens à la confrérie des ... papillons migrateurs ! Mais tu l'avais certainement deviné en lisant le paragraphe précédent...

Je migre chaque année de mes terres natales du Maghreb et de l'Europe méditerranéenne vers des latitudes plus septentrionales où je produis sur place une génération estivale.

0121

Durant les étés secs et chauds, tu nous as sans doute vus apparaître de façon massive, investissant les balconnières et les parterres fleuris des villes. Certains de mes congénères, nés en Europe, effectuent manifestement une migration de retour vers le Sud. D'autres copains tentent d'hiverner sur place, avec un certain succès semble-t-il depuis quelques années, en liaison probable avec le réchauffement climatique actuel.

163

Mais en hiver, un grand nombre d'entre nous préfère résider sous les climats tempérés les plus chauds : en Espagne, Portugal, Italie, Turquie, Afrique du Nord... Nous ne survivons que rarement à la froidure des régions plus "arctiques" comme au nord des Alpes en Europe ou au nord du Caucase en Russie.

L'analogie avec l'aviation ne s'arrête pas là ! En effet, je ne me pose jamais sur les fleurs et ne pratique que le ravitaillement en vol grâce à une très longue trompe d'environ 2 cm et demi. A l'aide à cet organe formidable, j'aime à recueillir le savoureux nectar des fleurs à corolles profondes : lavande, jasmin, buddleia, violette, pétunia, lilas, etc.

Macroglossum stellatarum - près Surzur - Bretagne - 18 juillet 2010 - 1

Macroglossum stellatarum se ravitaillant sur un buddleia...

Macroglossum stellatarum - Varennes bourg - 8 juin 2015 - 1

 

 

 

 

 

et ici, sur un pied de lavande.

 

 

 

 

 

           On remarque la longue trompe à l'extrémité colorée de nectar.

L'étymologie du nom de genre "Macroglossum" de ce Sphingidé est très explicite. Observe plutôt :

macro = grande et glossa = langue

Il me reste à partager avec toi un petit secret... En effet, j'aime voler en fin d'après-midi, mais jamais la nuit, ce qui est tout à fait inhabituel pour un sphinx, les Sphingidés étant pour la plupart nocturnes, bref ! des papillons de nuit, des Hétérocères ! Le soir venu, je me cache dans l'anfractuosité d'un rocher ou d'un mur où je passe d'autant plus inaperçu qu'au repos, mes ailes antérieures ternes recouvrent les postérieures orangées.

Macroglossum stellatarum - Picasso - Urzy - 29 juin 2012 - 5Macroglossum stellatarum - Picasso - Urzy - 29 juin 2012 - 6

 

Le Moro-sphinx est l'une des rares espèces diurnes de sa famille

avec le Sphinx fuciforme ou Sphinx gazé (Hemaris fuciformis)

et le Sphinx bombyliforme (Hemaris tityus),

espèces moins fréquentes en France.

                                                                                                        Inachos

 

 

 

29 janvier 2017

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

DSC_2651

nouvel_an_073

Création Voeux 2017

                                                                                                        Cliquer sur les images pour les agrandir !

Chère lectrice, cher lecteur,

En ce début d'année 2017, mes voeux auront pour thème les droits de l'animal, " être vivant doué de sensibilité ". Souhait optimiste, s'il en est !

Se projeter vers l'avenir, bâtir des rêves ou laisser libre cours à ses aspirations, tout cela va de pair avec l'espoir. Pour beaucoup cependant, il ne faut pas se laisser glisser dans les espérances car les déceptions sont parfois cruelles. Mais croire, vivre en gardant espoir aide à se relever des coups durs de la vie et à avoir confiance dans le futur. L'espoir n'est-il pas cette lueur, ce souhait proféré par plaisir ou par conviction ?

Je me souviens qu'il y a tout juste deux ans, le 28 janvier 2015, l'Assemblée nationale votait en lecture définitive le projet de loi relatif à la modernisation du droit de l'animal, désormais reconnu comme un " être vivant doué de sensibilité " dans le Code civil (nouvel article 515-14) et non plus considéré comme un bien meuble (article 528). Aussi, n'étant plus défini par ses valeurs marchande et patrimoniale, je me suis réjoui qu'il le soit par sa valeur intrinsèque... Innocemment, j'ai aussitôt pensé que j'assistais là à un tournant historique mettant fin à plus de deux cents ans d'une vision archaïque de l'animal dans le Code civil et prenant enfin en compte l'état des connaissances scientifiques et l'éthique de notre société du vingt-et-unième siècle. Quelle grossière erreur !

En effet, ces quelques phrases symboliques dans le Code civil n'apportent rien sur le fond. Au final, avec cet amendement, l'animal est toujours soumis au régime des biens corporels. Cela ne change en rien les comportements envers les animaux qui pourront toujours être vendus, loués, exploités... Les pratiques les plus cruelles, comme la corrida, la chasse à courre, les combats de coqs, l'abattage rituel, certaines formes de pêches ou d'élevage, ne sont pas du tout remises en cause.

corrida-image-animee-0003                                                         taureau002

Par exemple, le Code civil continue d'exclure de son domaine les animaux sauvages qui sont pris en compte par le Code de l'environnement. Or ce dernier ne reconnaît pas leur sensibilité ! Il ne les considère pas non plus comme des individus mais comme des espèces tantôt nuisibles tantôt protégées. Actuellement, un animal sauvage voit sa sensibilité reconnue tant qu'il est tenu captif dans un zoo ou un cirque. Mais si le même animal s'enfuit, il n'existe plus juridiquement et n'est plus protégé en tant que tel : c'est totalement aberrant ! L'idée la plus cohérente serait déjà de reconnaître la sensibilité de l'animal sauvage vivant en liberté !

Ensuite, le Code pénal ne reconnaît pas officiellement l'animal comme un être sensible, mais seulement implicitement. Les atteintes aux animaux sont classées à côtés des infractions contre les personnes et les biens, dans le chapitre " autres délits ". Aussi ces actes de cruauté sont-ils moins sanctionnés qu'un simple vol d'un bien. Il semble donc urgent d'apporter un certain nombre d'aménagements à ce Code pénal !

tribunal004

Quant aux animaux d'élevage, ils sont cette fois régis par le Code rural, qui est le véritable code animalier, celui qui détermine la façon de les entretenir, de les élever, de les soigner, etc. Or ce dernier reconnaît déjà l'animal comme " être sensible " depuis la loi sur la protection de la nature de 1976. Pour autant, cela ne l'empêche pas de considérer, en substance, que leur souffrance, dans les abattoirs notamment, est utile car nécessaire à l'alimentation de la population !

Arrivé à ce premier stade de mon discours, une première et brève synthèse s'impose. C'est aussi mon premier voeu pour 2017 !

Pour qu'il y ait un véritable changement, la question est de savoir dans quelle société nous voulons vivre. Veut-on poursuivre l'exploitation de la souffrance animale ou sommes-nous prêts à certains efforts ? C'est d'abord, me semble-t-il, un débat sociétal que nous devons avoir et une discussion avec les éleveurs, les chasseurs, les pêcheurs... L'idée n'est pas de remettre en cause nos modes de vie du jour au lendemain mais on peut déjà poser des garde-fous pour éviter les pratiques les plus choquantes et les moins respectueuses des animaux. A l'issue de cette démarche, il conviendra, bien entendu, de mettre en cohérence Code civil, Code de l'environnement, Code pénal et Code rural !

objets-livre-00051

Après le développement de ces aspects législatifs, rapprochons-nous de l'animal en termes de sensibilité et de conscience.

Comme les humains, les non humains sont capables de ressentir du plaisir ou de l'aversion. C'est ce que confirment les scientifiques avec les dernières études sur la " sentience " animale. Une révélation qui pose plus que jamais la question de notre rapport aux autres animaux ! 

En son temps, Charles Darwin déclarait : " Il n'y a pas de différence fondamentale entre l'Homme et les mammifères supérieurs sur le plan des facultés mentales. La différence intellectuelle entre l'Homme et les animaux supérieurs, si grande soit-elle, n'est qu'une question de degré et non de genre. "

imagesYYCQCEMAvliu6gaw

Il aura fallu attendre le XXIème siècle pour que les scientifiques donnent raison au grand homme et le prouvent avec les dernières études sur la " sentience " (du latin sentiens, " ressentant ").

Le concept de " sentience " est central en éthique animale car un être " sentient " ressent la douleur, le plaisir et diverses émotions : ce qui lui arrive lui importe ! Ce fait lui confère une perspective sur sa propre vie, des intérêts (à éviter la souffrance, à vivre une vie satisfaisante, etc.), voire des droits (à la vie, au respect...). Ces intérêts et ces droits impliquent des devoirs moraux de notre part envers les autres êtres " sentients ".

Si la définition précise de la " sentience " et la question de savoir si elle est présente chez tout animal (peut-être même chez les arthropodes !) font toujours débat, il est aujourd'hui reconnu par tous que les animaux sont des êtres sensibles, à un degré plus ou moins élevé. Autrement dit, un animal éprouve un ensemble de sentiments (sensations, perceptions et émotions) positifs ou négatifs, depuis la douleur et la peur jusqu'au plaisir et la joie. Des études scientifiques ont d'ailleurs montré que certains animaux présentaient un type de capacités mentales de haut niveau que l'on croyait, jusqu'alors, réservées aux seuls humains comme être conscients d'eux-mêmes, être capables de résoudre des problèmes nouveaux, avoir des représentations mentales ou encore comprendre ce que d'autres animaux savent ou se disposent à faire. Et cela, que l'animal soit sauvage, animal de ferme ou animal familier !

Depuis quelques décennies, nombre d'exemples issus d'une très grande quantité d'études scientifiques attestent cette révélation. Ainsi, les babouins et les pigeons assimilent des concepts abstraits comme la similitude ou la différence. Certains animaux utilisent des techniques pour tromper leur entourage comme le porc qui peut le faire délibérément pour éviter qu'un de ses congénères ne lui vole sa nourriture.

53254

Les moutons sont, quant à eux, capables de garder le souvenir d'autres moutons ou de personnes humaines pendant au moins deux ans. Un mouton réagit aussi de façon émotionnelle à un visage : il préfère un mouton ou un humain aimable à un mouton ou un humain en colère.

46                       

27983poules014

Les poulets comprennent qu'un objet caché continue d'exister, une faculté qui dépasse celle des enfants en bas âge. Les grands singes et les grands dauphins montrent qu'ils sont conscients d'eux-mêmes et se reconnaissent dans un miroir...

Au moment où nous célébrons le 208ème anniversaire de la naissance du père de l'évolution, la science fait un pas de plus en assurant que l'être humain n'est pas le seul " animal " capable de planifier à long terme. Une étude scientifique publiée en mars 2009 a, par exemple, révélé qu'un chimpanzé mâle de 31 ans, détenu au zoo de Furuvik, en Suède, planifie son avenir. Le matin, avant l'ouverture du zoo, ce chimpanzé, prénommé Santino, ramasse et empile des cailloux. Plus tard, dans la matinée, il jette ses cailloux en direction des visiteurs. L'animal stocke des munitions uniquement sur le versant de l'île qui fait face aux spectateurs, mais il ne prépare jamais de projectiles pendant la période de fermeture du zoo, en hiver. Pour Mathias Osvath, spécialiste en sciences cognitives à l'université de Lund en Suède et auteur de l'étude en question, " ces observations montrent de façon convaincantes que nos frères les grands singes envisagent bel et bien l'avenir d'une manière très complexe. Ils ont très vraisemblablement un "monde intérieur", comme nous lorsque nous revivons en pensée des épisodes passés de notre existence ou lorsque nous pensons aux jours à venir. " 

2f3f5hbq 

Depuis 1997, l'Union européenne reconnaît les animaux comme des " êtres sensibles ". Ainsi, le droit européen oblige les Etats membres à " tenir pleinement compte des exigences en matière de bien-être animal ". Cependant, les découvertes de ces dernières années en matière de "sentience" posent véritablement une autre question, essentielle : celle du rapport de l'homme à l'animal. En effet, si les animaux sont conscients de ce qu'ils ressentent, s'ils savent où ils sont, avec qui ils sont, comment l'homme peut-il continuer à les traiter comme des objets, à s'en servir comme des jouets ou des souffre-douleur, à les exploiter, à les enfermer, à les martyriser, à les maltraiter ? Alors que la science découvre sans cesse de nouvelles informations sur la capacité des animaux à ressentir, éprouver, penser... il est temps pour l'homme de reconsidérer la façon dont il pourrait être utile aux animaux plutôt que la façon dont les animaux pourraient lui servir. C'est à cette prise de conscience qu'est lié mon second voeu pour 2017 !

                                                                                                                           Inachos

 

happy-gandhi-jayanti-2016-images-hd-wallpapers copie

30 octobre 2016

MISUMENA LA TRANSFORMISTE !

DSC_2651 

Bien le bonjour, estimable inconnu(e) de la toile !

Commençons, sans plus attendre et sans chichis, par les habituelles présentations. On m'appelle communément la Misumène variable ! Mais d'aucuns me nomment simplement araignée citron en référence à l'un de mes coloris favoris ou bien araignée-crabe en raison de ma capacité à marcher latéralement. Qu'il soit dit en passant que je sais même reculer...

Clique sur la photo pour l'agrandir !

Misumena vatia - sur salicaires - Urzy - 29 juillet 2012 - 6

Misumena vatia sur une fleur de salicaire commune (Lithrum salicaria)

J'appartiens à la famille des Thomises, un nom patronymique qui, sans doute, m'a été attribué par erreur, sans avoir observé attentivement mon comportement. En effet, Thomise signifie en grec "lier avec une corde". Or, je n'emmaillote jamais mes proies dans du fil de soie...

Maintenant que les solennités requises sont faites, je vais te dévoiler l'énorme pouvoir dont Dame Nature m'a doté et qui tend à la pure magie !

Je suis capable, tiens-toi bien, d'homochromie !

magie006araignees-59araignees-59araignees-59araignees-59araignees-59

Comment ? Ignorerais-tu le sens de ce mot ? Approche ton oreille ... ce n'est ni plus ni moins que la faculté de me rendre invisible ! Si, si, c'est la pure vérité : juré, craché ! ! ! Oh, zut ! en plein dans ton conduit auditif...

Maintenant que tu as retrouvé l'ouïe, écoute et suis bien mes explications...

La plupart du temps, je me tiens tapie uniquement sur les fleurs blanches ou jaunes en attendant patiemment qu'une proie se présente car je chasse à l'affût, totalement immobile, les pattes avant écartées, prête à me saisir du premier insecte butineur venu.

1349Misumena vatia - Aude - 8 août 2012 - 1bis

Oui ! tu l'auras deviné, pour me rendre invisible je suis capable d'adapter ma couleur à celle des pétales de la fleur sur laquelle je chasse : mon corps et mes pattes deviennent jaunes si je demeure sur un pissenlit et blancs sur une inflorescence de carotte sauvage.

Détail capital : si tu me bandais les yeux, privée de vue, je deviendrais totalement inapte à ces mimétismes colorés !

C'est bon ? tu suis ? Alors poursuivons...

Ma couleur par défaut est blanche en raison d'un pigment blanc contenu dans mes tissus : la guanine. Ce pigment, qui est une base des acides nucléiques présente dans l'ADN, résulte de la dégradation des composés azotés du corps de mes proies. Ouais ! ! ! J'adore faire ma savante... Tiens ! voilà voilou la représentation chimique de la guanine.

1fedb9e7de_50034237_guanine-dp

Formule brute

C5H5N5O

soit 5 molécules de carbone, 5 molécules d'hydrogène, 5 molécules d'azote et ... une seule d'oxygène :

ça t'en bouche un coin ?

Mais trêve de pédanterie ... finis le cours de chimie ! Tu te demandes sans doute comment faire pour passer du blanc au jaune ?

Elémentaire mon cher Watson ! Il me suffit de synthétiser un pigment jaune mais cela prend pas mal de temps, environ une dizaine de jours. Tu l'auras compris, ma mutation colorée est lente et pour revenir à ma coloration blanche initiale, il me faut tout de même de 3 à 6 jours, le temps d'excréter le pigment jaune...

Quant aux taches rouges ou orangées qui existent parfois sur mon abdomen, elles ne disparaissent jamais lors des mutations colorées car elles procèdent d'un déterminisme génétique ... entends par là une sorte d'empreinte identitaire. Certaines misumènes naissent avec ces taches tandis que d'autres n'en possèderont jamais.

Misumena vatia - Aude - 8 août 2012 - 3Misumena vatia - sur salicaires - Urzy - 29 juillet 2012 - 2

Misumena vatia - sur salicaires - Urzy - 29 juillet 2012 - 7

Les taches rouges subsistant malgré la mutation colorée

Grâce à ce don extraordinaire, tu imagines bien que je suis une prédatrice redoutable. En effet, afférées à butiner nectar ou pollen, mes futures victimes ne voient pas le danger. Normal, puisque je suis invisible et figée ! Aussi, semblant surgir de nulle part, rapide comme l'éclair, je plante toujours mes crochets au niveau de leur "nuque". A voir la petite taille de mes chélicères, on ne croirait pas que mon venin soit à ce point actif sur les arthropodes !

Mon "poison", inoculé à proximité des ganglions cérébraux, permet une paralysie quasi instantanée. Cela m'évite des ripostes non désirées de la part de mes victimes qui risqueraient de s'envoler en m'emportant dans les airs ou de me piquer avec leur dard... Car je n'ai peur de personne et n'hésite pas à m'attaquer à des proies volumineuses : abeilles, bourdons, guêpes, mouches, syrphes, libellules ... et j'en passe !

Clique sur les images pour les agrandir !

Misumena vatia - près St-Aignan - 17 juillet 2010 - 1

Misumena vatia - Aude - 8 août 2012 - 7

Misumena vatia ayant capturé un caloptéryx éclatant (Calopteryx splendens)

Mais attention, je mange proprement ! Chacun des arthropodes sacrifiés n'est nullement mutilé et finit sous la forme d'une enveloppe sèche, vidée de son contenu (hum ! un régal !) mais intacte ! Une autre façon d'être encore et toujours magicienne, ne penses-tu pas ? 

Arrête de trembler et rassure-toi : je suis totalement inoffensive pour les humains ! Je te salue aimable inconnu(e) de la toile et laisse la parole à Inachos...

J'observe depuis toujours la nature et apprends pas à pas ce qu'est mon environnement, comment il s'articule et, automatiquement, je ne cesse de découvrir des merveilles. Oui, la nature est remplie de magie et elle attend patiemment que notre intelligence s'affine pour se laisser dévoiler. Au sein du groupe des arthropodes, l'araignée est mal aimée. Une personne sur quatre dans l'Hexagone aurait peur de ces petites merveilles. Pourtant, à l'affût sur les fleurs ou au coeur de la toile, courant entre les pierres ou pendue au plafond, l'araignée régule les populations d'insectes. Preuves scientifiques à l'appui, que l'arachnophobe en doute ou non, elle est l'amie de l'homme et lui rend de grands services dans les plus totales discrétion et indifférence. Aussi, puisque la magie a été au rendez-vous de cet article, je terminerai par cette citation de l'écrivain ivoirien Jean-Marie Adiaffi :

 La science, dans ses résultats,

est plus magique que la magie,

c'est une magie à preuves ! 

Inachos

magie_029

 

07 octobre 2016

PISAURA L'ADMIRABLE !

 

DSC_2651 

Bien le bonjour, ami(e) bipède !

Sans plus attendre, je me présente ... On m'appelle la Pisaure admirable (Pisaura mirabilis) et l'adjectif est loin d'être usurpé comme tu peux t'en rendre compte ci-dessous !

Clique sur les photos de cet article si tu souhaites les agrandir.

Pisaura mirabilis - Urzy - 9 juin 2014 - blog2

Ne trouves-tu pas que mon profil rappelle celui d'un gentil petit singe portant une casquette ?

 

pncxrcr2

 

En effet, je suis certainement l'une des araignées les plus faciles à identifier en raison de mon physique ... de cinéma ... si inhabituel. En premier lieu, je suis svelte, élancée, élégante et grande, jusqu'à 16 millimètres pour une femelle et 14 mm pour un mâle ... sans prendre en compte mes longues pattes, il va de soi !

Sur mon céphalothorax (partie antérieure du corps résultant de la réunion, au cours de l'évolution des espèces, de la tête et du thorax), premier indice, tu remarqueras immédiatement cette large bande médiane sombre coupée au milieu d'une fine ligne blanche se terminant en règle générale par une touffe de soies entre les yeux médians postérieurs ... la visière de la casquette, en quelque sorte, sur l'image du haut de page.

Mon abdomen, lui, est fusiforme (en forme de fuseau) avec dorsalement, second repère, un folium (dessin évoquant une feuille) très variable dont le contour est ondulant. Dans ce folium et selon les individus, tu découvriras tantôt une bande claire, tantôt des <<<chevrons>>>. Ces motifs sont généralement bien plus nets chez les mâles.

Agrandis pour observer mes joues et mes yeux ! Pisaura mirabilis - Urzy - 9 juin 2014 - 6

De face, ce qui étonne mes admirateurs au-delà de mes joues tombant à 45° (3ème repère), c'est mon regard ! Vois-tu, mes 8 yeux sont répartis sur 3 rangées, comme les araignées-loups de la famille des Lycosidés. Une différence ? Oui, évidemment, mes yeux postérieurs sont bien moins grands !

Toutefois, ce module oculaire me confère une excellente vue. En conséquence, je ne tisse pas de toile de capture à la différence des jeunes qui, moins aguerris, sont obligés de construire des toiles de chasse au pied des végétaux. Mue par mes longues papattes qui sont autant de bottes de sept lieues, je chasse à courre dans les hautes herbes ou bien sur le sol. Je suis même capable de me saisir de diptères en vol lors de leur passage en rase-mottes... Habile, non ?

araignee_14

Lorsque je me repose au soleil, sur une feuille ou un caillou, je me tiens immobile, les deux premières paires de pattes accolées et étendues vers l'avant. Vois plutôt !

Pisaura mirabilis - Urzy - 28 mars 2012 - 2

 

Tiens ! de but en blanc et du coq à l'âne, je te propose cette citation de Victor Hugo :

" J'ai pour principe, écoutez bien cela, d'admirer l'admirable et de m'en tenir là ! "

 

Tu te demandes bien où je veux en venir ... hein ?

C'est évident et la question est récurrente... Pourquoi diable dit-on de moi que je suis admirable ? Sans doute le comportement de monsieur Pisaure n'est-il pas étranger à cette admiration sans limite... En effet, devenu adulte, ce dernier emmaillote de soie une proie en confectionnant un petit paquet. Il se déplace ensuite avec son colis qui deviendra un "cadeau" lorsqu'il rencontrera une femelle. Lors de l'accouplement, dame Pisaura ayant son présent dans les chélicères (ses crochets) sera moins dangereuse pour le mâle. Il semble que l'acceptation de ces dames est d'autant plus grande que le cadeau est important, ce qui expliquerait la corpulence du mâle, sensiblement identique à celle de la femelle, ce qui est très rare chez les araignées !

Je disais donc que dame Pisaura, ne voyant que la proie emballée, va s'en saisir pendant que le mâle restera inerte, accroché à ce "cadeau de mariage". Dès que madame commencera à festoyer, monsieur s'accouplera avec elle, sans parfois même qu'elle n'y fasse attention. Par contre, si la tentative rate, la femelle pourra ne faire qu'une bouchée de son galant ! ! !

Attention, je ne voudrais pas que vous compreniez ce que je viens de vous décrire comme un comportement social. Que nenni ! Il ne s'agit que de sélection sexuelle !

Des scientifiques ont longuement étudié ces "cadeaux" et il s'en suit que plus grosse est la proie, plus la femelle met de temps à dévorer son présent, plus long est l'accouplement. Ces chercheurs ont donc mis en relation la taille du cadeau, la durée de la copulation et par conséquent le nombre d'oeufs fécondés.

Ils ont même observé des mâles reprenant la proie offerte une fois l'acte sexuel accompli ! Hé oui, il existe des mufles partout, mêmes chez les araignées admirables !

Mais parlons un peu de moi... Je prétends que je suis aussi admirable que les mâles, bien sûr pour une tout autre raison ! Figure-toi que, vers la fin du printemps, je confectionne un cocon parfaitement sphérique contenant de 100 à 280 oeufs environ. Ensuite, je porte cet imposant ballot de soie pendant la durée de l'incubation, soit environ 8 jours. Jamais, au grand jamais, je ne m'en sépare ce qui, tu le devines, m'oblige à jeûner... En effet, je le tiens fermement en me servant à la fois de mes chélicères et de mes pédipalpes (pattes-mâchoires). Et crois-moi, ce n'est pas toujours une sinécure ! 

Pisaura mirabilis - Urzy - 9 juin 2014 - 4Pisaura mirabilis - Urzy - 9 juin 2014 - 5

 

 

 

Lorsque mes petits sont proches de sortir du cocon, je construis dans la végétation, à quelques dizaines de centimètres du sol, une toile pouponnière en forme de dôme sous laquelle je dépose enfin mon pesant fardeau. Quand les jeunes s'extraient du cocon, ils demeurent ensemble sous cet abri protecteur durant quelques jours, jusqu'à leur seconde mue.

Moi, je reste à proximité de la nurserie et gare aux animaux qui oseront s'en approcher ! C'est cette surveillance sans faille de mes petits qui est considérée par les bipèdes comme admirable ! ! !

Pisaura mirabilis - Urzy - 10 juin 2014 - blog5

Eh oui ! C'est bien moi, fidèle au poste !

 

Pisaura mirabilis - Urzy - 10 juin 2014 - 2 

Les innombrables araignons à l'abri du dôme !

araignee_031

Pour clore mon discours, je voudrais soumettre à ta réflexion cette magnifique citation d'Erasme, le "Prince des humanistes". En 1525, dans son ouvrage "Le Libre Arbitre, Diatribe", il écrivait ceci :

Ce n'est pas parce que l'araignée ne ressemble pas à l'éléphant

qu'elle n'est pas un animal admirablement beau,

et même il y a plus de merveilles dans l'araignée.

 

araignee_003

 


02 mars 2016

MELANIE LA MYGALE !

DSC_2651

Avertissement

Cet article n'est en aucun cas un encouragement à l'acquisition

et à la maintenance de mygales en captivité ! 

 

araignee_8

 

Mygale colossoma Aude 9 octobre 10 132

Clique sur l'image pour l'agrandir !

Bonjour, ami(e) du monde soyeux !

Comme Inachos t'en a informé(e), l'année 2016 sera placée sous le signe de l'araignée ! J'en appelle donc à ton courage, si tu te montres arachnophobe, pour te forcer à rester sur ces pages... Car Inachos commence fort ! très fort !

Lasiodora parahybana - Aude - 9 octobre 2010 - 2

Mélanie sur son tapis de fils d'alerte

Oui ! tu l'auras deviné, je ne suis pas un aranéide originaire de Bourgogne, ni de France, même si je vis dans la Nièvre... Mes congénères terricoles autochtones sont brésiliennes et creusent des galeries près des cours d'eau, là où il fait plus frais et plus humide dans ces zones tropicales.

Je suis, comme tu peux le constater, une grosse mygale, un mygalomorphe devrais-je dire pour plus de précision scientifique. Mon nom binominal ? Lasiodora parahybana ! Mais rassure-toi, les personnes qui prennent soin de moi m'ont prénommé affectueusement Mélanie. Sympa et plus pratique, non ?

Bien ! Je vais commencer par te révéler l'origine du mot "mygale" : ainsi je te ferai peut-être un peu moins peur. Figure-toi que les grecs considéraient la petite musaraigne comme ... venimeuse ! ! ! Ainsi le nom "mugalê" désignait-il cet inoffensif petit rongeur.Par un curieux chassé-croisé, le mot "musaraigne" est issu du latin "mus-aranea" qui signifie "souris-araignée". Et voilà comment est apparu le vocable "mygale" : surprenant, non ?

 

souris_142

 

Bon ! trêve d'étymologie et parlons davantage de moi, la belle Mélanie... On raconte que je suis l'une des plus belles mygales américaines et, si je ne suis pas la plus grande, je suis incontestablement la plus grosse. Robuste, bonne mangeuse, puissante, pas agressive pour un sou, je plais forcément à tous les amateurs d'araignées exotiques.

Pourtant, je suis une vieille mygale de ... 22 ans. Mélanie la mamie en quelque sorte ! Mon envergure atteint 18 centimètres, pattes comprises. Pas mal, n'est-ce pas ?

Précédemment, j'ai déclaré que je n'étais pas agressive du tout. Certes, certes ! Cependant, il ne faut pas me provoquer : regarde la photographie ci-dessous ! Quand Inachos me rend visite afin de me tirer le portrait, il adore me taquiner avec une baguette. Vois comme je contre-attaque aussitôt en plantant mes crochets à venin dans celle-ci pour qu'il arrête son jeu stupide pendant ma sieste... 

Mygale colossoma Aude 9 octobre 10 036

Oui ! tu l'auras compris, le jour je me repose et la nuit je vadrouille dans mon terrarium.

Il est temps maintenant que je te révèle un secret. Lorsque mes propriétaires nettoient mon habitat, ils organisent sur le substrat en tourbe de sphaigne un superbe décor : rochers, petit étang privé pour m'abreuver, écorces de liège destinées à me servir de caches... Mais moi, dès la nuit suivante, je me plais à tout détruire dans mon terrarium. Je creuse des trous énormes, je réalise des monticules, le tout bien marqué de toiles évidemment afin que personne ne puisse altérer mes réalisations. Ouais ! je n'en fais qu'à ma tête question déco, une véritable Valérie Damidot ! ! !

2%20(9)

Il faut dire qu'à l'extrémité postérieure de mon abdomen (l'opisthosome), je possède des glandes séricigènes qui produisent la soie, évacuée par des fusules, des petits orifices situés sur les filières. Les filières ? Ce sont ces appendices très mobiles et souples servant à appliquer la soie sur les supports que je choisis. Sur les photos d'Inachos, tu ne verras que la paire de grandes, les deux petites étant dissimulées dans mes poils. Oh ! pardon ! je voulais dire dans mes soies. 

Mygale colossoma Aude 9 octobre 10 008

 

Vue de mes deux pots d'échappement !

Lasiodora parahybana - Aude - 9 octobre 2010 - 10

Mélanie sur sa toile-nappe, épaisse, douce et lisse, sur laquelle reposera sa proie

pendant la digestion externe. Cette nappe isole également l'animal du substrat, lui évitant

le contact d'éventuels champignons tout en la gardant à une certaine hygrométrie.

Lasiodora parahybana - Aude - 9 octobre 2010 - 19

 

                      

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                     Le repas de Mélanie : une petite grenouille rousse

                              Clique sur les clichés pour les agrandir

Lasiodora parahybana - Aude - 9 octobre 2010 - 28

 Les redoutables crochets à venin de Mélanie 

           

Lasiodora parahybana - Aude - 9 octobre 2010 - 13

La toile ténue, dite de l'exploratrice, est tissée lors des déplacements de Mélanie.

Elle permet à notre amie de tracer son chemin à la manière du Petit Poucet

                 ainsi qu'à repérer ses proies et les prédateurs, par transmission des vibrations.                   

Mes soies ... tiens ! Parlons-en de mes soies ! Certaines sont des armes de défenses redoutables : les soies urticantes ! Pourtant, elles ne sont pas bien longues, mesurant de 0,2 millimètres à 1,2 centimètres. Dans la nature, au Brésil, je les utilisais volontiers contre les petits mammifères qui voulaient me croquer. Je dirigeais mon gros abdomen vers les opportuns, je frottais mes pattes arrière contre mon gros bidon et c'était un véritable bombardement ! Ces soies ne tuent pas mais provoquent de sévères démangeaisons, des allergies ainsi que de grosses irritations des yeux, des bronches et des poumons. L'inhalation des soies "vaporisées" dans l'air, à l'instar de celles des chenilles processionnaires, peuvent également entraîner des crises d'asthme chez les humains prédisposés... Vues au microscope, les soies urticantes ressemblent, en effet, à des épis de blé ou encore à des harpons dentelés et peuvent, pour les plus longues, pénétrer la peau jusqu'à 2 millimètres de profondeur ! Tu l'auras compris, ces soies irritantes n'ont pas seulement un effet mécanique mais aussi un impact chimique sur la peau et les muqueuses...  

Lasiodora parahybana - Aude - 9 octobre 2010 - 4

La toile d'étançonnage est l'exclusivité des mygales souterraines.

Elle tapisse les parois du terrier, en l'occurrence du terrarium pour Mélanie. 

D'autre part, mes 8 yeux ne me permettent pas, hélas, de voir comme toi, les images en haute résolution, loin de là ! En effet, mes yeux ont une portée qui n'excède pas 8 à 12 centimètres. Je pense même que, trop petits pour une grosse bestiole comme moi, tu dois avoir du mal à les distinguer à l'avant de la face dorsale de mon céphalothorax (mon prosome), portés par une surélévation de ce dernier nommé tumulus oculaire. 

Mygale colossoma Aude 9 octobre 10 016

Vue du tumulus oculaire et des 8 yeux minuscules par rapport aux patelles des pattes

marquées par deux bandes claires longitudinales (clique pour agrandir)

Pourtant ce combiné de 8 yeux (2 principaux et 6 auxiliaires) me confère un champ de vision d'environ 300 degrés. Mais ils servent davantage de photorécepteurs pour la régulation des rythmes biologiques (alternance jour/nuit) que pour la vue à proprement parler.

 

26

 

En effet, mon organe de détection est un système pileux spécifique, extrêmement sensible, réparti sur mon corps et mes pattes. Les soies qui assurent la détection des stimuli (chaleur, humidité, odeurs, goûts...) sont creuses et contiennent chacune le prolongement d'un neurone sensitif connecté à mon système nerveux central. Par ailleurs, les trichobothries (mécanorécepteurs) sont de longues soies encore plus fines qui enregistrent les moindres variations de température, de pression atmosphérique, perçoivent d'infimes mouvements, vibrations et sont sensibles aux déplacements d'air 

Mygale colossoma Aude 9 octobre 10 033 copie

Sur ce cliché présentant la segmentation d'une patte ambulatoire en 7 parties,

on voit très bien les longues trichobothries claires. 

 Voilà ! tu sais à peu près tout ce qui concerne ma magnifique toison ! 

Par contre, je ne saurais te quitter sans t'entretenir d'un autre savoir-faire qui m'est propre : la mue ! Figure-toi que depuis ma maturité (vers 4-5 ans), j'entre une fois l'an en période d'exuviation. Ah ! si tu savais comme ces mues sont éprouvantes pour moi ! Veux-tu que je t'explique ? Alors, écoute !

D'abord, je cesse de m'alimenter. Alors mes belles couleurs ternissent, mon abdomen perd parfois ses soies et prend une couleur noir-bleuté. Cette phase dure quelques jours, parfois plus ! Puis, dans le but de me protéger des prédateurs, mais surtout en ce qui me concerne des potentiels parasites, je tisse une toile épaisse : ma toile de mue ! Je m'installe ensuite sur le dos, les pattes en l'air. Arrête de rire, ce n'est pas drôle du tout de grandir ! ! ! Au début de la mue, lors d'une phase que les spécialistes nomment apolyse, le couvercle de mon céphalothorax commence à se décoller grâce aux variations de pression interne du liquide interstitiel situé entre la nouvelle et l'ancienne enveloppe. Ma "carapace", la cuticule commence alors de se fissurer. Puis, par une succession de mouvements rapides entrecoupés de temps de repos, je parviens à décoller entièrement mon ancienne cuticule devenue trop étroite et à la retirer. Cela peut durer plusieurs heures, alors, tu comprends pourquoi je reste ensuite, éreintée, un long moment les huit fers en l'air avant de me remettre sur pattes !

 

2%20(16)

 

Puis, une sclérification (durcissement) de mon exosquelette (squelette externe) intervient. Cela prend bien, oh oui !, une bonne dizaine de jours... Je suis alors très vulnérable car mon corps, à l'intérieur de cette nouvelle "peau", est encore très mou. En revanche, les couleurs de ma nouvelle cuticule sont super éclatantes, presque translucides ! ! ! 

Mygale colossoma Aude 9 octobre 10 134

 

 

Exuvie de Mélanie

 

 

 

 

 

  

Mygale colossoma Aude 9 octobre 10 135

Zoom sur le céphalothorax (clique pour agrandir) 

Alors, infâme, Mélanie la mygale ?

Je devine que son évocation et ces quelques points comportementaux

ne t'auront point laissé(e) indifférent(e), arachnophobe ou non ... 

Puisse cet article et ceux qui viendront

chasser de ton esprit peurs irrationnelles et idées reçues ! 

" L'araignée a un mauvais renom : pour la plupart d'entre nous, c'est un

 animal, malfaisant, que chacun s'empresse d'écraser sous le pied ...".

Voilà ce qu'écrivait Jean-Henri Fabre, le célèbre entomologiste français

dans " La vie des araignées " en 1927.

 

Hélas, ce jugement est encore d'actualité

dans l'esprit de bon nombre de personnes.

Alors vraiment ! Que la vraie jubilation et la vive émotion que je ressens

devant ces animaux remarquables deviennent tiennes ! ! !

 

                                                                                                        Inachos

 

6

 

01 mars 2016

DANKE ! GRACIAS ! GRAZIE ! THANKS !

DSC_2651

compteur001compteur001compteur001compteur001compteur001compteur001

DSC_0006-2     

compteur003compteur003compteur003compteur003compteur003compteur003

2016 sera pour vous, fidèles lecteurs d'ARTHROPOMANIA BOTANICA, l'année des aranéides ! En effet, l'ancienne région Bourgogne ne comptant aucun arachnologue professionnel sur son territoire, je me consacre depuis quelques années déjà à l'étude et à l'inventaire local de ces animaux à la "mauvaise réputation"... Il est donc temps de vous faire partager mes découvertes et, si possible, de vous faire aimer ces "bêtes infâmes" ! Car les araignées sont en vérité pleines de motifs d'émerveillement tant sur le plan biologique que comportemental...

Qui imaginerait que les mâles poussent la chansonnette, caressent, tambourinent et dansent pour séduire leurs belles ? Qui a pris la peine de photographier ces créatures soyeuses, très efficace insecticide naturel, sautant, crachant, tissant, s'embusquant, emprisonnant leurs proies pour notre plus grand confort ? Qui s'est émerveillé de leur richesse d'apparence ? Car avec leurs jaunes vifs, leurs verts clairs et une myriade d'autres couleurs, les araignées sauront vous séduire par leur physique si vous prenez la peine de les regarder...

Au fil de l'année 2016, ARTHROPOMANIA BOTANICA vous proposera donc de vous émerveiller devant le grand spectacle de la nature, de ce monde minuscule, invisible et bienveillant à l'échelle de l'humain, riche et redoutable à l'échelle miniature, celui si peu exploré des aranéides !

En ce début 2016, je souhaite également vous faire part de ma très grande satisfaction. En effet, ARTHROPOMANIA BOTANICA rayonne aujourd'hui sur un territoire géographique de 90 pays (France comprise) et les compteurs affolés atteignent les 51000 visites ! Merci de votre fidélité et, comme à l'accoutumée, je vais hisser sans plus tarder les couleurs du nouveau pays dont les lecteurs curieux de microfaune et de botanique nous ont rejoints l'an passé sur ces pages !

                                                                                                              A très bientôt,

                                                                                                                 Inachos

safsouth_africa_mwbsaf

south_africa_wf_mwsouth_africa_wf_mw 

05 janvier 2016

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

DSC_2651

sparkling_2016

voeux10

boulette

Araignée sauteuse - Voeux 2016

Ce qui compte, pour chacun d'entre nous, c'est d'avoir une vie ... la meilleure possible ! Or, la dégradation de chacun des trois piliers sur lesquels repose le bien-être humain - l'économie, le social et l'environnement - est très préoccupante. Mais partager du pessimisme en ce début d'année 2016 accroîtrait certainement celui des lecteurs d'ARTHROPOMANIA BOTANICA.

Positiver est donc un devoir,

mieux vaut partager de l'optimisme et surtout de la détermination !

En ces temps des souhaits, comme de coutume, je formulerai donc deux voeux. Des millions d'années se sont écoulés depuis l'apparition des animaux, beaucoup moins pour les humains. D'où un premier voeu pour les décennies et les siècles à venir : que l'humanité y soit encore et dans de bonnes conditions si possible !

Pour cela, les décisions qui vont être prises dans les années à venir seront d'une extrême importance... Il importe que les actions concernant la biodiversité soient rapidement menées consensuellement, donc ensemble, c'est-à-dire avec tous les acteurs, partout sur la planète et au profit de toute la biodiversité, au-delà des aires protégées et des espèces emblématiques disparaissant chaque jour à tout-va.

Mais cela exige des moyens à la hauteur des enjeux

car les années nous sont comptées !

3370032eocean

Oui, les années nous sont comptées si nous voulons éviter des catastrophes caniculaires, des inondations cataclysmiques et des millions de réfugiés climatiques ! Dès lors, une seule question se pose :

Les Etats auront-ils la volonté de prendre, enfin ,

les décisions nécessaires ?

logo-cop-21-carr-

Hélas, la COP21 (Conférence Of the Parties) sur le climat qui s'est tenue à Paris du 30 novembre au 12 décembre 2015 nous prouve le contraire. La société civile, c'est-à-dire chacun de nous, doit se mobiliser pour les en convaincre...

L'avenir de l'humanité en dépend !

home3

Le concert de louanges et d'applaudissements qui a accompagné le vote de l'Accord de Paris a été tellement fort qu'il a presque conduit à oublier l'essentiel :

Le contenu de cet Accord trahit le mandat de la COP21

qui était de contenir le réchauffement climatique

au-dessous de +2°C.

54545

648x415_logo-humain-ecoliers-toulouse-avant-cop21

Des écoliers toulousains dessinant, bien avant la tenue de la COP21,

 l'augmentation de température maximale à ne pas dépasser. 

51         effet-serre-anime51

L'Accord de Paris est construit sur la base des engagements volontaires des Etats à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. La somme des effets de ces engagements est connue : elle nous place sur une trajectoire minimale de +3°C, voire plus car ces engagements ne sont ni contraignants, ni assortis de sanctions s'ils n'étaient pas tenus.

Dès lors, cela rend difficilement compréhensible l'enthousiasme soulevé par le fait d'inscrire dans l'Accord de Paris la volonté de ne pas dépasser les +1,5°C réclamés par les petits Etats insulaires...

J'en déduis donc ceci

fleche-gif-074 

Le besoin de se réjouir et d'applaudir pour les chefs d'Etats

doit être tellement fort

que les mots ont plus de poids que les actes,

même s'ils sont en contradiction complète avec ces derniers !

 

L'humanisme dicte mon second voeu qui concerne, lui, les humains d'aujourd'hui qui pâtissent de l'effondrement des piliers "économie" et "social". Un devoir de solidarité envers tous nos frères humains s'impose. En effet, pour solidifier les trois piliers évoqués, tous trois garants de cet humanisme dorénavant élargi aux autres espèces et par conséquent encore plus favorable à la nôtre, il faut des gestes concrets. Pour atteindre nos objectifs, nous devons nous armer d'une détermination à toute épreuve que ne décourageront ni les leurres politiques (L'Accord de Paris en est, à mon sens, l'exemple le plus criant car ses délais de mise en application ne permettront aucunement d'éviter de franchir les seuils d'emballement climatique.), ni les lenteurs administratives, ni les échecs occasionnels...

supercell-thunderstorms-animated-1

La tâche sera ardue !

Il ne faudra rien moins qu'une volonté et une détermination

extrêmes

à l'image des enjeux qui seront, pour chacun de nous,

à cette hauteur !

                                                                                                                         Inachos 

10 août 2015

MOLYTO AU LONG BLASE !

DSC_2651

 DSC_7402 bis

Cliquer sur l'image pour l'agrandir !

 

nez-long-fantaisie_219336

 

Salut à toi, humain au pif camard ou aquilin !

 

Ce n'est pas si souvent que l'on se trouve nez à nez avec l'étrange individu que je suis ! J'en conviens ...

Aussi, avant de me présenter personnellement, j'aimerais t'entretenir de la grande famille à laquelle j'appartiens : celle des charançons qui compte environ 1500 espèces en France et pas moins de 70 000 dans le monde ! Impressionnant, non ?

Hélas, nous avons tous mauvaise réputation !

Pourquoi donc te demandes-tu ?

Eh bien, parce que nous sommes les plus nombreux et les plus nuisibles des coléoptères phytophages ( nous nous nourrissons uniquement de végétaux ! ). Nous sommes capables d'attaquer toutes les parties des plantes : racines, feuilles, bourgeons, fleurs, fruits, graines et même les grains stockés ! En conséquence, tu imagines bien que la moutarde monte au nez des jardiniers et agriculteurs lorsqu'ils nous découvrent ravageant leurs plantations... Quel pied (de nez !) nous prenons à les mener par le bout du nez ! ! !

Bon ! d'accord ! j'arrête les jeux de mots "nez" ! 

monnaie-gifs-animes-901313

  

Je vais donc me présenter...

DSC_7401

On me nomme communément le "Molyte" ou encore le "Charançon des carottes" chez les jardiniers. Mais mon nom scientifique est Liparus coronatus... Cela doit te sembler des termes bien hermétiques ! Pourtant quand on sait que Liparus signifie "gras" et que coronatus se traduit par "couronné", tout s'explique...

 

Regarde attentivement la photographie ci-dessous !

 

DSC_7405 bis

Vois comme mon abdomen est large, rebondi et dodu !

Effectivement, les mauvaises langues pourraient colporter que je suis grassouillet, voire obèse ... moi qui ne suis que trapu !

Si l'on ajoute à cela que je me déplace assez lentement dans la végétation basse où les obstacles naturels à franchir sont nombreux, on diagnostiquera à tort un hypothétique surpoids ! 

Il reste cependant un mystère à éclaircir...

roi-gifs-animes-86931

Où se trouve donc la fameuse couronne ?

En fait, il s'agit de cette bande jaune clair à la base du thorax qui, j'en conviens, doit te faire plutôt penser à un élégant collier !

                                                                                   Tout s'éclaire, non ? 

Si mon pote Inachos n'a cessé, depuis le début de cet article, à utiliser des expressions populaires dans lesquelles apparaît le substantif "nez", c'est que la nature m'a doté d'un "long museau" appelé "rostre" portant des antennes coudées et des pièces buccales à son extrémité... En raison de cet appendice proéminent, les entomologistes m'ont classé dans la sous-famille des Rhynchophores ( prononce bien "rinkofores" et pardon pour l'outrage à l'alphabet phonétique ! ! ! ), du grec ancien Rhyncho > museau, grouin, bec d'oiseau et de Phor > porter en avant ...

Chacune de mes antennes est formée de deux parties : un premier article très allongé dénommé "scape" et un second, le "funicule" (en latin = petite corde) terminé en massue.

Au repos ou lorsque j'enfonce mon "museau" dans une racine pour la déguster en profondeur, les scapes de mes antennes ont la particularité de s'insérer dans deux sillons nommés "scrobes", situés sur les côtés du rostre, afin qu'ils ne gênent en rien la perforation dans la matière végétale... Astucieux, n'est-ce pas ?

Je sais, tu te dis, il est confus ce sacré Molito !

N'aurait-il pas un verre dans le nez ?

Scape, scrobe, funicule ... mais de quoi parle-t-il ?

4858

 

Un bon cliché légendé valant mieux qu'un long discours,

jette un oeil ci-dessous : 

DSC_7401 détails rostre

1 = scape          2 = funicule          3 = scrobe

Maintenant, il est temps de t'avouer pourquoi les maraîchers et jardiniers me nomment le Charançon des carottes et surtout pourquoi ils me font une chasse acharnée...

En mai - juin, ma femelle pond ses oeufs en terre, dans les sols envahis par les racines des plantes basses mais aussi par celles de végétaux beaucoup plus grands : les apiacées, appelées autrefois ombellifères. L'une des apiacées que l'on rencontre  communément dans la nature est la carotte sauvage ( Daucus carota ).

 

Elle est une proche parente de la carotte du jardin à tel point que si on laisse "monter en graines" la carotte potagère, elle retourne rapidement à son prototype sauvage qui est théoriquement comestible mais en réalité, trop amer et fibreux pour être mangé...

 

Lorsque les oeufs éclosent, les jeunes larves, sortes de petits vers entièrement blancs éruciformes ( en forme de chenilles ) et apodes ( sans pattes ), se développeront d'abord sous terre jusqu'à environ 20 centimètres de profondeur. Au début de l'été, elles pénètreront dans les carottes du jardin par leurs extrémités inférieures et creuseront des galeries en remontant vers la surface, rendant inconsommables ces belles racines habituellement savoureuses...

Et si mes chers petits s'attaquent avec autant de plaisir aux cultures de carottes, c'est que les professionnels ont inscrit plus de 510 variétés au catalogue européen dont plus de 80 espèces poussent sur le territoire français. Elles sont sélectionnées pour leurs diverses couleurs, leurs formes et leurs goûts variés... 

Comment, dans de telles conditions, ne pas être tentés ?

Vois par toi-même ...

800px-Carrots_of_many_colors

CarrotDiversityLg

Message important d'Inachos

à l'attention de ses amis lecteurs jardiniers 

 

Afin que dame Liparus coronatus ne montre pas son nez et ne ponde pas

dans tes rayons de carottes, pense à les protéger dès le mois de mai

à l'aide d'un filet anti-insectes ...

Tu peux également cultiver côte à côte carottes, oignons et poireaux

Et pour parfaire cet anti-molyte végétal, pense à planter ça et là

quelques pieds de Tanaisie ( Tanacetum vulgare ), communément

appelée Barbotine ou Herbe aux vers, qui est une excellente

" plante compagne " au potager

grâce à ses nombreuses propriétés

insectifuges et fongicides !

 

Sans ces simples précautions,

Molyto au long blase te rira au nez

en te privant de ta récolte,

comme ci-dessous ...

DSC_7413 bis00040007

carrot_hide_and_seek_md_wht

vers_02

 

 

 

Il est intéressant d'observer sur la face ventrale du Molyte

ces taches squamuleuses jaune pâle 

constituées de petites écailles membraneuses

et non de poils !

 

Avant de nous quitter, médite, ami jardinier cette maxime de Blaise Pascal ...

" Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé."

 

thOO0DW16N

 

 

10 février 2015

TOILE D'ARAIGNEE DE SAUVETAGE !

 DSC_2651

Oui  ! Tu as bien lu... Je vais t'entretenir d'une "toile d'araignée" qui a servi de modèle à la fabrication d'un engin de sauvetage pour les marins naufragés. Cette toile, bien entendu, c'est ... la mienne ! ! !

Saurais-tu dire qui je suis ?

araignees-23

Attention, l'horloge tourne !

Non ? Tu ne trouves pas ? un petit indice alors ? Je suis forcément une araignée aquatique... 

Plus que quelques secondes de réflexion : tic, tac, tic, tac...

araignees-46

Mais bien sûr, Argyronète (Argyroneta aquatica) est mon patronyme !  Peut-être souhaiterais-tu voir ma photo ? Mais je t'en prie, ... admire !

DSC_6931

Clique sur les photos de cet article pour les agrandir !

Tu vois ! J'ai réalisé depuis bien longtemps un vieux rêve des hommes : construire sa demeure sous les eaux !

Inachos me racontait à l'instant que son vieux pote, le philosophe Aristote, mentionnait déjà dans ses écrits une cloche à plongeurs qu'aurait employée Alexandre le Grand en 332 avant Jésus-Christ. Baptisé Columpha (ou Colympha), l'engin était formé d'un "grand tonneau de verre ouvert sur le bas". Grâce à cette invention, le célèbre Alexandre aurait exploré les fonds méditerranéens à environ 10 mètres sous la surface... Tiens, j'ai même retrouvé une preuve en image d'Alexandre le Grand dans sa Columpha... Fabuleux, n'est-ce pas ?

Alexander_the_Great_diving_NOAA

Peinture anonyme du XVIème siècle

Mais il est temps que je t'explique de quelle manière je fabrique ma maison sous-marine ! Je construis, avec ma propre soie, une habitation en forme de cloche, ouverte au fond, que j'amarre ensuite soigneusement à quelles plantes aquatiques, à l'aide de 3 ou 4 câbles de mouillage. Crois-moi, c'est du boulot pour une petite araignée d' 1 centimètre de long ! Et puis, évidemment, une fois terminée, la cloche est pleine d'eau ! Je ne suis pas un poisson ! Je ne peux pas respirer dans l'élément liquide ! Alors que faire ?

Tu veux connaître mon secret ?

Eh bien, je remonte à la surface en nageant, j'émerge, j'emprisonne dans mes poils une certaine quantité d'air puis je replonge, emportant avec moi une belle bulle brillante que je relâche dans ma maison. Après quelques voyages, mon habitation est sèche et je peux m'y installer pour guetter l'imprudent alevin qui est une proie de choix !

Je passe maintenant la parole à Inachos qui voudrait t'expliquer comment la nature m'aide à éviter l'asphyxie...

En effet, si moi humain inapte à tisser une toile, je m'installais comme dame Argyronète au fond d'une mare, dans un tonneau par exemple, je devrais aller chercher sans arrêt de l'air "frais" afin de ne pas m'asphyxier dans mes rejets de gaz carbonique, le dangereux CO2. Alors, comment notre araignée peut-elle rester si longtemps dans sa maison sous-marine sans aller quérir trop souvent, et à intervalles réguliers, des bulles d'air à la surface ?

La réponse réside dans une propriété exceptionnelle de sa toile : un échange osmotique (interpénétration) à travers la paroi de soie qui permet au CO2 produit par l'araignée d'être absorbé par l'eau et à l'oxygène de l'eau (02) de venir enrichir l'atmosphère intérieure de la cloche.  

bionique-a219-a137-araignee-eau-am-a4073 copie 2

En fait, les "murs" de soie fonctionnent comme un appareil régénérateur qui maintiendrait un équilibre constant entre les pressions partielles d'oxygène et de gaz carbonique dans l'air interne et dans les eaux environnantes.

Formidable, non ?

Il est passionnant d'apprendre qu'à la fin des années soixante, des chercheurs américains, employant de très fines membranes poreuses en silicone inspirées des "murs de la maison aquatique" de l'Argyronète, ont réussi à maintenir en vie des souris et des cobayes prisonniers, au sec, dans une cloche hermétique entièrement submergée... Mais assez bavardé ! Je te laisse à nouveau en compagnie de ma copine "Argie" pour la suite de cet article...

Merci Inachos ! Tu te rends compte maintenant, amie lectrice, ami lecteur, que la technologie très avancée de ma cloche avait de quoi faire rêver plus d'un inventeur... En effet, dans sa conquête des fonds marins, l'homme a piétiné durant des siècles. Les cloches à plongeurs de la Renaissance ne pouvaient qu'emporter au fond, à moins de 80 mètres, leur contenu d'air à la pression atmosphérique et, plus profond elles descendaient, plus l'eau montait à l'intérieur. Par ailleurs, la respiration des plongeurs polluait rapidement l'atmosphère de ces cloches...

Bref ! Pour résumer cette longue épopée, c'est en 1690 que le physicien, astronome, météorologue anglais Edmond Halley a inventé la première véritable cloche à plongeurs, en piratant le brevet déposé de ma toile, bien sûr ! ! ! Certes, bien des gens ont oublié la "cloche de Halley" car son nom reste attaché à la brillante comète dont il calcula la trajectoire et annonça, un demi-siècle à l'avance, le retour au voisinage du Soleil...

comet_lrg_clr

1002848-Edmond_Halley    halleys-comet

                               Edmond Halley vers 1721

                                  par le peintre Godfrey Kneller

La cloche à plongeurs de Halley était formée d'une chambre de bois étanche recouverte de plomb afin qu'elle puisse résister à la pression, ce métal lourd servant également de lest. L'air y était renouvelé, régénéré par l'apport régulier depuis la surface de tonneaux d'air frais qui étaient ouverts sous la cloche. Deux hommes pouvaient y prendre place. Le système permettait également des sorties grâce à un casque relié à la cloche par un tuyau... Prévue pour une profondeur maximale de 18 mètres, cette cloche permit d'effectuer de nombreux travaux subaquatiques (digues, piles de pont...) jusqu'à l'invention de scaphandres fiables.

0028         Cloche de Halley         0027

Représentation schématique de la cloche de Halley

Mais voici le moment que tu attends avec impatience ! Il est vrai qu'Inachos et moi-même avons été un tantinet volubiles !

soumarin005soumarin001soumarin005

Ce que je vais te raconter est extrait d'un article de presse paru en 1939. En effet, le sauvetage des 33 survivants du submersible américain "USS SQUALUS", coulé en mai 1939 par 74 mètres de fond au large du New Hampshire, sauvetage effectué grâce à une cloche sous-marine, a passionné l'opinion publique et piqué sa curiosité. C'est qu'en effet, pour la première fois, un tel appareil était utilisé et qu'une telle réussite devait être enregistrée !

D'un poids d'environ 10 tonnes, d'une largeur maximale de 3 mètres et d'une hauteur approximative de 5 à 6 mètres, la cloche affecte la forme que reproduit succinctement le schéma ci-dessous :

337_001 A

Cette cloche de sauvetage se compose essentiellement de 2 compartiments (1 et 2)

Compartiment n°1

C'est celui dans lequel prennent place les naufragés et où se trouvent tous les appareils de commande manoeuvrés par un mécanicien qui descend avec la cloche et qui est chargé de sa conduite.

Compartiment n°2

Il ne comporte pas de fond, son rôle étant, d'une part, d'assurer la "soudure" étanche de la cloche au sous-marin échoué et, d'autre part, de servir de sas d'évacuation pour les naufragés une fois la cloche bien en place.

Alors, prêt(e) pour la manoeuvre ?

Le navire convoyeur "USS FALCON" achemine la cloche à l'emplacement du naufrage.

Cloche pour Squalus détail 1

Des plongeurs descendent alors sur le sous-marin et contre ses flancs.

23b12jnm16

Après quoi, un treuil dévide le câble d'acier qui porte la cloche et celle-ci descend à son tour. Quand elle arrive à hauteur, les plongeurs s'en saisissent, la guident jusqu'à ce qu'ils soient parvenus à placer le bord inférieur de cette dernière, dans un système d'emboîtement (D) prévu sur le kiosque du sous-marin.

A cet instant, la cloche est en place et une seconde opération peut commencer. Le compartiment n°2 étant chargé d'eau, le mécanicien, placé dans le compartiment n°1, refoule cette eau à l'extérieur par les ouvertures B pratiquées sur la paroi métallique de la cloche, en projetant violemment de l'air comprimé. Ainsi, il vide complètement le compartiment n°2. 

Il se trouve alors que la pression extérieure de l'eau de l'océan est plus forte que la pression intérieure du compartiment ainsi vidé et cette différence de pression assure l'adaptation parfaitement étanche de la cloche au sous-marin.

Parvenu à ce stade, le mécanicien n'a plus qu'à ouvrir la porte A qui fait communiquer le compartiment n°1 au compartiment n°2. Puis les marins emprisonnés ouvrent à leur tour le capot du kiosque du submersible, aidés par le mécanicien si nécessaire. Ceux-ci peuvent donc dès lors passer en toute sécurité de leur prison d'acier dans le compartiment n°2 d'abord, puis de là dans le compartiment n°1.

337_003

Le premier compartiment de la cloche (n°1 du schéma) et la porte étanche, ici ouverte,

qui donne sur le compartiment n°2 que l'on aperçoit au fond.

Alors commence maintenant le programme d'opérations inverses. On referme le capot du kiosque du sous-marin, on verrouille la porte inférieure du compartiment n°1 et le mécanicien, ouvrant les accès de sortie du compartiment n°2, laisse celui-ci s'emplir d'eau.

A cet instant, la cloche peut être relevée !

Le navire convoyeur la remonte lentement. Si le mouvement de levée est trop rapide, le mécanicien le corrige en alourdissant la cloche par le remplissage de bacs situés dans le compartiment n°1 et qui peuvent être plus ou moins remplis d'eau grâce aux ouvertures C. Si, au contraire, le mouvement est trop lent, il allège la cloche en vidant ces bacs...

337_002

Après la première remontée, les survivants sortent par un étroit goulot.

Pour la première fois, une cloche de plongée, mise au point et dirigée par Charles Momsen, a permis de sauver 33 sous-mariniers (sur 59 membres d'équipage embarqués). 

Charles_Momsen

Le Vice-Amiral de l'US Navy Charles Bowers Momsen (1896-1967)

 

Lorsque les hommes évoquent les animaux dangereux, ils parlent volontiers des requins, des serpents et des araignées...

J'espère simplement, qu'après avoir lu ce long témoignage d'espoir, tu regarderas les aranéides d'un tout autre regard !

                                                                                              Inachos

araignee-gif-018