ARTHROPOMANIA BOTANICA

10 mars 2020

POLLUTION LUMINEUSE !

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" Fiat lux et facta est lux ! "

1er jour Genèse

Chère lectrice, cher lecteur d'ARTHROPOMANIA BOTANICA,

Fiat lux et facta est lux est une locution latine présente au début de la Genèse. Il s'agirait de la première parole du Dieu des chrétiens, ordre donné lorsqu'il a créé la lumière le premier jour de la création du monde. Elle est traduisible en français par « que la lumière soit et la lumière fut ».

Mais ce que ne dit pas cette maxime, qui va sortir de son contexte religieux et connaître un grand succès à partir du XVIIIe - dit « siècle des Lumières », ça ne s’invente pas ! - en évoquant une invention ou une découverte, c’est qu’en créant le jour, ce bon Dieu frustrateur inventa la nuit !

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C’est ainsi que durant des millénaires, Homo Sapiens a connu la peur du noir, obligé dès le paléolithique d’allumer de grands feux pour se tenir au chaud, avoir un peu de lumière la nuit et tenir éloignés d’éventuels prédateurs… Plus tard, les grands ports durent s’organiser pour maintenir des feux permanents afin d’aider les navires à circuler dans les ténèbres. Ce fut le fameux phare d’Alexandrie ! Puis, Thomas Edison élabora la lampe électrique à incandescence en 1878 et sa géniale invention, sous forme d’éclairages public et privé, se répandit dans le monde entier comme un éclair… Villes, villages, appartements, bureaux, magasins, ruelles, jardins publics, enseignes publicitaires … la lumière électrique s’imposa partout !

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Bien sûr, il s’agissait là d’une situation inédite dans l’histoire de l’humanité. Cette extraordinaire conquête technique allait révolutionner les modes de vie : désormais la nuit appartenait à l’Homme ! Et quelle fabuleuse revanche sur Dieu et les peurs du passé !

Pourtant, le moment est venu de faire le point sur cette avancée. Et il est peut-être temps d’adopter une attitude plus sage vis-à-vis de l’éclairage nocturne à outrance… En effet, s’il est un sujet tabou dont on parle peu, c'est bien la pollution lumineuse ! C’est à tort, car en réalité ces lumières incessantes ont un effet nocif sur le monde vivant, à commencer par l’espèce humaine. Sans exagération, on peut hélas parler d’une véritable catastrophe !

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~~~   Photo satellitaire montrant la pollution lumineuse   ~~~

Sais-tu amie lectrice, ami lecteur que, par exemple, plus de 4 personnes sur 5 dans le monde vivent sous un ciel pollué par des lumières artificielles ? Comprends bien que cela veut dire qu’il fait jour 24h sur 24 autour d’elles. Peut-être est-ce le cas pour toi également ? Ta rue est-elle éclairée toute la nuit ? Ton bureau reste-t-il allumé en permanence pour permettre une rotation du travail ? Si tel est le cas, ta santé est menacée car l’exposition à la lumière, la nuit, joue indéniablement sur ton horloge biologique. S’en suivront inévitablement de nombreux troubles potentiels dont le plus visible restera le mauvais sommeil malgré la prise de somnifères, suivi de troubles compréhensibles de la concentration, voire à long terme d’épisodes dépressifs et tout un panel de pathologies diverses et variées…

Et les êtres humains ne sont pas les seuls concernés ! Toute la nature est programmée pour une alternance entre le jour et la nuit. Mais ni les animaux, ni les plantes ne dorment dans une chambre dont ils peuvent éteindre la lumière ! Pendant des siècles, les végétaux ont pu “dormir” la nuit, c’est-à-dire fonctionner au ralenti pour se régénérer. Et même si la lumière des villes ou des réverbères d’autoroute n’est pas aussi intense que celle du soleil, elle perturbe nécessairement le temps de repos des plantes, et donc leur vitalité. Des chercheurs de l’Université d’Exeter (dans le comté de Devon, dans le Sud-Ouest de l'Angleterre) ont mené de longues expérimentations qui ont prouvé que la pollution lumineuse épuisait les végétaux à petit feu

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Implosion imaginaire d'un arbre soumis à une pression lumineuse externe

supérieure à sa résistance mécanique !

Tous les êtres vivants fonctionnent par cycles et la lumière du jour est l’un des grands régulateurs de ces cycles. En imposant aux plantes et aux animaux de tous genres un voile lumineux artificiel la nuit, les hommes perturbent ces équilibres et malmènent l’ensemble de la biodiversité. Et les résultats commencent à être mesurés par les scientifiques. Les conséquences sont multiples sur la nature :

  • les pollinisateurs nocturnes, la plupart des insectes, ne pollinisent plus aussi bien,
  • les cycles de reproduction sont perturbés,
  • les oiseaux migrateurs sont désorientés,
  • les bébés tortues, qui devraient plonger dans la mer éclairée par la lune, filent vers les villes illuminées qui les attirent, se perdent et meurent par milliers,
  • les prédateurs, qui se servent de la lumière pour chasser, sont déboussolés…

Certains scientifiques affirment que l’arrivée de la lumière la nuit a été

l’une des charges les plus violentes d’Homo Sapiens sur la nature !

Luciola lusitanica

Cliquer pour agrandir !

Pour terminer cet article, je voudrais traiter ici d’un cas précis où la pollution lumineuse nocturne limite aujourd’hui fortement la reproduction d’un petit insecte en entrant directement en concurrence avec ses rituels d’attirance d’une potentielle partenaire. Cet insecte, tu l’as deviné, est la luciole (Luciola lusitanica) dont le mâle, au vol crépusculaire, émet de brefs mais intenses flashes lumineux. La femelle, dissimulée dans les broussailles, répond également par des signaux nitescents lorsqu’un mâle vient à passer au-dessus d’elle…

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Mâle (Luciola lusitanica) " flashant " en plein vol - Cliquer pour agrandir

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Ami(e) d’ARTHROPOMANIA, si tu as déjà croisé un petit insecte luisant un soir d’été dans ton jardin ou lors d'une balade, tu es chanceu.se.x. Car si les lucioles émerveillent les amateurs de leur lumière jaune-verte en Asie, elles se font plutôt discrètes en Europe. Selon une étude mondiale conduite auprès des spécialistes de cet insecte fascinant, 3 causes pèsent lourdement sur leur population. Mauvaise nouvelle, elles sont toutes dues aux activités humaines ! 

Pour les experts interrogés, la réduction de leurs proies et de leur habitat est la menace la plus inquiétante.

La pollution lumineuse arrive sur la deuxième marche du podium. Cela peut paraître étonnant, mais selon l'auteur de l'étude, Sara Lewys, professeur de biologie à l'Université Tufts (basée aux États-Unis mais qui possède également un campus en France) : « Le flash lumineux est un élément important de leur parade nuptiale ». Toute pollution lumineuse qui empêche le flash lumineux d'être vu par les autres lucioles est donc un frein à leur reproduction. Pour information, il faut 5000 lucioles environ pour produire une lumière équivalente à celle d’une bougie. On comprend alors facilement pourquoi et comment l’éclairage artificiel perturbe les lucioles comme d’ailleurs il handicape, de diverses manières, de nombreuses autres espèces d’insectes nocturnes. Par ailleurs, certains individus sont également attirés et " piégés " par des réverbères à LED* fortement lumineuses, émettant dans certaines longueurs d'onde.

*LED = en anglais Light-Emitting Diode ou en français DEL = Diode ElectroLuminescente

Enfin, la troisième menace détectée par les experts est l'utilisation d'insecticides. Ces insectes passent la majorité de leur vie sur le sol. Bien que pourvues d'ailes, les lucioles, surtout femelles, ne volent pas beaucoup. Les insecticides tuent également les larves enfouies dans le sol. Par conséquent, si rien ne change, observer des lucioles en Europe relèvera bientôt du miracle ! 

Je conclurai en présumant qu’une présence importante de lucioles semble pouvoir être considérée comme l’un des bio-indicateurs de bon état de naturalité de l'environnement nocturne. Autrefois des groupes de milliers de lucioles pouvaient être aperçus sur et autour d'un arbre, aux abords d'un ruisseau… C'est un phénomène devenu très rare hormis dans des lieux éloignés de l'agriculture, des villes et dépourvus d'éclairage artificiel !

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Groupe important de lucioles volant en sous-bois !

Heureusement, en France, une loi passée fin 2018 tient compte aujourd’hui des nuisances lumineuses, y compris l’aspect financier d’une dépense énergétique considérable s’y afférant et le surplus de CO2 relâché dans l’atmosphère. Pour les limiter, le législateur a :

  • restreint l’éclairage la nuit dans les jardins, dans les parcs, sur les façades de monuments, dans les parkings ouverts, dans les équipements sportifs, dans les espaces naturels protégés,
  • limité les types d’éclairages autorisés.

Pour autant, je pense que ces mesures pour nécessaires qu’elles soient, sont loin de répondre au défi de la pollution lumineuse. D’autres efforts pourraient être consentis. Je verrais volontiers :

  • une extinction de l’éclairage public quasi-totale entre 1h et 4h du matin,
  • des systèmes d’éclairage intelligents se déclenchant lorsque quelqu’un est présent,
  • des faisceaux de lumière systématiquement orientés vers le sol,
  • davantage de réflecteurs de lumière, éclairés par les phares,
  • des lampes à vapeur de sodium plutôt que des lampes à vapeur de mercure,
  • une meilleure gestion des lumières des locaux professionnels…

Ce ne sont là que quelques idées… Mais toi, quelles seraient tes propositions pour faire cesser la pollution lumineuse nocturne, diminuer le gaspillage énergétique que cet éclairage sans ombre implique et, surtout, éviter l’extinction de milliers d’espèces d’insectes (pour ne citer qu’eux) dans le monde ?

Merci d'écrire tes suggestions, tes remarques argumentées 

dans la rubrique " COMMENTAIRES "

d'ARTHROPOMANIA BOTANICA FONGICA.

Par avance, sois-en remercié(e) ! ! !

                                                                                             Inachos

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12 février 2020

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

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Bonne année 2020 Arthro-Bota

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Chères lectrices, chers lecteurs d'ARTHROPOMANIA BOTANICA,

A l'instant précis où je trouve enfin un créneau temporel pour m'adresser à vous, je ne peux que constater avec une certaine affliction qu'entre les voeux 2019 et ceux d'aujourd'hui, je n'ai rien édité sur ce blog... En effet, pas le moindre nouvel article publié dans ces pages ! Une honte ! Un scandale ! ! !

Pourtant, chaque année nouvelle m'invite à de grandes résolutions car ARTHROPOMANIA BOTANICA est un lieu d'écriture et de transmission de connaissances  qui m'est cher ! Malheureusement, 2019 n'a pas échappé à son lot de tâches municipales par lesquelles je me suis, une fois de plus, laissé dévorer et qui, par ailleurs, ont mobilisé toute mon énergie... Aussi, je dois bien l'admettre, ce trop-plein d'activités m'a fait oublier mes engagements vis-à-vis de vous : c'est, j'en conviens, fortement regrettable !

Voyez, c'est encore avec quelques jours de retard que je vous transmets mes voeux... Je vous présente donc conjointement mes plus sincères excuses concernant l'irrégularité - voire l'absence - de mes publications dont j'assume l'entière responsabilité. Si nouvel an rime effectivement avec bonnes résolutions, espérons que tout au long de cette année bissextile 2020, le grand écrivain moraliste François de La Rochefoucauld, célèbre pour ses Maximes, voudra bien me glisser chaque jour à l'oreille celle-ci : "Il faut tenir à une résolution parce qu'elle est bonne et non parce qu'on l'a prise ! " Qui lira verra...

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Le sort des animaux d'Australie est terrible ! 

koala prisonnier des flammes - Comp

Cliquer sur l'image pour l'agrandir !

Si j'ai choisi un gif animé de " Bonne Année " en lettres de feu, c'est que je voudrais revenir en ces premiers jours de février sur les incendies qui ont ravagé l'Australie depuis septembre 2019 jusqu'à janvier 2020 et qui ont entraîné la mort de 10.000 koalas. Ces derniers, également dénommés Paresseux australiens, constituent une espèce endémique* de marsupiaux arboricoles herbivores (*se dit d'une espèce vivante propre à un territoire bien délimité, en l'occurrence ici un pays) et sont les seuls représentants encore vivants de la famille des Phascolarctidés.

Ces sympathiques et emblématiques animaux paient un lourd tribut à cette catastrophe naturelle. Avant les incendies, au niveau national, on comptait près de 28.000 koalas (Phascolarctos cinereus). Les premières estimations évoquent la disparition d'environ 30% de leur population. Des chiffres qui ne sont, hélas, que provisoires... 

Fort heureusement, une ONG de protection animale, dotée d'un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies (ONU), a déployé sur le terrain une équipe de récupération des koalas encore vivants. Cette Organisation Non Gouvernementale au rayonnement mondial se nomme IFAW (pour International Fund for Animal Welfare), en français " le Fonds international pour la protection des animaux ". Les campagnes planétaires d'IFAW sont centrées sur la fourniture d'aide d'urgence aux animaux en détresse, la protection des baleines, des éléphants ainsi que la lutte contre le braconnage et le trafic d'animaux...

Chasseur sauvant un koala     Cycliste - le beau geste

De beaux gestes emplis d'humanité et de compassion ...

Bear, le chien de détection des koalas d’IFAW, un croisement de border collie-Kollie, a joué et joue encore un rôle fondamental dans les opérations de recherche et de sauvetage en localisant les koalas blessés (souvent gravement brûlés) ou orphelins, assoiffés et affamés, victimes des feux de brousse. Entraîné par l’équipe Detection Dogs for Conservation de l’Université de la Sunshine Coast, Bear est l’un des rares chiens de détection capable de localiser les koalas vivants grâce à l’odeur de leur fourrure. Bear et son maître-chien ont donc été envoyés dans le sud-est du Queensland et dans certaines des zones les plus touchées de Nouvelle-Galles-du-Sud. Fidèle à sa réputation, il a signalé la présence de nombreux koalas désemparés dans  ces secteurs, permettant de les secourir en leur apportant l'aide humaine nécessaire...

BearBear - chien renifleur

Portant des " chaussures sur-mesure " et des chaussettes de protection pour couvrir ses pattes, Bear est déployé dans des zones sûres où les koalas peuvent être bloqués. Quand il en repère un, son signal est de s'allonger très immobile sous l'arbre et d'attendre d'être récompensé.

Voici une anecdote savoureuse concernant ce précieux allié à quatre pattes, exécutant un travail exceptionnel. Bear était à l'origine un animal de compagnie, mais après avoir reçu un diagnostic de trouble obsessionnel compulsif (toc !), il a été envoyé en fourrière, selon le Brisbane Times. Bien que son état ait pu signifier qu'il n'était pas un animal domestique parfait, les personnels de l'Université Sunshine Coast et de l'IFAW, qui l'ont sauvé, ont su qu'il ferait un chien renifleur de détection idéal. Beau dénouement, non ?

Cependant, seuls 20% des koalas retrouvés ont survécu : l'avenir de l'espèce semble bien sombre ! Les vétérinaires de l'hôpital pour koalas de Port Macquarie (ville côtière de la Nouvelle-Galles-du-Sud située à environ 390 km au nord de Sydney) ont été parfois impuissants face aux individus extrêmement brûlés ou qui ont respiré beaucoup de fumées...

Ambulance pour koalasHôpital pour koalas

Des ambulances réservées à une espèce animale : du jamais-vu !

Koala - pattes plongées dans des bassinesVisage gravement brûlé

Petit koala en piteux état  ... en soins intensifs !

Koala brûlé aux pattesKoala sur sa branche

                                                                         ... en convalescence !

Dorénavant, les conditions de vie des koalas vont être très difficiles. Plus d'un tiers de leur habitat, les forêts d'eucalyptus, a brûlé. La nourriture et l'eau vont manquer. Et surtout, ils n'auront plus de lieu où se réfugier et éviter les prédateurs que sont, entre autres, les dingos (chiens sauvages). La terrible question qui se pose est celle-ci : où va-t-on relâcher les koalas survivants ? Sans doute seront-ils éparpillés et en petit nombre... Ils auront probablement des difficultés à se reproduire et par voie de conséquence à maintenir une diversité génétique. L'effet indésirable sur cette population déjà fragile est un fort risque de consanguinité...

Néanmoins, nous devons garder une lueur d'espoir au coeur de ce drame. En effet, le pouvoir de régénération des forêts australiennes est connu de longue date et l'eucalyptus, un pyrophyte actif, s'est depuis longtemps adapté pour survivre au feu en repoussant très vite (certaines plantes endémiques d'Australie dites pyrophites ou pyrophiles ont une grande résistance au feu, voire s'en servent comme allié dans leur reproduction). « Plus il y a de feux, plus il y aura d’eucalyptus », avance David Phalen, professeur du département vétérinaire de l’université de Sydney et spécialiste de la biodiversité australienne.

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La superficie des territoires touchés par les incendies est moindre que lors de ceux de 1974-1975 qui avaient brûlé 117 000 000 d'hectares mais les dégâts sont bien plus importants en termes d’intensité de feu, de durée, de saisonnalité et d'écosystèmes  touchés. Des "mégafeux" (incendies fusionnant entre eux) ont été observés, faisant qualifier l’Anthropocène (époque de l'histoire de la Terre caractérisant l'ensemble des évènements géologiques qui se sont produits depuis que les activités humaines ont une incidence globale significative sur l'écosystème terrestre) de « Pyrocène ».

Anthropocène                  Pyrocène - Capitalocène

Toutes les images de cet article proviennent d'internet ~ Cliquer sur chaque cliché pour l'agrandir !

En janvier 2020, plus d'un milliard de grands vertébrés (mammifères, oiseaux et reptiles) ont péri, selon une estimation « très prudente » de Chris Dickman, chercheur en biologie de la conservation et écologie des mammifères australiens qui se base sur les chiffres de densités de populations de ces vertébrés (nombre d’individus par rapport à une surface). Ces totaux sous-estiment fortement la réalité, car basés sur des étendues de feux plus anciennes qui ne prennent pas en compte certaines espèces d'animaux...

Ce nombre ne concerne que les grands vertébrés sauvages (le taux d'animaux domestiques morts n'est pas précisé), espèces porte-drapeau pour les populations humaines locales. Les poissons, les amphibiens sont aussi affectés et des milliards d'insectes sont morts brûlés. Selon Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS, et Jean-Lou Justine, professeur de parasitologie, si l'on prend en compte toutes les espèces animales, notamment les arthropodes et les parasites, un million de milliards d'animaux  seraient morts dans les feux gigantesques en Australie depuis septembre...

De nombreuses images de koalas, la fourrure roussie par les flammes, d'opossums avec les pattes brûlées, de cadavres de kangourous calcinés, ont fait le tour du monde, devenant les symboles d'une nation et d'un environnement frappés de plein fouet par une crise notamment induite par le réchauffement climatique. D'ailleurs, des spécialistes estiment que ces mégafeux sont, hélas, avant-coureurs d'une situation qui pourrait devenir la norme faute de pouvoir agir sur le réchauffement climatique à court terme. Ces scientifiques préviennent que les conditions propices à des tels incendies vont perdurer à moins de se mobiliser rapidement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Nous n'allons pas inverser le changement climatique à une échelle de temps concevable. Les conditions qui se déroulent actuellement ne disparaîtront donc pas », a déclaré le professeur Richard Betts du service national de météorologie britannique, qui a co-dirigé une étude examinant 57 articles scientifiques publiés depuis 2013 quant à l'impact du changement climatique sur les incendies...

Le déni du réchauffement climatique est très présent en Australie, plus encore qu'aux États-Unis (en 2015, 17% des Australiens, 15% des Norvégiens et 12% des Américains niaient encore la thèse d’un réchauffement climatique). Les climatosceptiques arguent que « les feux de brousse ont toujours existé », que "les incendies seraient surtout le fruit d'un mauvais entretien des espaces naturels et largement l'œuvre de pyromanes" (pyromanes = bobard colporté par les réseaux sociaux). Un article d’Alan Jones (ancien pilote australien de Formule 1) paru le 18 novembre 2019 dans le Daily Telegraph, relayé en ligne sur le site d’une association de pompiers volontaires (VFFA) affirme : « La gravité des feux n’a rien à voir avec le “changement climatique” mais avec de nouvelles règles “environnementales” qui ont rendu l’entretien du bush* impossible au nom de la biodiversité (*paysage rural peu habité dont la végétalisation est une sous-forme de type forêts, bois et broussailles méditerranéens). »

 

Ce qui me conduit à conclure en affirmant que

" la désinformation et les mensonges se propagent plus rapidement que les feux de brousse en Australie ! "

 Inachos

05 février 2019

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

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... d'après LES INSECTES EN BD ...

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A défaut d'être pessimiste comme notre ami le bousier, je me permettrais de te souhaiter, chère lectrice, cher lecteur, une très belle année pleine d'humour ! Car l'humour est une idiotie intelligente, un art d'exister ; il est d'ailleurs l'impolitesse du désespoir ! En effet, il ne se résigne pas, il défie comme le disait si justement Sigmund Freud.

Personnellement, j'aime l'humour comme le café : meilleur très noir ! Que le ton soit sarcastique, railleur ou fantaisiste, l'humour est une forme d'esprit, ce sens de la petite phrase qui viendra souligner au moment opportun le comique ou l'absurdité d'une situation. Rire permet en effet de dédramatiser, de se sentir joyeux ou détendre l'atmosphère.

Prêt(e), d'humeur à la plaisanterie et à l'ironie ?

Alors déguste à sa juste valeur cette définition du mot " insecte " tirée du Dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis par Pierre Desproges, artiste français réputé pour son humour noir, son anticonformisme et son sens de l'absurde...

Insecte

n.m., du latin insectus, sous le tabouret. Ainsi le mot insecte désigne-t-il un animal si petit qu’il peut (à l’aise) passer sous un tabouret sans ramper, alors que le python, si.

Les insectes sont des invertébrés de l'embranchement des articulés. Il n'y a pas de quoi se vanter. Leur corps, généralement peu sensible à la caresse, est entouré d’une peau à chitine d’aspect volontiers dégueulasse. Il se compose de trois parties :

1. La tête, avec deux antennes que l’enfant aime à couper aux ciseaux pour tromper son ennui à la fin des vacances, deux gros yeux composés à facettes et peu expressifs au-delà du raisonnable, et une bouche très dure garnie d’un faisceau redoutable de sécateurs baveux dont la vue n’appelle pas le baiser. 

2. Le thorax, lisse et brillant, affublé d’un nombre invraisemblable de pattes et le plus souvent garni de deux paires d’ailes dont la finesse des nervures ne manque pas de surprendre, chez un être aussi fruste. C’est grâce à ses ailes que l’insecte peut vrombir, signalant ainsi sa présence au creux de l’oreille interne de l’employé de banque assoupi.

3. L'abdomen, divisé en gros anneaux mous et veloutés et percé sur les côtés de maints trous faisant également office de trachées pulmonaires. (« Ce qui est étrange, chez la libellule, c'est qu'elle respire par où elle pète. » MAURICE GENEVOIX, Humus.)

Il existe plusieurs millions d’espèces d’insectes. Certains vivent en Seine-et-Marne, au Kenya, ou sur un grand pied, tel le cafard landais qui, comme le berger du même nom, vit juché sur des échasses pour dominer fièrement les ordures ménagères dont il est friand.

Certains insectes, comme la mouche des plafonds, possèdent des ventouses sous les pattes qui leur permettent de se coller aux ptères.

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Pierre  Desproges > Après l'humour, quelques lignes plus ... dramatiques !

 

Car ne risque-t-on pas, un jour plus prochain que souhaité, de voir s'effacer le mot " insecte " des pages diaphanes des petits Robert ou Larousse ? En effet, une catastrophe silencieuse et invisible pourrait bien mettre en péril le cycle éternel de la vie : le déclin massif des insectes. Le coupable ? L’homme, ce multirécidiviste. Ces trente dernières années, les trois quarts des insectes ont en effet disparu ! Or, sans cette espèce animale, la plus diversifiée sur Terre et l’un des premiers maillons de la chaîne alimentaire, des écosystèmes entiers s’effondreraient...

A mon sens, pour ralentir ou, mieux, stopper l’hécatombe, il faut d’abord changer de regard, arrêter de considérer les insectes comme des nuisibles, insignifiants. A cet égard, les images microscopiques fascinantes de papillons diurnes, abeilles sauvages ou mellifères et fourmis rousses des bois exposent au plus près le travail irremplaçable de ces « chevilles ouvrières de nos écosystèmes ».

L'année 2018 s'est achevée sur des images de Français en gilets jaunes unis dans un même refus de la taxe écologique sur le diesel. A l'évidence, l'urgence environnementale perdure, pourtant derrière la question sociale. Dans ce contexte, adresser en 2019 des voeux marqués au sceau de l'écologie est un exercice périlleux. Cependant, je le ferai aujourd'hui car le nombre de personnes conscientes de la gravité de la situation écologique qui nous échoit croît rapidement. Mais il augmente, hélas, dans un contexte politique général et international peu propice à l'action climatique, et plus généralement écologique. Par ailleurs, les pouvoirs politiques traditionnels ont jusqu'ici agi très mollement en ces matières...

Ma conclusion s'appuiera sur un écrit du philosophe Dominique Bourg qui déclare " qu'il en va de la biodiversité et du vivant comme d'une vieille voiture : elle ne cesse de perdre boulons et pièces, mais elle roule encore ... Pour combien de temps ? "

Que 2019 soit donc l'année privilégiée où, nous tous, écologues plus que convaincus, plongerons de concert les mains ... dans le cambouis !

Inachos 

 

19 octobre 2018

DE LA COMPLEXITE DE L'ADN CHEZ LES INSECTES !

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Les loups ne font pas des brebis, et inversement. La génétique règne en maître sur nos architectures individuelles, que nous soyons des animaux ou des plantes. Dans les conversations de tous les jours, on ne déclare même plus "elle a ceci de spécifique " mais "c'est dans son ADN".

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Mais pourquoi les choses, dans les faits, sont-elles parfois si complexes ? Comme toujours chez Dame Nature, les situations ne sont, en vérité, pas toujours si simples... Vois-tu, par exemple, nos amies les abeilles : dans la même ruche, les ouvrières et la reine sont à tout point de vue bien différentes et pourtant elles partagent les mêmes gènes.

Plus insolite encore, la chenille puis le papillon qui lui succède appartiennent en réalité à un seul et même individu. Ce qui prouve que les mêmes gènes peuvent aussi bien architecturer une "merguez obèse" que le gracieux volatile ailé qui la remplace ensuite. Ainsi le même ADN peut donc être commun à des faciès radicalement différents. Des nutriments différenciés suffiront à activer diversement les gènes de l'abeille conduisant soit à une simple ouvrière soit à la royale génitrice ! De même, l'ordre temporel activera différemment les gènes du papillon, architecturant d'abord la chenille puis, au moment propice, ré-architecturant le papillon doté d'ailes.

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Veux-tu maintenant que je t'entretienne d'une situation bien plus étonnante encore ?

Certains insectes se révèlent capables de manipuler l'expression des gènes des plantes dans le but de les obliger à fabriquer des organes entièrement nouveaux. Ces derniers sont destinés à servir d'hôtels-restaurants à leurs larves et sont improprement nommés "galles". Ainsi, par exemple, les gènes du chêne n'ont normalement vocation qu'à architecturer les cinq grandes parties de l'arbre : racines, tronc, branches, feuilles dès le printemps et glands en fin d'été. Lesdits gènes se montrent en effet capables de faire beaucoup plus lorsqu'ils sont sollicités par différentes espèces d'insectes cécidogènes (aptes à produire des galles sur les végétaux). En effet, pas moins d'une centaine de galles différentes résultent des sollicitations d'autant d'espèces d'insectes.

Quel potentiel créatif, ne trouves-tu pas, des gènes du chêne multiplié par un nombre important par rapport à la situation de base ! 

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"Pomme du chêne" - Biorhiza pallida

Photo du net - Cliquer pour agrandir

 

En résumé, je dirais ceci : de même qu'une phrase donnée

peut s'interpréter de diverses manières en fonction de son

 contexte, de même un pool génétique donné peut s'exprimer

diversement en fonction du contexte biochimique cellulaire

et conduire à architecturer des formes bien distinctes.

Mieux comprendre cette souplesse créative dans l'expression

des gènes fait l'objet d'une discipline nouvelle, en plein

essort, l'épigénétique avec des perspectives d'application

bien plus riches encore que la génétique traditionnelle.

Et qui, par ailleurs, pourrait bien à terme reléguer nos

actuels OGM dans la remise aux vieilles recettes...

                                                                                                         Inachos

 

29 juin 2018

LES MALHEURS DU MONARQUE ! suite

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Dans l'article précédent, nous avons pu observer comment les OGM de type "Bt" pouvaient ralentir la croissance et augmenter le taux de mortalité des chenilles de Monarques. Si la surface d'hivernage (approximation de la population des papillons) des Monarques a été divisée par 3 entre les décennies 1993-2003 et 2004-2014, c'est que d'autres causes génèrent cette formidable régression.

Car hélas, les malheurs du Monarque ne se limitent pas à la problématique des OGM "Bt" !

En effet, le meilleur désherbage des champs et des abords permis par l'utilisation des OGM "Roundup Ready" (OGM "RR") a réduit la quantité de nourriture disponible pour les larves de 20% et pourrait expliquer le déclin des populations de Monarques, auquel s'ajouterait une réduction des surfaces de plante hôte en milieu naturel du fait de l'augmentation des surfaces forestières et urbaines. Par ailleurs, les asclépiades étant toxiques pour les vertébrés, elles sont souvent détruites quand elles se développent à l'intérieur et en marge de pâture. Aussi les scientifiques conseillent-ils de réaliser des plantations d'asclépiades dans le Midwest, en dehors des zones agricoles, par exemple au bord des routes, pour compenser cette réduction du biotope.

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Quand la bonne volonté est néfaste !

Une autre cause de disparition récemment identifiée est que de nombreux jardiniers bien intentionnés ont voulu sauver ce lépidoptère emblématique en plantant dans leur jardin des asclépiades afin que les Monarques puissent pondre et se nourrir. Mais nombre d'entre eux ont planté une espèce largement diffusée par les horticulteurs : Asclepias curassavica. Cette dernière est originaire des tropiques et non des Etats-Unis, jolie, facile à cultiver et visiblement appréciée par les Monarques.

Cette asclépiade exotique, dans les régions chaudes du sud des Etats-Unis ne meurt pas en hiver comme le font les espèces locales. Les Monarques sont alors incités à y pondre au lieu de faire le voyage au Mexique. En 2013, le nombre de Monarques en migration vers le Mexique a été le plus bas jamais enregistré, couvrant à peine 0,67 hectare de forêt (à comparer aux 21 hectares à la saison 1996-1997). 

L'asclépiade tropicale est devenue un "piège écologique" pour ces papillons qui ont trouvé là un site de reproduction hivernal, alors que cette plante héberge un protozoaire parasite dénommé Ophryocystis elektroscirrha. Son impact négatif affecterait plus les femelles que les mâles et expliquerait que leur pourcentage décline depuis 30 ans. Les papillons qui restent au sud des Etats-Unis au lieu de migrer ont été trouvés 5 à 9 fois plus porteurs de ce parasite qui les affaiblit, limite leur durée de vie et les empêche de gagner le Mexique.

Autrefois, les asclépiades mouraient en hiver et les papillons s'éloignaient du parasite en partant au Mexique. Quand ils revenaient, une nouvelle génération d'asclépiades, pauvres en parasites, les attendait. Ce n'est plus le cas : dans certains des nouveaux sites de reproduction hivernale, 100% des Monarques échantillonnés en 2014 étaient infectés !

Les Monarques remontant vers le Nord au printemps traversent les zones infectées et risquent de se contaminer sur les asclépiades exotiques qui ne sont pas mortes en hiver, d'y pondre ou de s'accoupler avec des papillons malades, alors qu'ils sont déjà en voie de forte régression.

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Une solution serait de demander aux jardiniers et propriétaires de supprimer toutes les asclépiades exotiques et de les remplacer par des souches locales (cependant assez difficiles à trouver) ou, au moins, de couper la plante au moment des quelques semaines de retour de migration...

 Pour conclure, on peut dire que le Monarque est en forte régression

et menacé depuis plusieurs décennies par la disparition progressive

de ses habitats aux Etats-Unis à cause de l'agriculture intensive

et au Mexique en raison de la déforestation.

Après plusieurs dizaines d'années d'efforts, le gouvernement

mexicain et les ONG ont freiné la déforestation dans la zone

d'hivernage du Monarque (forêts de sapins et de pins oyamel).

Mais le recul des asclépiades sauvages aux Etats-Unis reste

un problème majeur : ces messicoles ne sont plus tolérées

par les agriculteurs qui les détruisent facilement au glyphosate

(substance active de l'herbicide Roundup) dans les champs de

plantes génétiquement modifiées (OGM) pour résister à ce

désherbant total.

                                                                                   Inachos

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16 juin 2018

LES MALHEURS DU MONARQUE !

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Chacun de nous a déjà entendu parler du papillon Monarque (Danaus plexippus), une espèce principalement américaine de lépidoptères migrateurs.

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Photographie du net. Cliquer pour agrandir !

Ce grand papillon (8,5 cm à 12,5 cm d'envergure) est célèbre pour ses migrations de grande ampleur en Amérique, où il se déplace par groupes de millions d'individus sur des distances pouvant atteindre 4 000 km, deux fois par an, d'août à octobre vers le Sud (surtout au Mexique) et au printemps vers le Nord.

 

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L'un des aspects les plus curieux de la migration des Monarques est que leur voyage du Sud au Nord se fait en plusieurs générations, alors que le voyage du Nord au Sud se fait en une seule. Les monarques naissant en automne entrent dans une phase de diapause, ce qui leur permet de survivre toute la durée de l'hiver. Cela leur permettra de migrer de la région des Grands Lacs et du Sud de la Californie vers l'état du Michoacan au Mexique où ils vivront à l'état d'inactivité dans des forêts de sapins sacrés (ou oyamel - abies religiosa).

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   Clichés du net.

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Les Monarques y sont présents en nombre si important qu'on ne peut parfois même plus distinguer la moindre parcelle d'écorce où ils se posent. Les papillons se regroupent en essaims la nuit et prennent leur envol le jour, si la température est suffisamment élevée. 

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Photo du net. Cliquer pour agrandir !

Les malheurs du Monarque ...

Etant donné la diminution importante des populations de Monarques observée au Mexique et en Californie depuis les années 1990, la situation de l'espèce préoccupe plusieurs organismes environnementaux et gouvernements. Au Canada, le Monarque est une espèce en voie de disparition. Aux Etats-Unis, notre beau papillon est en évaluation pour déterminer s'il aura désormais le même statut.

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Superficie occupée par le Monarque (population migratrice de l'est) dans les aires d'hivernage au Mexique de 1993 à 2018

Monarque et OGM : un désastreux roman !

En Amérique du Nord, où la "malbouffe" fait partie du mode de vie, l'assiette du consommateur n'est pas un thème mobilisateur pendant toute la "période calme" qui accompagne la diffusion des OGM à grande échelle. En revanche, un événement va infléchir la perception de l'opinion publique qui, d'un coup, s'interroge sur la fiabilité et l'impartialité des agences de réglementation dans leur gestion des risques associés aux produits issus des biotechnologies. Cela concerne le papillon Monarque, ce lépidoptère migrateur emblème de l'Amérique, qui deviendra le symbole le plus efficace de la cause anti-OGM aux Etats-Unis.

 

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Le 20 mai 1999, en effet, la revue scientifique "Nature" publie une étude réalisée par John Losey, un entomologiste de l'université Cornell de New York : avec deux collèges, le chercheur a étudié les effets d'un maïs Bt produit par Novartis (aujourd'hui Syngenta), censé combattre la pyrale, un parasite de la céréale, sur les larves du Monarque. Rappelons que les OGM "Bt" ont emprunté leur nom à une bactérie qui se trouve naturellement dans le sol, "Bacillus thuringiensis, laquelle agit à la façon d'un insecticide.

Isolé en 1901 par un bactériologiste japonais, ce bacille est utilisé sous forme de pulvérisation par les agriculteurs biologiques parce qu'il présente la propriété de se dégrader rapidement au soleil, permettant des interventions ponctuelles sans conséquence pour l'environnement ni pour les populations d'insectes non ciblées. Or la biotechnologie change complètement la donne ! En effet, l'insertion du gène qui code pour la toxine fait que celle-ci s'exprime en permanence dans toute la plante, au risque d'affecter toutes les populations d'insectes, les nuisibles comme les utiles (dont la chrysope, prédatrice de la pyrale que le maïs Bt est censé combattre).

Au moment où le docteur Losey s'intéresse au Monarque, diverses études ont déjà montré que les cultures Bt peuvent être fatales pour des insectes bénéfiques comme les coccinelles, mais aussi les micro-organismes du sol ou les oiseaux insectivores. Dans son laboratoire, l'équipe de l'université Cornell a nourri des larves de Monarque avec des feuilles d'asclépiades, leur menu favori, saupoudrées avec du pollen de maïs Bt. Résultat : "Quatre jours plus tard, 44% des larves avaient succombé et les survivantes avaient perdu l'appétit. En revanche, pas une des larves exposées à des feuilles accommodées avec du pollen naturel n'était morte."

En Amérique du Nord, l'étude provoque une vive émotion, tandis que, le jour même de sa publication, la Commission européenne annonce la suspension des demandes d'autorisation de mise sur le marché de plusieurs variétés Bt, dont celles de Monsanto. "Il s'agit d'observations faites en laboratoire, dans des conditions qui ont poussé le Monarque dans ses derniers retranchements", se défend Christian Morin, le porte-parole de Novartis, qui demande que les observations soient répétées dans les champs. Mais rien n'y fait : les malheurs du papillon chéri des Américains portent un sérieux coup aux exportations de maïs vers l'Europe, qui s'effondrent du jour au lendemain !

Bien évidemment, les fabricants d'OGM, Monsanto en tête, organisent la riposte en menant une campagne destinée à "minimiser, voire ridiculiser l'étude", au besoin en diffusant des "informations trompeuses, fantaisistes et montrant une grande méconnaissance de l'histoire naturelle du Monarque", ainsi que l'écrit en 2001 Lincoln Brower, un entomologiste qui travaille depuis 1954 sur le papillon mythique. Cet article très informé montre comment un débat scientifique peut être complètement perverti par des intérêts privés, avec la complicité des instances gouvernementales et d'une partie de la communauté scientifique.

"Malheureusement, déplore Lincoln Brower, le débat sur les découvertes de l'université Cornell, détourné et manipulé par l'industrie agricole, a fait perdre de vue un enjeu beaucoup plus large et sérieux : le danger réel que les plantes transgéniques accélèrent l'appauvrissement de la biodiversité." Au passage, il note que l'usage intensif du Roundup a fait disparaître toutes les fleurs sauvages comme les asclépiades dont le Monarque dépend pour sa survie !

Pourtant, les résultats de l'université Cornell seront confirmés par une étude de l'université de l'Iowa, publiée le 19 août 2000 dans la revue "OEcologia". "Nous avons constaté qu'après cinq jours d'exposition au pollen Bt, 70% des larves de Monarque étaient mortes, commente John Obrycki qui dirigea la recherche réalisée en plein champ avec des feuilles d'asclépiades prélevées à proximité des cultures transgéniques.

A l'époque, la polémique avait redémarré

mais elle fut très vite dépassée par le cataclysme

" StarLink *"

le plus grand scandale sanitaire et environnemental

qu'aient jamais provoqué, à ce jour, les OGM ...

                                                                                                      Inachos

 

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* StarLink : Le 18 septembre 2000, "les Amis de la Terre" publient un communiqué qui déclenche un véritable cataclysme : l'association écologique américaine annonce qu'elle a fait analyser des échantillons de maïs (chips, tacos, céréales, farines, soupes, galettes) achetés dans les supermarchés et que les tests ont révélé la présence de traces de StarLink, un maïs Bt produit par Aventis, interdit à la consommation humaine. De fait, pour augmenter la fonction insecticide de son OGM, la firme y a introduit une protéine Bt (Cry9C) particulièrement lourde et stable, "suspectée de causer des allergies, parce qu'elle présente une capacité accrue de résistance à la chaleur et aux sucs gastriques, ce qui donne plus de temps à l'organisme de surréagir", ainsi que l'explique le Washington Post. Voilà pourquoi l'Agence de Protection de l'Environnement (EPA) a limité la commercialisation de ce maïs Bt à la seule consommation animale et à la production d'éthanol... Or, comme rien ne ressemble plus à un maïs conventionnel qu'un maïs OGM, les négociants en grains, qui n'étaient pas informés de la subtilité bureaucratique, ont mélangé StarLink avec les autres variétés jaunes de la céréale...

 

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07 février 2018

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

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25 mai 2017

ARACHNE PORTE-CROIX !

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Bonjour à tous et bienvenue sur la toile !

Araneus diadematus - PIT Guérigny - 22 septembre 2010 - 2

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Je suis Araneus diadematus, plus connue sous les pseudonymes d'épeire diadème et surtout d'araignée porte-croix. Cette dernière appellation d'usage courant trouve son origine dans une célèbre légende chrétienne, rattachée à la Passion du Christ. Comment ? tu ne la connais pas ? Alors, puisque tu insistes, je vais t'en tisser la trame...

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" En ce temps-là, Jésus Christ, agonisant sur la croix, était tourmenté par des dizaines de mouches qui se régalaient de son sang. Non loin de là, Araneus, mon vénérable ancêtre, eut pitié, quitta sa toile et grimpa vers son visage. Soigneusement, l'araignée broda une toile autour de la tête du crucifié qui bientôt disparut sous un voile grisâtre. Sa tâche accomplie, Araneus redescendit et rampa sur le sol vers sa propre toile. A cet instant, l'ombre de la croix tomba pile sur son dos. Satisfait d'avoir soulagé le condamné, mon ancêtre retourna lentement vers sa propre toile. Et là, médusée, l'araignée s'aperçut que la croix sur son dos n'avait pas disparu ! Depuis, on raconte que la reconnaissance de Dieu pour la compassion d'Araneus a été transmise à tous ses descendants qui portent encore aujourd'hui ce beau décor en forme de croix, situé au point le plus haut de l'abdomen tel un diadème enserrant le sommet d'une tête couronnée. "

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Tu pourrais croire que cette histoire nous ait été salutaire ! Et bien, pas du tout ! Car au cours des siècles, les épeires porte-croix ont été les victimes de superstitions issues de cette légende. En effet, pour faire tomber la fièvre, pour soigner une infection pulmonaire ou stomacale, les Anciens avaient coutume d'enfermer l'une de mes aïeules dans deux coquilles de noix évidées et collées ensemble qu'ils faisaient porter autour du cou du malade... Je te laisse imaginer la terrifiante mort lente qui attendait chacune de ces épeires victimes de l'ignorance humaine et d'un sombre obscurantisme religieux !

Mais parlons d'autre chose... De mon nom vernaculaire, si tu en es d'accord ! En effet, "épeire" signifie en grec "nouer au-dessus", belle allusion à ma superbe toile tissée, (nouée) à bonne hauteur au-dessus du sol... Cette fameuse toile a fait la réputation de tous les membres de ma grande famille : les Aranéidés !

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Toutes, nous bâtissons des toiles orbiculaires (en forme d'anneau), essentiellement verticales, généralement munies d'un robuste fil d'avertissement reliant le moyeu (le centre) dense à un abri situé au-dessus ou sur le côté. Cependant, attention ! Moi, Araneus diadematus, je fais exception à la règle car contrairement à la majorité des autres espèces de ma famille, je m'installe généralement au centre de ma toile et ne bâtis pas de loge.

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Ma toile orbitèle, construite en cercles réguliers, mesure de 40 à 50 centimètres de diamètre et on compte, en moyenne, une trentaine de rayons. Sur le schéma ci-dessus, on distingue bien le moyeu dense, une zone de stabilisation de 6 à 8 spires, un espace sans enroulement et finalement la zone de capture faite de soie engluée dont chaque spire est distante d'environ 3 millimètres de la précédente.

Araneus diadematus - PIT Guérigny - 22 septembre 2010 - 1

Ma toile capture une grande variété d'insectes volants. J'emmaillote les plus gros mais délaisse les plus petits (tels les pucerons) que je consommerai au moment de la réfection de ma toile. En effet, je suis très pointilleuse, perfectionniste et écologiste ! Aussi, en principe, je ne répare jamais ma toile : si celle-ci est endommagée, je la reconstruis entièrement, plusieurs fois par jour si nécessaire... Et tu te doutes bien que, pour faire "des économies", je recycle la soie de l'ancienne toile en la consommant.

Araneus diadematus - Urzy - 14 mai 2010 - 2

"Pelote" d'araignons prête à "exploser" à la moindre perturbation...

Une autre de mes fiertés sont mes petits ! Les juvéniles, jaunes et portant un triangle noir sur le "dos", émergent en mai de l'année suivante après avoir passé tout l'hiver bien au chaud, à l'abri d'un cocon de soie jaune caché dans la litière ou sous des écorces. Mes magnifiques bébés, une fois sortis de leur cocon, restent groupés en pelote une journée ou deux avant de s'envoler individuellement au bout d'un fil de soie qu'ils secrètent pour leur dispersion.

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Ce ballet aérien est souvent surnommé le "phénomène des fils de la Vierge" (hé oui ! encore une référence religieuse...) mais les aranéologues appellent ce moyen de déplacement original le "ballooning". Je suis d'ailleurs très inquiète car mes chers petits araignons sont emportés parfois par les vents à des hauteurs très élevées, avoisinant les 30 mètres

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Le ballooning s'observe à toutes saisons mais, en France, plutôt au cours de deux périodes :

en été (juin à août) et à l'automne (octobre - novembre).

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Grâce à ce mode original de déplacement,

les araignées se sont installées partout sur la planète.

Elles sont parmi les espèces pionnières

qui colonisent de nouveaux territoires

ou regagnent des milieux ayant été perturbés...

                                                                                                        Inachos

03 mai 2017

SPEEDY MORO !

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 Passionné(e) de papillons et/ou d'aviation, bien le bonjour !

Etrange entrée en matière, me diras-tu ? Pourtant l'article qui suit devrait intéresser tout autant mes ami(e)s lépidoptéristes que les amateurs d'objets volants identifiés...

Macroglossum stellatarum - Varennes bourg - 8 juin 2015 - 3 

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Mais pardon, chère lecteur, chère lectrice, de ne m'être point encore présenté. On m'appelle souvent Moro-sphinx ou "Speedy Moro" dans l'intimité des super héros ! ! ! Si, si, je t'assure que ma notoriété n'est pas un vain mot. Car là où de très nombreuses espèces d'insectes doivent se contenter de leur seul nom scientifique, les humains ont fait preuve à mon égard d'une grande débauche de petits "noms d'oiseaux" : plus d'une trentaine dans l'hexagone ! Te rends-tu compte que je suis une véritable célébrité nationale ?

Bon ! Puisque tu insistes, je te livre quelques-uns de ces noms vernaculaires : Moro-sphinx ! Sphinx fou ! Sphinx colibri ! Sphinx moineau ! Sphinx queue de canard ! Oiseau-mouche ! Bec d'oiseau ! Sphinx du caille-lait ! Macroglosse du caille-lait ! Macroglosse des gaillets ! ...

Reprenons, si tu le permets, le nom le plus communément utilisé, à savoir "Moro-sphinx" qui se traduit par sphinx "fou" en considération de l'extrême rapidité de mes déplacements d'une fleur à l'autre et de ma capacité à faire du vol stationnaire tel un robuste hélicoptère.

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La précision de mon vol alliée à une vitesse peu commune mérite bien que l'on s'y attarde quelque peu. Au titre des particularités, on notera la cadence du battement de mes ailes, de l'ordre de 75 par seconde, ce qui est considérable pour un papillon, si bien que mes ailes en question en deviennent pratiquement "invisibles".

Macroglossum stellatarum - près Surzur - Bretagne - 18 juillet 2010 - 2 compressée 

Sphinx "queue de canard" en vol stationnaire !

Mais alors, pourquoi donc une telle cadence ? Celle-ci est principalement imposée par la petitesse de ma surface alaire portante en regard du poids et du volume de mon corps quelque peu ... rondelet ! Bien entendu, tu l'auras deviné, il s'ensuit une dépense énergétique considérable, d'où la nécessité de butinages nourriciers incessants à un rythme effréné, eux-mêmes très énergivores ! N'est-ce point là une parfaite illustration de la quadrature du cercle, du noeud gordien, du cercle vicieux ?

Outre mon vol stationnaire de type colibri, je suis capable d'atteindre des pointes de 50 km à l'heure. En vol de croisière, ma vitesse moyenne avoisine 40 km par heure, ce qui me permet de parcourir de longues distances et me place parmi les papillons les plus rapides de la planète.

Si je suis un long-courrier, cela signifie que j'appartiens à la confrérie des ... papillons migrateurs ! Mais tu l'avais certainement deviné en lisant le paragraphe précédent...

Je migre chaque année de mes terres natales du Maghreb et de l'Europe méditerranéenne vers des latitudes plus septentrionales où je produis sur place une génération estivale.

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Durant les étés secs et chauds, tu nous as sans doute vus apparaître de façon massive, investissant les balconnières et les parterres fleuris des villes. Certains de mes congénères, nés en Europe, effectuent manifestement une migration de retour vers le Sud. D'autres copains tentent d'hiverner sur place, avec un certain succès semble-t-il depuis quelques années, en liaison probable avec le réchauffement climatique actuel.

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Mais en hiver, un grand nombre d'entre nous préfère résider sous les climats tempérés les plus chauds : en Espagne, Portugal, Italie, Turquie, Afrique du Nord... Nous ne survivons que rarement à la froidure des régions plus "arctiques" comme au nord des Alpes en Europe ou au nord du Caucase en Russie.

L'analogie avec l'aviation ne s'arrête pas là ! En effet, je ne me pose jamais sur les fleurs et ne pratique que le ravitaillement en vol grâce à une très longue trompe d'environ 2 cm et demi. A l'aide à cet organe formidable, j'aime à recueillir le savoureux nectar des fleurs à corolles profondes : lavande, jasmin, buddleia, violette, pétunia, lilas, etc.

Macroglossum stellatarum - près Surzur - Bretagne - 18 juillet 2010 - 1

Macroglossum stellatarum se ravitaillant sur un buddleia...

Macroglossum stellatarum - Varennes bourg - 8 juin 2015 - 1

 

 

 

 

 

et ici, sur un pied de lavande.

 

 

 

 

 

           On remarque la longue trompe à l'extrémité colorée de nectar.

L'étymologie du nom de genre "Macroglossum" de ce Sphingidé est très explicite. Observe plutôt :

macro = grande et glossa = langue

Il me reste à partager avec toi un petit secret... En effet, j'aime voler en fin d'après-midi, mais jamais la nuit, ce qui est tout à fait inhabituel pour un sphinx, les Sphingidés étant pour la plupart nocturnes, bref ! des papillons de nuit, des Hétérocères ! Le soir venu, je me cache dans l'anfractuosité d'un rocher ou d'un mur où je passe d'autant plus inaperçu qu'au repos, mes ailes antérieures ternes recouvrent les postérieures orangées.

Macroglossum stellatarum - Picasso - Urzy - 29 juin 2012 - 5Macroglossum stellatarum - Picasso - Urzy - 29 juin 2012 - 6

 

Le Moro-sphinx est l'une des rares espèces diurnes de sa famille

avec le Sphinx fuciforme ou Sphinx gazé (Hemaris fuciformis)

et le Sphinx bombyliforme (Hemaris tityus),

espèces moins fréquentes en France.

                                                                                                        Inachos

 

 

 

29 janvier 2017

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

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Création Voeux 2017

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Chère lectrice, cher lecteur,

En ce début d'année 2017, mes voeux auront pour thème les droits de l'animal, " être vivant doué de sensibilité ". Souhait optimiste, s'il en est !

Se projeter vers l'avenir, bâtir des rêves ou laisser libre cours à ses aspirations, tout cela va de pair avec l'espoir. Pour beaucoup cependant, il ne faut pas se laisser glisser dans les espérances car les déceptions sont parfois cruelles. Mais croire, vivre en gardant espoir aide à se relever des coups durs de la vie et à avoir confiance dans le futur. L'espoir n'est-il pas cette lueur, ce souhait proféré par plaisir ou par conviction ?

Je me souviens qu'il y a tout juste deux ans, le 28 janvier 2015, l'Assemblée nationale votait en lecture définitive le projet de loi relatif à la modernisation du droit de l'animal, désormais reconnu comme un " être vivant doué de sensibilité " dans le Code civil (nouvel article 515-14) et non plus considéré comme un bien meuble (article 528). Aussi, n'étant plus défini par ses valeurs marchande et patrimoniale, je me suis réjoui qu'il le soit par sa valeur intrinsèque... Innocemment, j'ai aussitôt pensé que j'assistais là à un tournant historique mettant fin à plus de deux cents ans d'une vision archaïque de l'animal dans le Code civil et prenant enfin en compte l'état des connaissances scientifiques et l'éthique de notre société du vingt-et-unième siècle. Quelle grossière erreur !

En effet, ces quelques phrases symboliques dans le Code civil n'apportent rien sur le fond. Au final, avec cet amendement, l'animal est toujours soumis au régime des biens corporels. Cela ne change en rien les comportements envers les animaux qui pourront toujours être vendus, loués, exploités... Les pratiques les plus cruelles, comme la corrida, la chasse à courre, les combats de coqs, l'abattage rituel, certaines formes de pêches ou d'élevage, ne sont pas du tout remises en cause.

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Par exemple, le Code civil continue d'exclure de son domaine les animaux sauvages qui sont pris en compte par le Code de l'environnement. Or ce dernier ne reconnaît pas leur sensibilité ! Il ne les considère pas non plus comme des individus mais comme des espèces tantôt nuisibles tantôt protégées. Actuellement, un animal sauvage voit sa sensibilité reconnue tant qu'il est tenu captif dans un zoo ou un cirque. Mais si le même animal s'enfuit, il n'existe plus juridiquement et n'est plus protégé en tant que tel : c'est totalement aberrant ! L'idée la plus cohérente serait déjà de reconnaître la sensibilité de l'animal sauvage vivant en liberté !

Ensuite, le Code pénal ne reconnaît pas officiellement l'animal comme un être sensible, mais seulement implicitement. Les atteintes aux animaux sont classées à côtés des infractions contre les personnes et les biens, dans le chapitre " autres délits ". Aussi ces actes de cruauté sont-ils moins sanctionnés qu'un simple vol d'un bien. Il semble donc urgent d'apporter un certain nombre d'aménagements à ce Code pénal !

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Quant aux animaux d'élevage, ils sont cette fois régis par le Code rural, qui est le véritable code animalier, celui qui détermine la façon de les entretenir, de les élever, de les soigner, etc. Or ce dernier reconnaît déjà l'animal comme " être sensible " depuis la loi sur la protection de la nature de 1976. Pour autant, cela ne l'empêche pas de considérer, en substance, que leur souffrance, dans les abattoirs notamment, est utile car nécessaire à l'alimentation de la population !

Arrivé à ce premier stade de mon discours, une première et brève synthèse s'impose. C'est aussi mon premier voeu pour 2017 !

Pour qu'il y ait un véritable changement, la question est de savoir dans quelle société nous voulons vivre. Veut-on poursuivre l'exploitation de la souffrance animale ou sommes-nous prêts à certains efforts ? C'est d'abord, me semble-t-il, un débat sociétal que nous devons avoir et une discussion avec les éleveurs, les chasseurs, les pêcheurs... L'idée n'est pas de remettre en cause nos modes de vie du jour au lendemain mais on peut déjà poser des garde-fous pour éviter les pratiques les plus choquantes et les moins respectueuses des animaux. A l'issue de cette démarche, il conviendra, bien entendu, de mettre en cohérence Code civil, Code de l'environnement, Code pénal et Code rural !

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Après le développement de ces aspects législatifs, rapprochons-nous de l'animal en termes de sensibilité et de conscience.

Comme les humains, les non humains sont capables de ressentir du plaisir ou de l'aversion. C'est ce que confirment les scientifiques avec les dernières études sur la " sentience " animale. Une révélation qui pose plus que jamais la question de notre rapport aux autres animaux ! 

En son temps, Charles Darwin déclarait : " Il n'y a pas de différence fondamentale entre l'Homme et les mammifères supérieurs sur le plan des facultés mentales. La différence intellectuelle entre l'Homme et les animaux supérieurs, si grande soit-elle, n'est qu'une question de degré et non de genre. "

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Il aura fallu attendre le XXIème siècle pour que les scientifiques donnent raison au grand homme et le prouvent avec les dernières études sur la " sentience " (du latin sentiens, " ressentant ").

Le concept de " sentience " est central en éthique animale car un être " sentient " ressent la douleur, le plaisir et diverses émotions : ce qui lui arrive lui importe ! Ce fait lui confère une perspective sur sa propre vie, des intérêts (à éviter la souffrance, à vivre une vie satisfaisante, etc.), voire des droits (à la vie, au respect...). Ces intérêts et ces droits impliquent des devoirs moraux de notre part envers les autres êtres " sentients ".

Si la définition précise de la " sentience " et la question de savoir si elle est présente chez tout animal (peut-être même chez les arthropodes !) font toujours débat, il est aujourd'hui reconnu par tous que les animaux sont des êtres sensibles, à un degré plus ou moins élevé. Autrement dit, un animal éprouve un ensemble de sentiments (sensations, perceptions et émotions) positifs ou négatifs, depuis la douleur et la peur jusqu'au plaisir et la joie. Des études scientifiques ont d'ailleurs montré que certains animaux présentaient un type de capacités mentales de haut niveau que l'on croyait, jusqu'alors, réservées aux seuls humains comme être conscients d'eux-mêmes, être capables de résoudre des problèmes nouveaux, avoir des représentations mentales ou encore comprendre ce que d'autres animaux savent ou se disposent à faire. Et cela, que l'animal soit sauvage, animal de ferme ou animal familier !

Depuis quelques décennies, nombre d'exemples issus d'une très grande quantité d'études scientifiques attestent cette révélation. Ainsi, les babouins et les pigeons assimilent des concepts abstraits comme la similitude ou la différence. Certains animaux utilisent des techniques pour tromper leur entourage comme le porc qui peut le faire délibérément pour éviter qu'un de ses congénères ne lui vole sa nourriture.

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Les moutons sont, quant à eux, capables de garder le souvenir d'autres moutons ou de personnes humaines pendant au moins deux ans. Un mouton réagit aussi de façon émotionnelle à un visage : il préfère un mouton ou un humain aimable à un mouton ou un humain en colère.

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Les poulets comprennent qu'un objet caché continue d'exister, une faculté qui dépasse celle des enfants en bas âge. Les grands singes et les grands dauphins montrent qu'ils sont conscients d'eux-mêmes et se reconnaissent dans un miroir...

Au moment où nous célébrons le 208ème anniversaire de la naissance du père de l'évolution, la science fait un pas de plus en assurant que l'être humain n'est pas le seul " animal " capable de planifier à long terme. Une étude scientifique publiée en mars 2009 a, par exemple, révélé qu'un chimpanzé mâle de 31 ans, détenu au zoo de Furuvik, en Suède, planifie son avenir. Le matin, avant l'ouverture du zoo, ce chimpanzé, prénommé Santino, ramasse et empile des cailloux. Plus tard, dans la matinée, il jette ses cailloux en direction des visiteurs. L'animal stocke des munitions uniquement sur le versant de l'île qui fait face aux spectateurs, mais il ne prépare jamais de projectiles pendant la période de fermeture du zoo, en hiver. Pour Mathias Osvath, spécialiste en sciences cognitives à l'université de Lund en Suède et auteur de l'étude en question, " ces observations montrent de façon convaincantes que nos frères les grands singes envisagent bel et bien l'avenir d'une manière très complexe. Ils ont très vraisemblablement un "monde intérieur", comme nous lorsque nous revivons en pensée des épisodes passés de notre existence ou lorsque nous pensons aux jours à venir. " 

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Depuis 1997, l'Union européenne reconnaît les animaux comme des " êtres sensibles ". Ainsi, le droit européen oblige les Etats membres à " tenir pleinement compte des exigences en matière de bien-être animal ". Cependant, les découvertes de ces dernières années en matière de "sentience" posent véritablement une autre question, essentielle : celle du rapport de l'homme à l'animal. En effet, si les animaux sont conscients de ce qu'ils ressentent, s'ils savent où ils sont, avec qui ils sont, comment l'homme peut-il continuer à les traiter comme des objets, à s'en servir comme des jouets ou des souffre-douleur, à les exploiter, à les enfermer, à les martyriser, à les maltraiter ? Alors que la science découvre sans cesse de nouvelles informations sur la capacité des animaux à ressentir, éprouver, penser... il est temps pour l'homme de reconsidérer la façon dont il pourrait être utile aux animaux plutôt que la façon dont les animaux pourraient lui servir. C'est à cette prise de conscience qu'est lié mon second voeu pour 2017 !

                                                                                                                           Inachos

 

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