ARTHROPOMANIA BOTANICA

29 juin 2018

LES MALHEURS DU MONARQUE ! suite

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Dans l'article précédent, nous avons pu observer comment les OGM de type "Bt" pouvaient ralentir la croissance et augmenter le taux de mortalité des chenilles de Monarques. Si la surface d'hivernage (approximation de la population des papillons) des Monarques a été divisée par 3 entre les décennies 1993-2003 et 2004-2014, c'est que d'autres causes génèrent cette formidable régression.

Car hélas, les malheurs du Monarque ne se limitent pas à la problématique des OGM "Bt" !

En effet, le meilleur désherbage des champs et des abords permis par l'utilisation des OGM "Roundup Ready" (OGM "RR") a réduit la quantité de nourriture disponible pour les larves de 20% et pourrait expliquer le déclin des populations de Monarques, auquel s'ajouterait une réduction des surfaces de plante hôte en milieu naturel du fait de l'augmentation des surfaces forestières et urbaines. Par ailleurs, les asclépiades étant toxiques pour les vertébrés, elles sont souvent détruites quand elles se développent à l'intérieur et en marge de pâture. Aussi les scientifiques conseillent-ils de réaliser des plantations d'asclépiades dans le Midwest, en dehors des zones agricoles, par exemple au bord des routes, pour compenser cette réduction du biotope.

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Quand la bonne volonté est néfaste !

Une autre cause de disparition récemment identifiée est que de nombreux jardiniers bien intentionnés ont voulu sauver ce lépidoptère emblématique en plantant dans leur jardin des asclépiades afin que les Monarques puissent pondre et se nourrir. Mais nombre d'entre eux ont planté une espèce largement diffusée par les horticulteurs : Asclepias curassavica. Cette dernière est originaire des tropiques et non des Etats-Unis, jolie, facile à cultiver et visiblement appréciée par les Monarques.

Cette asclépiade exotique, dans les régions chaudes du sud des Etats-Unis ne meurt pas en hiver comme le font les espèces locales. Les Monarques sont alors incités à y pondre au lieu de faire le voyage au Mexique. En 2013, le nombre de Monarques en migration vers le Mexique a été le plus bas jamais enregistré, couvrant à peine 0,67 hectare de forêt (à comparer aux 21 hectares à la saison 1996-1997). 

L'asclépiade tropicale est devenue un "piège écologique" pour ces papillons qui ont trouvé là un site de reproduction hivernal, alors que cette plante héberge un protozoaire parasite dénommé Ophryocystis elektroscirrha. Son impact négatif affecterait plus les femelles que les mâles et expliquerait que leur pourcentage décline depuis 30 ans. Les papillons qui restent au sud des Etats-Unis au lieu de migrer ont été trouvés 5 à 9 fois plus porteurs de ce parasite qui les affaiblit, limite leur durée de vie et les empêche de gagner le Mexique.

Autrefois, les asclépiades mouraient en hiver et les papillons s'éloignaient du parasite en partant au Mexique. Quand ils revenaient, une nouvelle génération d'asclépiades, pauvres en parasites, les attendait. Ce n'est plus le cas : dans certains des nouveaux sites de reproduction hivernale, 100% des Monarques échantillonnés en 2014 étaient infectés !

Les Monarques remontant vers le Nord au printemps traversent les zones infectées et risquent de se contaminer sur les asclépiades exotiques qui ne sont pas mortes en hiver, d'y pondre ou de s'accoupler avec des papillons malades, alors qu'ils sont déjà en voie de forte régression.

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Une solution serait de demander aux jardiniers et propriétaires de supprimer toutes les asclépiades exotiques et de les remplacer par des souches locales (cependant assez difficiles à trouver) ou, au moins, de couper la plante au moment des quelques semaines de retour de migration...

 Pour conclure, on peut dire que le Monarque est en forte régression

et menacé depuis plusieurs décennies par la disparition progressive

de ses habitats aux Etats-Unis à cause de l'agriculture intensive

et au Mexique en raison de la déforestation.

Après plusieurs dizaines d'années d'efforts, le gouvernement

mexicain et les ONG ont freiné la déforestation dans la zone

d'hivernage du Monarque (forêts de sapins et de pins oyamel).

Mais le recul des asclépiades sauvages aux Etats-Unis reste

un problème majeur : ces messicoles ne sont plus tolérées

par les agriculteurs qui les détruisent facilement au glyphosate

(substance active de l'herbicide Roundup) dans les champs de

plantes génétiquement modifiées (OGM) pour résister à ce

désherbant total.

                                                                                   Inachos

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16 juin 2018

LES MALHEURS DU MONARQUE !

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Chacun de nous a déjà entendu parler du papillon Monarque (Danaus plexippus), une espèce principalement américaine de lépidoptères migrateurs.

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Ce grand papillon (8,5 cm à 12,5 cm d'envergure) est célèbre pour ses migrations de grande ampleur en Amérique, où il se déplace par groupes de millions d'individus sur des distances pouvant atteindre 4 000 km, deux fois par an, d'août à octobre vers le Sud (surtout au Mexique) et au printemps vers le Nord.

 

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L'un des aspects les plus curieux de la migration des Monarques est que leur voyage du Sud au Nord se fait en plusieurs générations, alors que le voyage du Nord au Sud se fait en une seule. Les monarques naissant en automne entrent dans une phase de diapause, ce qui leur permet de survivre toute la durée de l'hiver. Cela leur permettra de migrer de la région des Grands Lacs et du Sud de la Californie vers l'état du Michoacan au Mexique où ils vivront à l'état d'inactivité dans des forêts de sapins sacrés (ou oyamel - abies religiosa).

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   Clichés du net.

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Les Monarques y sont présents en nombre si important qu'on ne peut parfois même plus distinguer la moindre parcelle d'écorce où ils se posent. Les papillons se regroupent en essaims la nuit et prennent leur envol le jour, si la température est suffisamment élevée. 

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Les malheurs du Monarque ...

Etant donné la diminution importante des populations de Monarques observée au Mexique et en Californie depuis les années 1990, la situation de l'espèce préoccupe plusieurs organismes environnementaux et gouvernements. Au Canada, le Monarque est une espèce en voie de disparition. Aux Etats-Unis, notre beau papillon est en évaluation pour déterminer s'il aura désormais le même statut.

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Superficie occupée par le Monarque (population migratrice de l'est) dans les aires d'hivernage au Mexique de 1993 à 2018

Monarque et OGM : un désastreux roman !

En Amérique du Nord, où la "malbouffe" fait partie du mode de vie, l'assiette du consommateur n'est pas un thème mobilisateur pendant toute la "période calme" qui accompagne la diffusion des OGM à grande échelle. En revanche, un événement va infléchir la perception de l'opinion publique qui, d'un coup, s'interroge sur la fiabilité et l'impartialité des agences de réglementation dans leur gestion des risques associés aux produits issus des biotechnologies. Cela concerne le papillon Monarque, ce lépidoptère migrateur emblème de l'Amérique, qui deviendra le symbole le plus efficace de la cause anti-OGM aux Etats-Unis.

 

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Le 20 mai 1999, en effet, la revue scientifique "Nature" publie une étude réalisée par John Losey, un entomologiste de l'université Cornell de New York : avec deux collèges, le chercheur a étudié les effets d'un maïs Bt produit par Novartis (aujourd'hui Syngenta), censé combattre la pyrale, un parasite de la céréale, sur les larves du Monarque. Rappelons que les OGM "Bt" ont emprunté leur nom à une bactérie qui se trouve naturellement dans le sol, "Bacillus thuringiensis, laquelle agit à la façon d'un insecticide.

Isolé en 1901 par un bactériologiste japonais, ce bacille est utilisé sous forme de pulvérisation par les agriculteurs biologiques parce qu'il présente la propriété de se dégrader rapidement au soleil, permettant des interventions ponctuelles sans conséquence pour l'environnement ni pour les populations d'insectes non ciblées. Or la biotechnologie change complètement la donne ! En effet, l'insertion du gène qui code pour la toxine fait que celle-ci s'exprime en permanence dans toute la plante, au risque d'affecter toutes les populations d'insectes, les nuisibles comme les utiles (dont la chrysope, prédatrice de la pyrale que le maïs Bt est censé combattre).

Au moment où le docteur Losey s'intéresse au Monarque, diverses études ont déjà montré que les cultures Bt peuvent être fatales pour des insectes bénéfiques comme les coccinelles, mais aussi les micro-organismes du sol ou les oiseaux insectivores. Dans son laboratoire, l'équipe de l'université Cornell a nourri des larves de Monarque avec des feuilles d'asclépiades, leur menu favori, saupoudrées avec du pollen de maïs Bt. Résultat : "Quatre jours plus tard, 44% des larves avaient succombé et les survivantes avaient perdu l'appétit. En revanche, pas une des larves exposées à des feuilles accommodées avec du pollen naturel n'était morte."

En Amérique du Nord, l'étude provoque une vive émotion, tandis que, le jour même de sa publication, la Commission européenne annonce la suspension des demandes d'autorisation de mise sur le marché de plusieurs variétés Bt, dont celles de Monsanto. "Il s'agit d'observations faites en laboratoire, dans des conditions qui ont poussé le Monarque dans ses derniers retranchements", se défend Christian Morin, le porte-parole de Novartis, qui demande que les observations soient répétées dans les champs. Mais rien n'y fait : les malheurs du papillon chéri des Américains portent un sérieux coup aux exportations de maïs vers l'Europe, qui s'effondrent du jour au lendemain !

Bien évidemment, les fabricants d'OGM, Monsanto en tête, organisent la riposte en menant une campagne destinée à "minimiser, voire ridiculiser l'étude", au besoin en diffusant des "informations trompeuses, fantaisistes et montrant une grande méconnaissance de l'histoire naturelle du Monarque", ainsi que l'écrit en 2001 Lincoln Brower, un entomologiste qui travaille depuis 1954 sur le papillon mythique. Cet article très informé montre comment un débat scientifique peut être complètement perverti par des intérêts privés, avec la complicité des instances gouvernementales et d'une partie de la communauté scientifique.

"Malheureusement, déplore Lincoln Brower, le débat sur les découvertes de l'université Cornell, détourné et manipulé par l'industrie agricole, a fait perdre de vue un enjeu beaucoup plus large et sérieux : le danger réel que les plantes transgéniques accélèrent l'appauvrissement de la biodiversité." Au passage, il note que l'usage intensif du Roundup a fait disparaître toutes les fleurs sauvages comme les asclépiades dont le Monarque dépend pour sa survie !

Pourtant, les résultats de l'université Cornell seront confirmés par une étude de l'université de l'Iowa, publiée le 19 août 2000 dans la revue "OEcologia". "Nous avons constaté qu'après cinq jours d'exposition au pollen Bt, 70% des larves de Monarque étaient mortes, commente John Obrycki qui dirigea la recherche réalisée en plein champ avec des feuilles d'asclépiades prélevées à proximité des cultures transgéniques.

A l'époque, la polémique avait redémarré

mais elle fut très vite dépassée par le cataclysme

" StarLink *"

le plus grand scandale sanitaire et environnemental

qu'aient jamais provoqué, à ce jour, les OGM ...

                                                                                                      Inachos

 

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* StarLink : Le 18 septembre 2000, "les Amis de la Terre" publient un communiqué qui déclenche un véritable cataclysme : l'association écologique américaine annonce qu'elle a fait analyser des échantillons de maïs (chips, tacos, céréales, farines, soupes, galettes) achetés dans les supermarchés et que les tests ont révélé la présence de traces de StarLink, un maïs Bt produit par Aventis, interdit à la consommation humaine. De fait, pour augmenter la fonction insecticide de son OGM, la firme y a introduit une protéine Bt (Cry9C) particulièrement lourde et stable, "suspectée de causer des allergies, parce qu'elle présente une capacité accrue de résistance à la chaleur et aux sucs gastriques, ce qui donne plus de temps à l'organisme de surréagir", ainsi que l'explique le Washington Post. Voilà pourquoi l'Agence de Protection de l'Environnement (EPA) a limité la commercialisation de ce maïs Bt à la seule consommation animale et à la production d'éthanol... Or, comme rien ne ressemble plus à un maïs conventionnel qu'un maïs OGM, les négociants en grains, qui n'étaient pas informés de la subtilité bureaucratique, ont mélangé StarLink avec les autres variétés jaunes de la céréale...

 

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07 février 2018

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

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25 mai 2017

ARACHNE PORTE-CROIX !

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Bonjour à tous et bienvenue sur la toile !

Araneus diadematus - PIT Guérigny - 22 septembre 2010 - 2

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Je suis Araneus diadematus, plus connue sous les pseudonymes d'épeire diadème et surtout d'araignée porte-croix. Cette dernière appellation d'usage courant trouve son origine dans une célèbre légende chrétienne, rattachée à la Passion du Christ. Comment ? tu ne la connais pas ? Alors, puisque tu insistes, je vais t'en tisser la trame...

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" En ce temps-là, Jésus Christ, agonisant sur la croix, était tourmenté par des dizaines de mouches qui se régalaient de son sang. Non loin de là, Araneus, mon vénérable ancêtre, eut pitié, quitta sa toile et grimpa vers son visage. Soigneusement, l'araignée broda une toile autour de la tête du crucifié qui bientôt disparut sous un voile grisâtre. Sa tâche accomplie, Araneus redescendit et rampa sur le sol vers sa propre toile. A cet instant, l'ombre de la croix tomba pile sur son dos. Satisfait d'avoir soulagé le condamné, mon ancêtre retourna lentement vers sa propre toile. Et là, médusée, l'araignée s'aperçut que la croix sur son dos n'avait pas disparu ! Depuis, on raconte que la reconnaissance de Dieu pour la compassion d'Araneus a été transmise à tous ses descendants qui portent encore aujourd'hui ce beau décor en forme de croix, situé au point le plus haut de l'abdomen tel un diadème enserrant le sommet d'une tête couronnée. "

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Tu pourrais croire que cette histoire nous ait été salutaire ! Et bien, pas du tout ! Car au cours des siècles, les épeires porte-croix ont été les victimes de superstitions issues de cette légende. En effet, pour faire tomber la fièvre, pour soigner une infection pulmonaire ou stomacale, les Anciens avaient coutume d'enfermer l'une de mes aïeules dans deux coquilles de noix évidées et collées ensemble qu'ils faisaient porter autour du cou du malade... Je te laisse imaginer la terrifiante mort lente qui attendait chacune de ces épeires victimes de l'ignorance humaine et d'un sombre obscurantisme religieux !

Mais parlons d'autre chose... De mon nom vernaculaire, si tu en es d'accord ! En effet, "épeire" signifie en grec "nouer au-dessus", belle allusion à ma superbe toile tissée, (nouée) à bonne hauteur au-dessus du sol... Cette fameuse toile a fait la réputation de tous les membres de ma grande famille : les Aranéidés !

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Toutes, nous bâtissons des toiles orbiculaires (en forme d'anneau), essentiellement verticales, généralement munies d'un robuste fil d'avertissement reliant le moyeu (le centre) dense à un abri situé au-dessus ou sur le côté. Cependant, attention ! Moi, Araneus diadematus, je fais exception à la règle car contrairement à la majorité des autres espèces de ma famille, je m'installe généralement au centre de ma toile et ne bâtis pas de loge.

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Ma toile orbitèle, construite en cercles réguliers, mesure de 40 à 50 centimètres de diamètre et on compte, en moyenne, une trentaine de rayons. Sur le schéma ci-dessus, on distingue bien le moyeu dense, une zone de stabilisation de 6 à 8 spires, un espace sans enroulement et finalement la zone de capture faite de soie engluée dont chaque spire est distante d'environ 3 millimètres de la précédente.

Araneus diadematus - PIT Guérigny - 22 septembre 2010 - 1

Ma toile capture une grande variété d'insectes volants. J'emmaillote les plus gros mais délaisse les plus petits (tels les pucerons) que je consommerai au moment de la réfection de ma toile. En effet, je suis très pointilleuse, perfectionniste et écologiste ! Aussi, en principe, je ne répare jamais ma toile : si celle-ci est endommagée, je la reconstruis entièrement, plusieurs fois par jour si nécessaire... Et tu te doutes bien que, pour faire "des économies", je recycle la soie de l'ancienne toile en la consommant.

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"Pelote" d'araignons prête à "exploser" à la moindre perturbation...

Une autre de mes fiertés sont mes petits ! Les juvéniles, jaunes et portant un triangle noir sur le "dos", émergent en mai de l'année suivante après avoir passé tout l'hiver bien au chaud, à l'abri d'un cocon de soie jaune caché dans la litière ou sous des écorces. Mes magnifiques bébés, une fois sortis de leur cocon, restent groupés en pelote une journée ou deux avant de s'envoler individuellement au bout d'un fil de soie qu'ils secrètent pour leur dispersion.

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Ce ballet aérien est souvent surnommé le "phénomène des fils de la Vierge" (hé oui ! encore une référence religieuse...) mais les aranéologues appellent ce moyen de déplacement original le "ballooning". Je suis d'ailleurs très inquiète car mes chers petits araignons sont emportés parfois par les vents à des hauteurs très élevées, avoisinant les 30 mètres

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Le ballooning s'observe à toutes saisons mais, en France, plutôt au cours de deux périodes :

en été (juin à août) et à l'automne (octobre - novembre).

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Grâce à ce mode original de déplacement,

les araignées se sont installées partout sur la planète.

Elles sont parmi les espèces pionnières

qui colonisent de nouveaux territoires

ou regagnent des milieux ayant été perturbés...

                                                                                                        Inachos

03 mai 2017

SPEEDY MORO !

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 Passionné(e) de papillons et/ou d'aviation, bien le bonjour !

Etrange entrée en matière, me diras-tu ? Pourtant l'article qui suit devrait intéresser tout autant mes ami(e)s lépidoptéristes que les amateurs d'objets volants identifiés...

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Mais pardon, chère lecteur, chère lectrice, de ne m'être point encore présenté. On m'appelle souvent Moro-sphinx ou "Speedy Moro" dans l'intimité des super héros ! ! ! Si, si, je t'assure que ma notoriété n'est pas un vain mot. Car là où de très nombreuses espèces d'insectes doivent se contenter de leur seul nom scientifique, les humains ont fait preuve à mon égard d'une grande débauche de petits "noms d'oiseaux" : plus d'une trentaine dans l'hexagone ! Te rends-tu compte que je suis une véritable célébrité nationale ?

Bon ! Puisque tu insistes, je te livre quelques-uns de ces noms vernaculaires : Moro-sphinx ! Sphinx fou ! Sphinx colibri ! Sphinx moineau ! Sphinx queue de canard ! Oiseau-mouche ! Bec d'oiseau ! Sphinx du caille-lait ! Macroglosse du caille-lait ! Macroglosse des gaillets ! ...

Reprenons, si tu le permets, le nom le plus communément utilisé, à savoir "Moro-sphinx" qui se traduit par sphinx "fou" en considération de l'extrême rapidité de mes déplacements d'une fleur à l'autre et de ma capacité à faire du vol stationnaire tel un robuste hélicoptère.

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La précision de mon vol alliée à une vitesse peu commune mérite bien que l'on s'y attarde quelque peu. Au titre des particularités, on notera la cadence du battement de mes ailes, de l'ordre de 75 par seconde, ce qui est considérable pour un papillon, si bien que mes ailes en question en deviennent pratiquement "invisibles".

Macroglossum stellatarum - près Surzur - Bretagne - 18 juillet 2010 - 2 compressée 

Sphinx "queue de canard" en vol stationnaire !

Mais alors, pourquoi donc une telle cadence ? Celle-ci est principalement imposée par la petitesse de ma surface alaire portante en regard du poids et du volume de mon corps quelque peu ... rondelet ! Bien entendu, tu l'auras deviné, il s'ensuit une dépense énergétique considérable, d'où la nécessité de butinages nourriciers incessants à un rythme effréné, eux-mêmes très énergivores ! N'est-ce point là une parfaite illustration de la quadrature du cercle, du noeud gordien, du cercle vicieux ?

Outre mon vol stationnaire de type colibri, je suis capable d'atteindre des pointes de 50 km à l'heure. En vol de croisière, ma vitesse moyenne avoisine 40 km par heure, ce qui me permet de parcourir de longues distances et me place parmi les papillons les plus rapides de la planète.

Si je suis un long-courrier, cela signifie que j'appartiens à la confrérie des ... papillons migrateurs ! Mais tu l'avais certainement deviné en lisant le paragraphe précédent...

Je migre chaque année de mes terres natales du Maghreb et de l'Europe méditerranéenne vers des latitudes plus septentrionales où je produis sur place une génération estivale.

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Durant les étés secs et chauds, tu nous as sans doute vus apparaître de façon massive, investissant les balconnières et les parterres fleuris des villes. Certains de mes congénères, nés en Europe, effectuent manifestement une migration de retour vers le Sud. D'autres copains tentent d'hiverner sur place, avec un certain succès semble-t-il depuis quelques années, en liaison probable avec le réchauffement climatique actuel.

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Mais en hiver, un grand nombre d'entre nous préfère résider sous les climats tempérés les plus chauds : en Espagne, Portugal, Italie, Turquie, Afrique du Nord... Nous ne survivons que rarement à la froidure des régions plus "arctiques" comme au nord des Alpes en Europe ou au nord du Caucase en Russie.

L'analogie avec l'aviation ne s'arrête pas là ! En effet, je ne me pose jamais sur les fleurs et ne pratique que le ravitaillement en vol grâce à une très longue trompe d'environ 2 cm et demi. A l'aide à cet organe formidable, j'aime à recueillir le savoureux nectar des fleurs à corolles profondes : lavande, jasmin, buddleia, violette, pétunia, lilas, etc.

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Macroglossum stellatarum se ravitaillant sur un buddleia...

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et ici, sur un pied de lavande.

 

 

 

 

 

           On remarque la longue trompe à l'extrémité colorée de nectar.

L'étymologie du nom de genre "Macroglossum" de ce Sphingidé est très explicite. Observe plutôt :

macro = grande et glossa = langue

Il me reste à partager avec toi un petit secret... En effet, j'aime voler en fin d'après-midi, mais jamais la nuit, ce qui est tout à fait inhabituel pour un sphinx, les Sphingidés étant pour la plupart nocturnes, bref ! des papillons de nuit, des Hétérocères ! Le soir venu, je me cache dans l'anfractuosité d'un rocher ou d'un mur où je passe d'autant plus inaperçu qu'au repos, mes ailes antérieures ternes recouvrent les postérieures orangées.

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Le Moro-sphinx est l'une des rares espèces diurnes de sa famille

avec le Sphinx fuciforme ou Sphinx gazé (Hemaris fuciformis)

et le Sphinx bombyliforme (Hemaris tityus),

espèces moins fréquentes en France.

                                                                                                        Inachos

 

 

 


29 janvier 2017

MEILLEURS VOEUX ! AUGURI ! FROHES JAHR ! MUCHAS FELICIDADES ! NEW YEAR'S GREETINGS !

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Création Voeux 2017

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Chère lectrice, cher lecteur,

En ce début d'année 2017, mes voeux auront pour thème les droits de l'animal, " être vivant doué de sensibilité ". Souhait optimiste, s'il en est !

Se projeter vers l'avenir, bâtir des rêves ou laisser libre cours à ses aspirations, tout cela va de pair avec l'espoir. Pour beaucoup cependant, il ne faut pas se laisser glisser dans les espérances car les déceptions sont parfois cruelles. Mais croire, vivre en gardant espoir aide à se relever des coups durs de la vie et à avoir confiance dans le futur. L'espoir n'est-il pas cette lueur, ce souhait proféré par plaisir ou par conviction ?

Je me souviens qu'il y a tout juste deux ans, le 28 janvier 2015, l'Assemblée nationale votait en lecture définitive le projet de loi relatif à la modernisation du droit de l'animal, désormais reconnu comme un " être vivant doué de sensibilité " dans le Code civil (nouvel article 515-14) et non plus considéré comme un bien meuble (article 528). Aussi, n'étant plus défini par ses valeurs marchande et patrimoniale, je me suis réjoui qu'il le soit par sa valeur intrinsèque... Innocemment, j'ai aussitôt pensé que j'assistais là à un tournant historique mettant fin à plus de deux cents ans d'une vision archaïque de l'animal dans le Code civil et prenant enfin en compte l'état des connaissances scientifiques et l'éthique de notre société du vingt-et-unième siècle. Quelle grossière erreur !

En effet, ces quelques phrases symboliques dans le Code civil n'apportent rien sur le fond. Au final, avec cet amendement, l'animal est toujours soumis au régime des biens corporels. Cela ne change en rien les comportements envers les animaux qui pourront toujours être vendus, loués, exploités... Les pratiques les plus cruelles, comme la corrida, la chasse à courre, les combats de coqs, l'abattage rituel, certaines formes de pêches ou d'élevage, ne sont pas du tout remises en cause.

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Par exemple, le Code civil continue d'exclure de son domaine les animaux sauvages qui sont pris en compte par le Code de l'environnement. Or ce dernier ne reconnaît pas leur sensibilité ! Il ne les considère pas non plus comme des individus mais comme des espèces tantôt nuisibles tantôt protégées. Actuellement, un animal sauvage voit sa sensibilité reconnue tant qu'il est tenu captif dans un zoo ou un cirque. Mais si le même animal s'enfuit, il n'existe plus juridiquement et n'est plus protégé en tant que tel : c'est totalement aberrant ! L'idée la plus cohérente serait déjà de reconnaître la sensibilité de l'animal sauvage vivant en liberté !

Ensuite, le Code pénal ne reconnaît pas officiellement l'animal comme un être sensible, mais seulement implicitement. Les atteintes aux animaux sont classées à côtés des infractions contre les personnes et les biens, dans le chapitre " autres délits ". Aussi ces actes de cruauté sont-ils moins sanctionnés qu'un simple vol d'un bien. Il semble donc urgent d'apporter un certain nombre d'aménagements à ce Code pénal !

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Quant aux animaux d'élevage, ils sont cette fois régis par le Code rural, qui est le véritable code animalier, celui qui détermine la façon de les entretenir, de les élever, de les soigner, etc. Or ce dernier reconnaît déjà l'animal comme " être sensible " depuis la loi sur la protection de la nature de 1976. Pour autant, cela ne l'empêche pas de considérer, en substance, que leur souffrance, dans les abattoirs notamment, est utile car nécessaire à l'alimentation de la population !

Arrivé à ce premier stade de mon discours, une première et brève synthèse s'impose. C'est aussi mon premier voeu pour 2017 !

Pour qu'il y ait un véritable changement, la question est de savoir dans quelle société nous voulons vivre. Veut-on poursuivre l'exploitation de la souffrance animale ou sommes-nous prêts à certains efforts ? C'est d'abord, me semble-t-il, un débat sociétal que nous devons avoir et une discussion avec les éleveurs, les chasseurs, les pêcheurs... L'idée n'est pas de remettre en cause nos modes de vie du jour au lendemain mais on peut déjà poser des garde-fous pour éviter les pratiques les plus choquantes et les moins respectueuses des animaux. A l'issue de cette démarche, il conviendra, bien entendu, de mettre en cohérence Code civil, Code de l'environnement, Code pénal et Code rural !

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Après le développement de ces aspects législatifs, rapprochons-nous de l'animal en termes de sensibilité et de conscience.

Comme les humains, les non humains sont capables de ressentir du plaisir ou de l'aversion. C'est ce que confirment les scientifiques avec les dernières études sur la " sentience " animale. Une révélation qui pose plus que jamais la question de notre rapport aux autres animaux ! 

En son temps, Charles Darwin déclarait : " Il n'y a pas de différence fondamentale entre l'Homme et les mammifères supérieurs sur le plan des facultés mentales. La différence intellectuelle entre l'Homme et les animaux supérieurs, si grande soit-elle, n'est qu'une question de degré et non de genre. "

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Il aura fallu attendre le XXIème siècle pour que les scientifiques donnent raison au grand homme et le prouvent avec les dernières études sur la " sentience " (du latin sentiens, " ressentant ").

Le concept de " sentience " est central en éthique animale car un être " sentient " ressent la douleur, le plaisir et diverses émotions : ce qui lui arrive lui importe ! Ce fait lui confère une perspective sur sa propre vie, des intérêts (à éviter la souffrance, à vivre une vie satisfaisante, etc.), voire des droits (à la vie, au respect...). Ces intérêts et ces droits impliquent des devoirs moraux de notre part envers les autres êtres " sentients ".

Si la définition précise de la " sentience " et la question de savoir si elle est présente chez tout animal (peut-être même chez les arthropodes !) font toujours débat, il est aujourd'hui reconnu par tous que les animaux sont des êtres sensibles, à un degré plus ou moins élevé. Autrement dit, un animal éprouve un ensemble de sentiments (sensations, perceptions et émotions) positifs ou négatifs, depuis la douleur et la peur jusqu'au plaisir et la joie. Des études scientifiques ont d'ailleurs montré que certains animaux présentaient un type de capacités mentales de haut niveau que l'on croyait, jusqu'alors, réservées aux seuls humains comme être conscients d'eux-mêmes, être capables de résoudre des problèmes nouveaux, avoir des représentations mentales ou encore comprendre ce que d'autres animaux savent ou se disposent à faire. Et cela, que l'animal soit sauvage, animal de ferme ou animal familier !

Depuis quelques décennies, nombre d'exemples issus d'une très grande quantité d'études scientifiques attestent cette révélation. Ainsi, les babouins et les pigeons assimilent des concepts abstraits comme la similitude ou la différence. Certains animaux utilisent des techniques pour tromper leur entourage comme le porc qui peut le faire délibérément pour éviter qu'un de ses congénères ne lui vole sa nourriture.

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Les moutons sont, quant à eux, capables de garder le souvenir d'autres moutons ou de personnes humaines pendant au moins deux ans. Un mouton réagit aussi de façon émotionnelle à un visage : il préfère un mouton ou un humain aimable à un mouton ou un humain en colère.

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Les poulets comprennent qu'un objet caché continue d'exister, une faculté qui dépasse celle des enfants en bas âge. Les grands singes et les grands dauphins montrent qu'ils sont conscients d'eux-mêmes et se reconnaissent dans un miroir...

Au moment où nous célébrons le 208ème anniversaire de la naissance du père de l'évolution, la science fait un pas de plus en assurant que l'être humain n'est pas le seul " animal " capable de planifier à long terme. Une étude scientifique publiée en mars 2009 a, par exemple, révélé qu'un chimpanzé mâle de 31 ans, détenu au zoo de Furuvik, en Suède, planifie son avenir. Le matin, avant l'ouverture du zoo, ce chimpanzé, prénommé Santino, ramasse et empile des cailloux. Plus tard, dans la matinée, il jette ses cailloux en direction des visiteurs. L'animal stocke des munitions uniquement sur le versant de l'île qui fait face aux spectateurs, mais il ne prépare jamais de projectiles pendant la période de fermeture du zoo, en hiver. Pour Mathias Osvath, spécialiste en sciences cognitives à l'université de Lund en Suède et auteur de l'étude en question, " ces observations montrent de façon convaincantes que nos frères les grands singes envisagent bel et bien l'avenir d'une manière très complexe. Ils ont très vraisemblablement un "monde intérieur", comme nous lorsque nous revivons en pensée des épisodes passés de notre existence ou lorsque nous pensons aux jours à venir. " 

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Depuis 1997, l'Union européenne reconnaît les animaux comme des " êtres sensibles ". Ainsi, le droit européen oblige les Etats membres à " tenir pleinement compte des exigences en matière de bien-être animal ". Cependant, les découvertes de ces dernières années en matière de "sentience" posent véritablement une autre question, essentielle : celle du rapport de l'homme à l'animal. En effet, si les animaux sont conscients de ce qu'ils ressentent, s'ils savent où ils sont, avec qui ils sont, comment l'homme peut-il continuer à les traiter comme des objets, à s'en servir comme des jouets ou des souffre-douleur, à les exploiter, à les enfermer, à les martyriser, à les maltraiter ? Alors que la science découvre sans cesse de nouvelles informations sur la capacité des animaux à ressentir, éprouver, penser... il est temps pour l'homme de reconsidérer la façon dont il pourrait être utile aux animaux plutôt que la façon dont les animaux pourraient lui servir. C'est à cette prise de conscience qu'est lié mon second voeu pour 2017 !

                                                                                                                           Inachos

 

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30 octobre 2016

MISUMENA LA TRANSFORMISTE !

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Bien le bonjour, estimable inconnu(e) de la toile !

Commençons, sans plus attendre et sans chichis, par les habituelles présentations. On m'appelle communément la Misumène variable ! Mais d'aucuns me nomment simplement araignée citron en référence à l'un de mes coloris favoris ou bien araignée-crabe en raison de ma capacité à marcher latéralement. Qu'il soit dit en passant que je sais même reculer...

Clique sur la photo pour l'agrandir !

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Misumena vatia sur une fleur de salicaire commune (Lithrum salicaria)

J'appartiens à la famille des Thomises, un nom patronymique qui, sans doute, m'a été attribué par erreur, sans avoir observé attentivement mon comportement. En effet, Thomise signifie en grec "lier avec une corde". Or, je n'emmaillote jamais mes proies dans du fil de soie...

Maintenant que les solennités requises sont faites, je vais te dévoiler l'énorme pouvoir dont Dame Nature m'a doté et qui tend à la pure magie !

Je suis capable, tiens-toi bien, d'homochromie !

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Comment ? Ignorerais-tu le sens de ce mot ? Approche ton oreille ... ce n'est ni plus ni moins que la faculté de me rendre invisible ! Si, si, c'est la pure vérité : juré, craché ! ! ! Oh, zut ! en plein dans ton conduit auditif...

Maintenant que tu as retrouvé l'ouïe, écoute et suis bien mes explications...

La plupart du temps, je me tiens tapie uniquement sur les fleurs blanches ou jaunes en attendant patiemment qu'une proie se présente car je chasse à l'affût, totalement immobile, les pattes avant écartées, prête à me saisir du premier insecte butineur venu.

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Oui ! tu l'auras deviné, pour me rendre invisible je suis capable d'adapter ma couleur à celle des pétales de la fleur sur laquelle je chasse : mon corps et mes pattes deviennent jaunes si je demeure sur un pissenlit et blancs sur une inflorescence de carotte sauvage.

Détail capital : si tu me bandais les yeux, privée de vue, je deviendrais totalement inapte à ces mimétismes colorés !

C'est bon ? tu suis ? Alors poursuivons...

Ma couleur par défaut est blanche en raison d'un pigment blanc contenu dans mes tissus : la guanine. Ce pigment, qui est une base des acides nucléiques présente dans l'ADN, résulte de la dégradation des composés azotés du corps de mes proies. Ouais ! ! ! J'adore faire ma savante... Tiens ! voilà voilou la représentation chimique de la guanine.

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Formule brute

C5H5N5O

soit 5 molécules de carbone, 5 molécules d'hydrogène, 5 molécules d'azote et ... une seule d'oxygène :

ça t'en bouche un coin ?

Mais trêve de pédanterie ... finis le cours de chimie ! Tu te demandes sans doute comment faire pour passer du blanc au jaune ?

Elémentaire mon cher Watson ! Il me suffit de synthétiser un pigment jaune mais cela prend pas mal de temps, environ une dizaine de jours. Tu l'auras compris, ma mutation colorée est lente et pour revenir à ma coloration blanche initiale, il me faut tout de même de 3 à 6 jours, le temps d'excréter le pigment jaune...

Quant aux taches rouges ou orangées qui existent parfois sur mon abdomen, elles ne disparaissent jamais lors des mutations colorées car elles procèdent d'un déterminisme génétique ... entends par là une sorte d'empreinte identitaire. Certaines misumènes naissent avec ces taches tandis que d'autres n'en possèderont jamais.

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Misumena vatia - sur salicaires - Urzy - 29 juillet 2012 - 7

Les taches rouges subsistant malgré la mutation colorée

Grâce à ce don extraordinaire, tu imagines bien que je suis une prédatrice redoutable. En effet, afférées à butiner nectar ou pollen, mes futures victimes ne voient pas le danger. Normal, puisque je suis invisible et figée ! Aussi, semblant surgir de nulle part, rapide comme l'éclair, je plante toujours mes crochets au niveau de leur "nuque". A voir la petite taille de mes chélicères, on ne croirait pas que mon venin soit à ce point actif sur les arthropodes !

Mon "poison", inoculé à proximité des ganglions cérébraux, permet une paralysie quasi instantanée. Cela m'évite des ripostes non désirées de la part de mes victimes qui risqueraient de s'envoler en m'emportant dans les airs ou de me piquer avec leur dard... Car je n'ai peur de personne et n'hésite pas à m'attaquer à des proies volumineuses : abeilles, bourdons, guêpes, mouches, syrphes, libellules ... et j'en passe !

Clique sur les images pour les agrandir !

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Misumena vatia - Aude - 8 août 2012 - 7

Misumena vatia ayant capturé un caloptéryx éclatant (Calopteryx splendens)

Mais attention, je mange proprement ! Chacun des arthropodes sacrifiés n'est nullement mutilé et finit sous la forme d'une enveloppe sèche, vidée de son contenu (hum ! un régal !) mais intacte ! Une autre façon d'être encore et toujours magicienne, ne penses-tu pas ? 

Arrête de trembler et rassure-toi : je suis totalement inoffensive pour les humains ! Je te salue aimable inconnu(e) de la toile et laisse la parole à Inachos...

J'observe depuis toujours la nature et apprends pas à pas ce qu'est mon environnement, comment il s'articule et, automatiquement, je ne cesse de découvrir des merveilles. Oui, la nature est remplie de magie et elle attend patiemment que notre intelligence s'affine pour se laisser dévoiler. Au sein du groupe des arthropodes, l'araignée est mal aimée. Une personne sur quatre dans l'Hexagone aurait peur de ces petites merveilles. Pourtant, à l'affût sur les fleurs ou au coeur de la toile, courant entre les pierres ou pendue au plafond, l'araignée régule les populations d'insectes. Preuves scientifiques à l'appui, que l'arachnophobe en doute ou non, elle est l'amie de l'homme et lui rend de grands services dans les plus totales discrétion et indifférence. Aussi, puisque la magie a été au rendez-vous de cet article, je terminerai par cette citation de l'écrivain ivoirien Jean-Marie Adiaffi :

 La science, dans ses résultats,

est plus magique que la magie,

c'est une magie à preuves ! 

Inachos

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07 octobre 2016

PISAURA L'ADMIRABLE !

 

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Bien le bonjour, ami(e) bipède !

Sans plus attendre, je me présente ... On m'appelle la Pisaure admirable (Pisaura mirabilis) et l'adjectif est loin d'être usurpé comme tu peux t'en rendre compte ci-dessous !

Clique sur les photos de cet article si tu souhaites les agrandir.

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Ne trouves-tu pas que mon profil rappelle celui d'un gentil petit singe portant une casquette ?

 

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En effet, je suis certainement l'une des araignées les plus faciles à identifier en raison de mon physique ... de cinéma ... si inhabituel. En premier lieu, je suis svelte, élancée, élégante et grande, jusqu'à 16 millimètres pour une femelle et 14 mm pour un mâle ... sans prendre en compte mes longues pattes, il va de soi !

Sur mon céphalothorax (partie antérieure du corps résultant de la réunion, au cours de l'évolution des espèces, de la tête et du thorax), premier indice, tu remarqueras immédiatement cette large bande médiane sombre coupée au milieu d'une fine ligne blanche se terminant en règle générale par une touffe de soies entre les yeux médians postérieurs ... la visière de la casquette, en quelque sorte, sur l'image du haut de page.

Mon abdomen, lui, est fusiforme (en forme de fuseau) avec dorsalement, second repère, un folium (dessin évoquant une feuille) très variable dont le contour est ondulant. Dans ce folium et selon les individus, tu découvriras tantôt une bande claire, tantôt des <<<chevrons>>>. Ces motifs sont généralement bien plus nets chez les mâles.

Agrandis pour observer mes joues et mes yeux ! Pisaura mirabilis - Urzy - 9 juin 2014 - 6

De face, ce qui étonne mes admirateurs au-delà de mes joues tombant à 45° (3ème repère), c'est mon regard ! Vois-tu, mes 8 yeux sont répartis sur 3 rangées, comme les araignées-loups de la famille des Lycosidés. Une différence ? Oui, évidemment, mes yeux postérieurs sont bien moins grands !

Toutefois, ce module oculaire me confère une excellente vue. En conséquence, je ne tisse pas de toile de capture à la différence des jeunes qui, moins aguerris, sont obligés de construire des toiles de chasse au pied des végétaux. Mue par mes longues papattes qui sont autant de bottes de sept lieues, je chasse à courre dans les hautes herbes ou bien sur le sol. Je suis même capable de me saisir de diptères en vol lors de leur passage en rase-mottes... Habile, non ?

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Lorsque je me repose au soleil, sur une feuille ou un caillou, je me tiens immobile, les deux premières paires de pattes accolées et étendues vers l'avant. Vois plutôt !

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Tiens ! de but en blanc et du coq à l'âne, je te propose cette citation de Victor Hugo :

" J'ai pour principe, écoutez bien cela, d'admirer l'admirable et de m'en tenir là ! "

 

Tu te demandes bien où je veux en venir ... hein ?

C'est évident et la question est récurrente... Pourquoi diable dit-on de moi que je suis admirable ? Sans doute le comportement de monsieur Pisaure n'est-il pas étranger à cette admiration sans limite... En effet, devenu adulte, ce dernier emmaillote de soie une proie en confectionnant un petit paquet. Il se déplace ensuite avec son colis qui deviendra un "cadeau" lorsqu'il rencontrera une femelle. Lors de l'accouplement, dame Pisaura ayant son présent dans les chélicères (ses crochets) sera moins dangereuse pour le mâle. Il semble que l'acceptation de ces dames est d'autant plus grande que le cadeau est important, ce qui expliquerait la corpulence du mâle, sensiblement identique à celle de la femelle, ce qui est très rare chez les araignées !

Je disais donc que dame Pisaura, ne voyant que la proie emballée, va s'en saisir pendant que le mâle restera inerte, accroché à ce "cadeau de mariage". Dès que madame commencera à festoyer, monsieur s'accouplera avec elle, sans parfois même qu'elle n'y fasse attention. Par contre, si la tentative rate, la femelle pourra ne faire qu'une bouchée de son galant ! ! !

Attention, je ne voudrais pas que vous compreniez ce que je viens de vous décrire comme un comportement social. Que nenni ! Il ne s'agit que de sélection sexuelle !

Des scientifiques ont longuement étudié ces "cadeaux" et il s'en suit que plus grosse est la proie, plus la femelle met de temps à dévorer son présent, plus long est l'accouplement. Ces chercheurs ont donc mis en relation la taille du cadeau, la durée de la copulation et par conséquent le nombre d'oeufs fécondés.

Ils ont même observé des mâles reprenant la proie offerte une fois l'acte sexuel accompli ! Hé oui, il existe des mufles partout, mêmes chez les araignées admirables !

Mais parlons un peu de moi... Je prétends que je suis aussi admirable que les mâles, bien sûr pour une tout autre raison ! Figure-toi que, vers la fin du printemps, je confectionne un cocon parfaitement sphérique contenant de 100 à 280 oeufs environ. Ensuite, je porte cet imposant ballot de soie pendant la durée de l'incubation, soit environ 8 jours. Jamais, au grand jamais, je ne m'en sépare ce qui, tu le devines, m'oblige à jeûner... En effet, je le tiens fermement en me servant à la fois de mes chélicères et de mes pédipalpes (pattes-mâchoires). Et crois-moi, ce n'est pas toujours une sinécure ! 

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Lorsque mes petits sont proches de sortir du cocon, je construis dans la végétation, à quelques dizaines de centimètres du sol, une toile pouponnière en forme de dôme sous laquelle je dépose enfin mon pesant fardeau. Quand les jeunes s'extraient du cocon, ils demeurent ensemble sous cet abri protecteur durant quelques jours, jusqu'à leur seconde mue.

Moi, je reste à proximité de la nurserie et gare aux animaux qui oseront s'en approcher ! C'est cette surveillance sans faille de mes petits qui est considérée par les bipèdes comme admirable ! ! !

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Eh oui ! C'est bien moi, fidèle au poste !

 

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Les innombrables araignons à l'abri du dôme !

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Pour clore mon discours, je voudrais soumettre à ta réflexion cette magnifique citation d'Erasme, le "Prince des humanistes". En 1525, dans son ouvrage "Le Libre Arbitre, Diatribe", il écrivait ceci :

Ce n'est pas parce que l'araignée ne ressemble pas à l'éléphant

qu'elle n'est pas un animal admirablement beau,

et même il y a plus de merveilles dans l'araignée.

 

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02 mars 2016

MELANIE LA MYGALE !

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Avertissement

Cet article n'est en aucun cas un encouragement à l'acquisition

et à la maintenance de mygales en captivité ! 

 

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Clique sur l'image pour l'agrandir !

Bonjour, ami(e) du monde soyeux !

Comme Inachos t'en a informé(e), l'année 2016 sera placée sous le signe de l'araignée ! J'en appelle donc à ton courage, si tu te montres arachnophobe, pour te forcer à rester sur ces pages... Car Inachos commence fort ! très fort !

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Mélanie sur son tapis de fils d'alerte

Oui ! tu l'auras deviné, je ne suis pas un aranéide originaire de Bourgogne, ni de France, même si je vis dans la Nièvre... Mes congénères terricoles autochtones sont brésiliennes et creusent des galeries près des cours d'eau, là où il fait plus frais et plus humide dans ces zones tropicales.

Je suis, comme tu peux le constater, une grosse mygale, un mygalomorphe devrais-je dire pour plus de précision scientifique. Mon nom binominal ? Lasiodora parahybana ! Mais rassure-toi, les personnes qui prennent soin de moi m'ont prénommé affectueusement Mélanie. Sympa et plus pratique, non ?

Bien ! Je vais commencer par te révéler l'origine du mot "mygale" : ainsi je te ferai peut-être un peu moins peur. Figure-toi que les grecs considéraient la petite musaraigne comme ... venimeuse ! ! ! Ainsi le nom "mugalê" désignait-il cet inoffensif petit rongeur.Par un curieux chassé-croisé, le mot "musaraigne" est issu du latin "mus-aranea" qui signifie "souris-araignée". Et voilà comment est apparu le vocable "mygale" : surprenant, non ?

 

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Bon ! trêve d'étymologie et parlons davantage de moi, la belle Mélanie... On raconte que je suis l'une des plus belles mygales américaines et, si je ne suis pas la plus grande, je suis incontestablement la plus grosse. Robuste, bonne mangeuse, puissante, pas agressive pour un sou, je plais forcément à tous les amateurs d'araignées exotiques.

Pourtant, je suis une vieille mygale de ... 22 ans. Mélanie la mamie en quelque sorte ! Mon envergure atteint 18 centimètres, pattes comprises. Pas mal, n'est-ce pas ?

Précédemment, j'ai déclaré que je n'étais pas agressive du tout. Certes, certes ! Cependant, il ne faut pas me provoquer : regarde la photographie ci-dessous ! Quand Inachos me rend visite afin de me tirer le portrait, il adore me taquiner avec une baguette. Vois comme je contre-attaque aussitôt en plantant mes crochets à venin dans celle-ci pour qu'il arrête son jeu stupide pendant ma sieste... 

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Oui ! tu l'auras compris, le jour je me repose et la nuit je vadrouille dans mon terrarium.

Il est temps maintenant que je te révèle un secret. Lorsque mes propriétaires nettoient mon habitat, ils organisent sur le substrat en tourbe de sphaigne un superbe décor : rochers, petit étang privé pour m'abreuver, écorces de liège destinées à me servir de caches... Mais moi, dès la nuit suivante, je me plais à tout détruire dans mon terrarium. Je creuse des trous énormes, je réalise des monticules, le tout bien marqué de toiles évidemment afin que personne ne puisse altérer mes réalisations. Ouais ! je n'en fais qu'à ma tête question déco, une véritable Valérie Damidot ! ! !

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Il faut dire qu'à l'extrémité postérieure de mon abdomen (l'opisthosome), je possède des glandes séricigènes qui produisent la soie, évacuée par des fusules, des petits orifices situés sur les filières. Les filières ? Ce sont ces appendices très mobiles et souples servant à appliquer la soie sur les supports que je choisis. Sur les photos d'Inachos, tu ne verras que la paire de grandes, les deux petites étant dissimulées dans mes poils. Oh ! pardon ! je voulais dire dans mes soies. 

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Vue de mes deux pots d'échappement !

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Mélanie sur sa toile-nappe, épaisse, douce et lisse, sur laquelle reposera sa proie

pendant la digestion externe. Cette nappe isole également l'animal du substrat, lui évitant

le contact d'éventuels champignons tout en la gardant à une certaine hygrométrie.

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                     Le repas de Mélanie : une petite grenouille rousse

                              Clique sur les clichés pour les agrandir

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 Les redoutables crochets à venin de Mélanie 

           

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La toile ténue, dite de l'exploratrice, est tissée lors des déplacements de Mélanie.

Elle permet à notre amie de tracer son chemin à la manière du Petit Poucet

                 ainsi qu'à repérer ses proies et les prédateurs, par transmission des vibrations.                   

Mes soies ... tiens ! Parlons-en de mes soies ! Certaines sont des armes de défenses redoutables : les soies urticantes ! Pourtant, elles ne sont pas bien longues, mesurant de 0,2 millimètres à 1,2 centimètres. Dans la nature, au Brésil, je les utilisais volontiers contre les petits mammifères qui voulaient me croquer. Je dirigeais mon gros abdomen vers les opportuns, je frottais mes pattes arrière contre mon gros bidon et c'était un véritable bombardement ! Ces soies ne tuent pas mais provoquent de sévères démangeaisons, des allergies ainsi que de grosses irritations des yeux, des bronches et des poumons. L'inhalation des soies "vaporisées" dans l'air, à l'instar de celles des chenilles processionnaires, peuvent également entraîner des crises d'asthme chez les humains prédisposés... Vues au microscope, les soies urticantes ressemblent, en effet, à des épis de blé ou encore à des harpons dentelés et peuvent, pour les plus longues, pénétrer la peau jusqu'à 2 millimètres de profondeur ! Tu l'auras compris, ces soies irritantes n'ont pas seulement un effet mécanique mais aussi un impact chimique sur la peau et les muqueuses...  

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La toile d'étançonnage est l'exclusivité des mygales souterraines.

Elle tapisse les parois du terrier, en l'occurrence du terrarium pour Mélanie. 

D'autre part, mes 8 yeux ne me permettent pas, hélas, de voir comme toi, les images en haute résolution, loin de là ! En effet, mes yeux ont une portée qui n'excède pas 8 à 12 centimètres. Je pense même que, trop petits pour une grosse bestiole comme moi, tu dois avoir du mal à les distinguer à l'avant de la face dorsale de mon céphalothorax (mon prosome), portés par une surélévation de ce dernier nommé tumulus oculaire. 

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Vue du tumulus oculaire et des 8 yeux minuscules par rapport aux patelles des pattes

marquées par deux bandes claires longitudinales (clique pour agrandir)

Pourtant ce combiné de 8 yeux (2 principaux et 6 auxiliaires) me confère un champ de vision d'environ 300 degrés. Mais ils servent davantage de photorécepteurs pour la régulation des rythmes biologiques (alternance jour/nuit) que pour la vue à proprement parler.

 

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En effet, mon organe de détection est un système pileux spécifique, extrêmement sensible, réparti sur mon corps et mes pattes. Les soies qui assurent la détection des stimuli (chaleur, humidité, odeurs, goûts...) sont creuses et contiennent chacune le prolongement d'un neurone sensitif connecté à mon système nerveux central. Par ailleurs, les trichobothries (mécanorécepteurs) sont de longues soies encore plus fines qui enregistrent les moindres variations de température, de pression atmosphérique, perçoivent d'infimes mouvements, vibrations et sont sensibles aux déplacements d'air 

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Sur ce cliché présentant la segmentation d'une patte ambulatoire en 7 parties,

on voit très bien les longues trichobothries claires. 

 Voilà ! tu sais à peu près tout ce qui concerne ma magnifique toison ! 

Par contre, je ne saurais te quitter sans t'entretenir d'un autre savoir-faire qui m'est propre : la mue ! Figure-toi que depuis ma maturité (vers 4-5 ans), j'entre une fois l'an en période d'exuviation. Ah ! si tu savais comme ces mues sont éprouvantes pour moi ! Veux-tu que je t'explique ? Alors, écoute !

D'abord, je cesse de m'alimenter. Alors mes belles couleurs ternissent, mon abdomen perd parfois ses soies et prend une couleur noir-bleuté. Cette phase dure quelques jours, parfois plus ! Puis, dans le but de me protéger des prédateurs, mais surtout en ce qui me concerne des potentiels parasites, je tisse une toile épaisse : ma toile de mue ! Je m'installe ensuite sur le dos, les pattes en l'air. Arrête de rire, ce n'est pas drôle du tout de grandir ! ! ! Au début de la mue, lors d'une phase que les spécialistes nomment apolyse, le couvercle de mon céphalothorax commence à se décoller grâce aux variations de pression interne du liquide interstitiel situé entre la nouvelle et l'ancienne enveloppe. Ma "carapace", la cuticule commence alors de se fissurer. Puis, par une succession de mouvements rapides entrecoupés de temps de repos, je parviens à décoller entièrement mon ancienne cuticule devenue trop étroite et à la retirer. Cela peut durer plusieurs heures, alors, tu comprends pourquoi je reste ensuite, éreintée, un long moment les huit fers en l'air avant de me remettre sur pattes !

 

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Puis, une sclérification (durcissement) de mon exosquelette (squelette externe) intervient. Cela prend bien, oh oui !, une bonne dizaine de jours... Je suis alors très vulnérable car mon corps, à l'intérieur de cette nouvelle "peau", est encore très mou. En revanche, les couleurs de ma nouvelle cuticule sont super éclatantes, presque translucides ! ! ! 

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Exuvie de Mélanie

 

 

 

 

 

  

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Zoom sur le céphalothorax (clique pour agrandir) 

Alors, infâme, Mélanie la mygale ?

Je devine que son évocation et ces quelques points comportementaux

ne t'auront point laissé(e) indifférent(e), arachnophobe ou non ... 

Puisse cet article et ceux qui viendront

chasser de ton esprit peurs irrationnelles et idées reçues ! 

" L'araignée a un mauvais renom : pour la plupart d'entre nous, c'est un

 animal, malfaisant, que chacun s'empresse d'écraser sous le pied ...".

Voilà ce qu'écrivait Jean-Henri Fabre, le célèbre entomologiste français

dans " La vie des araignées " en 1927.

 

Hélas, ce jugement est encore d'actualité

dans l'esprit de bon nombre de personnes.

Alors vraiment ! Que la vraie jubilation et la vive émotion que je ressens

devant ces animaux remarquables deviennent tiennes ! ! !

 

                                                                                                        Inachos

 

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01 mars 2016

DANKE ! GRACIAS ! GRAZIE ! THANKS !

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2016 sera pour vous, fidèles lecteurs d'ARTHROPOMANIA BOTANICA, l'année des aranéides ! En effet, l'ancienne région Bourgogne ne comptant aucun arachnologue professionnel sur son territoire, je me consacre depuis quelques années déjà à l'étude et à l'inventaire local de ces animaux à la "mauvaise réputation"... Il est donc temps de vous faire partager mes découvertes et, si possible, de vous faire aimer ces "bêtes infâmes" ! Car les araignées sont en vérité pleines de motifs d'émerveillement tant sur le plan biologique que comportemental...

Qui imaginerait que les mâles poussent la chansonnette, caressent, tambourinent et dansent pour séduire leurs belles ? Qui a pris la peine de photographier ces créatures soyeuses, très efficace insecticide naturel, sautant, crachant, tissant, s'embusquant, emprisonnant leurs proies pour notre plus grand confort ? Qui s'est émerveillé de leur richesse d'apparence ? Car avec leurs jaunes vifs, leurs verts clairs et une myriade d'autres couleurs, les araignées sauront vous séduire par leur physique si vous prenez la peine de les regarder...

Au fil de l'année 2016, ARTHROPOMANIA BOTANICA vous proposera donc de vous émerveiller devant le grand spectacle de la nature, de ce monde minuscule, invisible et bienveillant à l'échelle de l'humain, riche et redoutable à l'échelle miniature, celui si peu exploré des aranéides !

En ce début 2016, je souhaite également vous faire part de ma très grande satisfaction. En effet, ARTHROPOMANIA BOTANICA rayonne aujourd'hui sur un territoire géographique de 90 pays (France comprise) et les compteurs affolés atteignent les 51000 visites ! Merci de votre fidélité et, comme à l'accoutumée, je vais hisser sans plus tarder les couleurs du nouveau pays dont les lecteurs curieux de microfaune et de botanique nous ont rejoints l'an passé sur ces pages !

                                                                                                              A très bientôt,

                                                                                                                 Inachos

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