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On me nomme " Frelon " ! Si je suis détesté de la grande majorité de la famille humaine, il n'en est pas moins vrai que les femmes envient et admirent cette partie de mon corps qui justifie mon nom : ma taille très mince, extrêmement " frêle "...

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Trop de gens ne savent pas encore que je suis un insecte tout à fait pacifique. Si, je t'assure ! Je n'attaque que si l'on s'approche trop près de mon nid : il faut bien que je défende ma famille ! ! ! Bien sûr, mon vol puissant et bruyant, ma grande taille déclenchent souvent une panique injustifiée...

Tiens ! prenons l'exemple de ma cousine la guêpe : elle est vraiment sans gêne celle-là ! Si tu déjeunes à l'extérieur de ta maison, elle rapplique dare-dare, souvent avec des copines, et s'invite dans ton assiette pour découper tranquillement sous ton nez des boulettes de viande ou des portions de fruits ! Ce que, reconnais-le, je ne me permettrais jamais ! Cornegidouille, on a du savoir-vivre chez les Frelons ! ! ! 

Maintenant, arrivons-en au différend qui nous oppose, toi et moi : ma piqûre ! ! ! Oui ! Oui ! ça fait mal parce que mon dard est long et s'enfonce très profondément sous les tissus cutanés... D'ailleurs, ici, en Bourgogne, on m'appelle " arsier ", un substantif dérivé du verbe " arser " signifiant " brûler " en vieux françois car généralement l'effet douloureux d'échauffement s'installe pour 48 heures environ.

Mais sais-tu que les scientifiques ont prouvé que le venin d'une abeille, par rapport au mien, a une efficacité de 1,7 à 15 fois supérieure ? Si, si, je te le jure ! C'est d'ailleurs bien facile à expliquer car mon infatigable cousine est programmée pour défendre la quantité importante de miel stocké dans la ruche contre les attaques des prédateurs gourmands, presque toujours des animaux vertébrés, petits ou grands, tels que souris, blaireau, ours ... et surtout la gloutonne famille humaine ! ! ! Pourquoi dis-je que l'abeille est programmée ? Eh bien parce qu'en piquant un vertébré, elle laisse son dard barbelé planté sur son agresseur et meurt. La désolidarisation du dard entraîne un déchirement interne de l'abdomen mais en revanche, garantit la vidange complète de la poche de poison...

L'abeille récolte le nectar mais moi, je chasse principalement les insectes: tu ne crois tout de même pas que je vais gaspiller mon venin que j'injecte, de préférence, à doses homéopathiques ? Par ailleurs, je suis un insectivore très, très efficace et par conséquent utile. Imagine que, de la mi-août à la mi-septembre, ma colonie qui compte de 400 à 700 individus nourrit son couvain grâce à environ un demi-kilo d'insectes par jour : cela correspond à la consommation quotidienne de 5 à 6 familles de mésanges. Pas mal, non ? Les repas de nos larves se composent à 90% de mouches mais sont complétés de chenilles, taons, guêpes, abeilles. Parfois quelques araignées s'ajoutent à ce festin entomologique.

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Gros plan de la tête de Vespa crabro

Chaque oeil complexe à facettes revêt la forme typique d'un " rein ". Le " clypéus " est cette importante partie située au-dessus des impressionnantes mâchoires, les " mandibules ".

Je sens que tu vas me reprocher de tuer quelques abeilles ! Mais je peux t'assurer que les pertes pour les apiculteurs sont infimes. Par contre, mon agressif cousin asiatique, malencontreusement introduit en France en 2004 semble-t-il, fait des ravages considérables dans les ruches. Mais c'est une autre histoire qu'Inachos te contera dans un prochain article...

Il n'en reste pas moins vrai que je traîne après moi depuis l'Antiquité cette légende absurde des Frelons " tueurs ". En effet, mes ancêtres semblent avoir été utilisés en tant que première arme biologique. Les historiens pensent que les Frelons étaient enfermés dans des récipients en argile pour être ensuite catapultés sur l'adversaire. En heurtant un obstacle, les poteries se brisaient, libérant ainsi les Frelons qui, terrifiés, piquaient tout ce qui bougeait... De quoi prendre la poudre d'escampette, ne crois-tu pas ?

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" Guêpier " en forme d'oignon installé sur le sol d'une maisonnette pour enfants.

On remarque (en cliquant sur l'image) que les Frelons, prudents, avaient soigneusement colmaté portes et fenêtres pour éloigner les prédateurs éventuels...

Allez ! Assez parlé de douleur et de guerre ! Apprécie maintenant, le génial bâtisseur que je suis... Mon nid, le " guêpier " est formé de couches de " carton " fabriqué à partir de copeaux d'écorces et de bois, rongés, mâchés et mélangés à de la salive. Les étages d'alvéoles sont de véritables chefs-d'oeuvre de la nature. Car, vois-tu, chez nous depuis des millénaires, se transmet de génération en génération l'art de construire...

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A gauche                                                                  A droite

Les différents coloris correspondent                                                   Chaque alvéole, dont la texture rappelle 

aux diverses essences d'arbres utilisées.                         celle du papier cartonné, est un hexagone parfait.

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Nid bâti dans les combles d'un pavillon.

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 Architecture du " guêpier " révélée, avec ses 7 plateaux de cellules, ses piliers de soutènement, ses couloirs d'accès...

Pour terminer, je voudrais te confier le secret de la survie au sein du " guêpier ". En période de mauvais temps, les ouvrières ne peuvent pas partir chasser. Je te rappelle que les Frelons ne possèdent pas de réserves alimentaires comme c'est le cas chez les Abeilles et les Bourdons. Les ouvrières sont alors nourries au moyen de gouttelettes secrétées par les larvesce qui évite à la colonie de jeûner et de s'affaiblir en périodes de vaches maigres... Bel exemple de soutien entre les générations, n'est-ce pas ? En outre, cette pratique capitale et vitale d'échange de nourriture appelée " trophallaxie " renforce la cohésion sociale entre les membres de notre société.

 

Alors, convaincu(e) ?

Qui dit " giga Vespa " dit ... " sympa " ! ! !

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