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Avertissement

Cet article n'est en aucun cas un encouragement à l'acquisition

et à la maintenance de mygales en captivité ! 

 

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Clique sur l'image pour l'agrandir !

Bonjour, ami(e) du monde soyeux !

Comme Inachos t'en a informé(e), l'année 2016 sera placée sous le signe de l'araignée ! J'en appelle donc à ton courage, si tu te montres arachnophobe, pour te forcer à rester sur ces pages... Car Inachos commence fort ! très fort !

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Mélanie sur son tapis de fils d'alerte

Oui ! tu l'auras deviné, je ne suis pas un aranéide originaire de Bourgogne, ni de France, même si je vis dans la Nièvre... Mes congénères terricoles autochtones sont brésiliennes et creusent des galeries près des cours d'eau, là où il fait plus frais et plus humide dans ces zones tropicales.

Je suis, comme tu peux le constater, une grosse mygale, un mygalomorphe devrais-je dire pour plus de précision scientifique. Mon nom binominal ? Lasiodora parahybana ! Mais rassure-toi, les personnes qui prennent soin de moi m'ont prénommé affectueusement Mélanie. Sympa et plus pratique, non ?

Bien ! Je vais commencer par te révéler l'origine du mot "mygale" : ainsi je te ferai peut-être un peu moins peur. Figure-toi que les grecs considéraient la petite musaraigne comme ... venimeuse ! ! ! Ainsi le nom "mugalê" désignait-il cet inoffensif petit rongeur.Par un curieux chassé-croisé, le mot "musaraigne" est issu du latin "mus-aranea" qui signifie "souris-araignée". Et voilà comment est apparu le vocable "mygale" : surprenant, non ?

 

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Bon ! trêve d'étymologie et parlons davantage de moi, la belle Mélanie... On raconte que je suis l'une des plus belles mygales américaines et, si je ne suis pas la plus grande, je suis incontestablement la plus grosse. Robuste, bonne mangeuse, puissante, pas agressive pour un sou, je plais forcément à tous les amateurs d'araignées exotiques.

Pourtant, je suis une vieille mygale de ... 22 ans. Mélanie la mamie en quelque sorte ! Mon envergure atteint 18 centimètres, pattes comprises. Pas mal, n'est-ce pas ?

Précédemment, j'ai déclaré que je n'étais pas agressive du tout. Certes, certes ! Cependant, il ne faut pas me provoquer : regarde la photographie ci-dessous ! Quand Inachos me rend visite afin de me tirer le portrait, il adore me taquiner avec une baguette. Vois comme je contre-attaque aussitôt en plantant mes crochets à venin dans celle-ci pour qu'il arrête son jeu stupide pendant ma sieste... 

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Oui ! tu l'auras compris, le jour je me repose et la nuit je vadrouille dans mon terrarium.

Il est temps maintenant que je te révèle un secret. Lorsque mes propriétaires nettoient mon habitat, ils organisent sur le substrat en tourbe de sphaigne un superbe décor : rochers, petit étang privé pour m'abreuver, écorces de liège destinées à me servir de caches... Mais moi, dès la nuit suivante, je me plais à tout détruire dans mon terrarium. Je creuse des trous énormes, je réalise des monticules, le tout bien marqué de toiles évidemment afin que personne ne puisse altérer mes réalisations. Ouais ! je n'en fais qu'à ma tête question déco, une véritable Valérie Damidot ! ! !

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Il faut dire qu'à l'extrémité postérieure de mon abdomen (l'opisthosome), je possède des glandes séricigènes qui produisent la soie, évacuée par des fusules, des petits orifices situés sur les filières. Les filières ? Ce sont ces appendices très mobiles et souples servant à appliquer la soie sur les supports que je choisis. Sur les photos d'Inachos, tu ne verras que la paire de grandes, les deux petites étant dissimulées dans mes poils. Oh ! pardon ! je voulais dire dans mes soies. 

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Vue de mes deux pots d'échappement !

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Mélanie sur sa toile-nappe, épaisse, douce et lisse, sur laquelle reposera sa proie

pendant la digestion externe. Cette nappe isole également l'animal du substrat, lui évitant

le contact d'éventuels champignons tout en la gardant à une certaine hygrométrie.

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                     Le repas de Mélanie : une petite grenouille rousse

                              Clique sur les clichés pour les agrandir

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 Les redoutables crochets à venin de Mélanie 

           

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La toile ténue, dite de l'exploratrice, est tissée lors des déplacements de Mélanie.

Elle permet à notre amie de tracer son chemin à la manière du Petit Poucet

                 ainsi qu'à repérer ses proies et les prédateurs, par transmission des vibrations.                   

Mes soies ... tiens ! Parlons-en de mes soies ! Certaines sont des armes de défenses redoutables : les soies urticantes ! Pourtant, elles ne sont pas bien longues, mesurant de 0,2 millimètres à 1,2 centimètres. Dans la nature, au Brésil, je les utilisais volontiers contre les petits mammifères qui voulaient me croquer. Je dirigeais mon gros abdomen vers les opportuns, je frottais mes pattes arrière contre mon gros bidon et c'était un véritable bombardement ! Ces soies ne tuent pas mais provoquent de sévères démangeaisons, des allergies ainsi que de grosses irritations des yeux, des bronches et des poumons. L'inhalation des soies "vaporisées" dans l'air, à l'instar de celles des chenilles processionnaires, peuvent également entraîner des crises d'asthme chez les humains prédisposés... Vues au microscope, les soies urticantes ressemblent, en effet, à des épis de blé ou encore à des harpons dentelés et peuvent, pour les plus longues, pénétrer la peau jusqu'à 2 millimètres de profondeur ! Tu l'auras compris, ces soies irritantes n'ont pas seulement un effet mécanique mais aussi un impact chimique sur la peau et les muqueuses...  

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La toile d'étançonnage est l'exclusivité des mygales souterraines.

Elle tapisse les parois du terrier, en l'occurrence du terrarium pour Mélanie. 

D'autre part, mes 8 yeux ne me permettent pas, hélas, de voir comme toi, les images en haute résolution, loin de là ! En effet, mes yeux ont une portée qui n'excède pas 8 à 12 centimètres. Je pense même que, trop petits pour une grosse bestiole comme moi, tu dois avoir du mal à les distinguer à l'avant de la face dorsale de mon céphalothorax (mon prosome), portés par une surélévation de ce dernier nommé tumulus oculaire. 

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Vue du tumulus oculaire et des 8 yeux minuscules par rapport aux patelles des pattes

marquées par deux bandes claires longitudinales (clique pour agrandir)

Pourtant ce combiné de 8 yeux (2 principaux et 6 auxiliaires) me confère un champ de vision d'environ 300 degrés. Mais ils servent davantage de photorécepteurs pour la régulation des rythmes biologiques (alternance jour/nuit) que pour la vue à proprement parler.

 

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En effet, mon organe de détection est un système pileux spécifique, extrêmement sensible, réparti sur mon corps et mes pattes. Les soies qui assurent la détection des stimuli (chaleur, humidité, odeurs, goûts...) sont creuses et contiennent chacune le prolongement d'un neurone sensitif connecté à mon système nerveux central. Par ailleurs, les trichobothries (mécanorécepteurs) sont de longues soies encore plus fines qui enregistrent les moindres variations de température, de pression atmosphérique, perçoivent d'infimes mouvements, vibrations et sont sensibles aux déplacements d'air 

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Sur ce cliché présentant la segmentation d'une patte ambulatoire en 7 parties,

on voit très bien les longues trichobothries claires. 

 Voilà ! tu sais à peu près tout ce qui concerne ma magnifique toison ! 

Par contre, je ne saurais te quitter sans t'entretenir d'un autre savoir-faire qui m'est propre : la mue ! Figure-toi que depuis ma maturité (vers 4-5 ans), j'entre une fois l'an en période d'exuviation. Ah ! si tu savais comme ces mues sont éprouvantes pour moi ! Veux-tu que je t'explique ? Alors, écoute !

D'abord, je cesse de m'alimenter. Alors mes belles couleurs ternissent, mon abdomen perd parfois ses soies et prend une couleur noir-bleuté. Cette phase dure quelques jours, parfois plus ! Puis, dans le but de me protéger des prédateurs, mais surtout en ce qui me concerne des potentiels parasites, je tisse une toile épaisse : ma toile de mue ! Je m'installe ensuite sur le dos, les pattes en l'air. Arrête de rire, ce n'est pas drôle du tout de grandir ! ! ! Au début de la mue, lors d'une phase que les spécialistes nomment apolyse, le couvercle de mon céphalothorax commence à se décoller grâce aux variations de pression interne du liquide interstitiel situé entre la nouvelle et l'ancienne enveloppe. Ma "carapace", la cuticule commence alors de se fissurer. Puis, par une succession de mouvements rapides entrecoupés de temps de repos, je parviens à décoller entièrement mon ancienne cuticule devenue trop étroite et à la retirer. Cela peut durer plusieurs heures, alors, tu comprends pourquoi je reste ensuite, éreintée, un long moment les huit fers en l'air avant de me remettre sur pattes !

 

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Puis, une sclérification (durcissement) de mon exosquelette (squelette externe) intervient. Cela prend bien, oh oui !, une bonne dizaine de jours... Je suis alors très vulnérable car mon corps, à l'intérieur de cette nouvelle "peau", est encore très mou. En revanche, les couleurs de ma nouvelle cuticule sont super éclatantes, presque translucides ! ! ! 

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Exuvie de Mélanie

 

 

 

 

 

  

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Zoom sur le céphalothorax (clique pour agrandir) 

Alors, infâme, Mélanie la mygale ?

Je devine que son évocation et ces quelques points comportementaux

ne t'auront point laissé(e) indifférent(e), arachnophobe ou non ... 

Puisse cet article et ceux qui viendront

chasser de ton esprit peurs irrationnelles et idées reçues ! 

" L'araignée a un mauvais renom : pour la plupart d'entre nous, c'est un

 animal, malfaisant, que chacun s'empresse d'écraser sous le pied ...".

Voilà ce qu'écrivait Jean-Henri Fabre, le célèbre entomologiste français

dans " La vie des araignées " en 1927.

 

Hélas, ce jugement est encore d'actualité

dans l'esprit de bon nombre de personnes.

Alors vraiment ! Que la vraie jubilation et la vive émotion que je ressens

devant ces animaux remarquables deviennent tiennes ! ! !

 

                                                                                                        Inachos

 

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