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Création Voeux 2017

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Chère lectrice, cher lecteur,

En ce début d'année 2017, mes voeux auront pour thème les droits de l'animal, " être vivant doué de sensibilité ". Souhait optimiste, s'il en est !

Se projeter vers l'avenir, bâtir des rêves ou laisser libre cours à ses aspirations, tout cela va de pair avec l'espoir. Pour beaucoup cependant, il ne faut pas se laisser glisser dans les espérances car les déceptions sont parfois cruelles. Mais croire, vivre en gardant espoir aide à se relever des coups durs de la vie et à avoir confiance dans le futur. L'espoir n'est-il pas cette lueur, ce souhait proféré par plaisir ou par conviction ?

Je me souviens qu'il y a tout juste deux ans, le 28 janvier 2015, l'Assemblée nationale votait en lecture définitive le projet de loi relatif à la modernisation du droit de l'animal, désormais reconnu comme un " être vivant doué de sensibilité " dans le Code civil (nouvel article 515-14) et non plus considéré comme un bien meuble (article 528). Aussi, n'étant plus défini par ses valeurs marchande et patrimoniale, je me suis réjoui qu'il le soit par sa valeur intrinsèque... Innocemment, j'ai aussitôt pensé que j'assistais là à un tournant historique mettant fin à plus de deux cents ans d'une vision archaïque de l'animal dans le Code civil et prenant enfin en compte l'état des connaissances scientifiques et l'éthique de notre société du vingt-et-unième siècle. Quelle grossière erreur !

En effet, ces quelques phrases symboliques dans le Code civil n'apportent rien sur le fond. Au final, avec cet amendement, l'animal est toujours soumis au régime des biens corporels. Cela ne change en rien les comportements envers les animaux qui pourront toujours être vendus, loués, exploités... Les pratiques les plus cruelles, comme la corrida, la chasse à courre, les combats de coqs, l'abattage rituel, certaines formes de pêches ou d'élevage, ne sont pas du tout remises en cause.

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Par exemple, le Code civil continue d'exclure de son domaine les animaux sauvages qui sont pris en compte par le Code de l'environnement. Or ce dernier ne reconnaît pas leur sensibilité ! Il ne les considère pas non plus comme des individus mais comme des espèces tantôt nuisibles tantôt protégées. Actuellement, un animal sauvage voit sa sensibilité reconnue tant qu'il est tenu captif dans un zoo ou un cirque. Mais si le même animal s'enfuit, il n'existe plus juridiquement et n'est plus protégé en tant que tel : c'est totalement aberrant ! L'idée la plus cohérente serait déjà de reconnaître la sensibilité de l'animal sauvage vivant en liberté !

Ensuite, le Code pénal ne reconnaît pas officiellement l'animal comme un être sensible, mais seulement implicitement. Les atteintes aux animaux sont classées à côtés des infractions contre les personnes et les biens, dans le chapitre " autres délits ". Aussi ces actes de cruauté sont-ils moins sanctionnés qu'un simple vol d'un bien. Il semble donc urgent d'apporter un certain nombre d'aménagements à ce Code pénal !

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Quant aux animaux d'élevage, ils sont cette fois régis par le Code rural, qui est le véritable code animalier, celui qui détermine la façon de les entretenir, de les élever, de les soigner, etc. Or ce dernier reconnaît déjà l'animal comme " être sensible " depuis la loi sur la protection de la nature de 1976. Pour autant, cela ne l'empêche pas de considérer, en substance, que leur souffrance, dans les abattoirs notamment, est utile car nécessaire à l'alimentation de la population !

Arrivé à ce premier stade de mon discours, une première et brève synthèse s'impose. C'est aussi mon premier voeu pour 2017 !

Pour qu'il y ait un véritable changement, la question est de savoir dans quelle société nous voulons vivre. Veut-on poursuivre l'exploitation de la souffrance animale ou sommes-nous prêts à certains efforts ? C'est d'abord, me semble-t-il, un débat sociétal que nous devons avoir et une discussion avec les éleveurs, les chasseurs, les pêcheurs... L'idée n'est pas de remettre en cause nos modes de vie du jour au lendemain mais on peut déjà poser des garde-fous pour éviter les pratiques les plus choquantes et les moins respectueuses des animaux. A l'issue de cette démarche, il conviendra, bien entendu, de mettre en cohérence Code civil, Code de l'environnement, Code pénal et Code rural !

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Après le développement de ces aspects législatifs, rapprochons-nous de l'animal en termes de sensibilité et de conscience.

Comme les humains, les non humains sont capables de ressentir du plaisir ou de l'aversion. C'est ce que confirment les scientifiques avec les dernières études sur la " sentience " animale. Une révélation qui pose plus que jamais la question de notre rapport aux autres animaux ! 

En son temps, Charles Darwin déclarait : " Il n'y a pas de différence fondamentale entre l'Homme et les mammifères supérieurs sur le plan des facultés mentales. La différence intellectuelle entre l'Homme et les animaux supérieurs, si grande soit-elle, n'est qu'une question de degré et non de genre. "

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Il aura fallu attendre le XXIème siècle pour que les scientifiques donnent raison au grand homme et le prouvent avec les dernières études sur la " sentience " (du latin sentiens, " ressentant ").

Le concept de " sentience " est central en éthique animale car un être " sentient " ressent la douleur, le plaisir et diverses émotions : ce qui lui arrive lui importe ! Ce fait lui confère une perspective sur sa propre vie, des intérêts (à éviter la souffrance, à vivre une vie satisfaisante, etc.), voire des droits (à la vie, au respect...). Ces intérêts et ces droits impliquent des devoirs moraux de notre part envers les autres êtres " sentients ".

Si la définition précise de la " sentience " et la question de savoir si elle est présente chez tout animal (peut-être même chez les arthropodes !) font toujours débat, il est aujourd'hui reconnu par tous que les animaux sont des êtres sensibles, à un degré plus ou moins élevé. Autrement dit, un animal éprouve un ensemble de sentiments (sensations, perceptions et émotions) positifs ou négatifs, depuis la douleur et la peur jusqu'au plaisir et la joie. Des études scientifiques ont d'ailleurs montré que certains animaux présentaient un type de capacités mentales de haut niveau que l'on croyait, jusqu'alors, réservées aux seuls humains comme être conscients d'eux-mêmes, être capables de résoudre des problèmes nouveaux, avoir des représentations mentales ou encore comprendre ce que d'autres animaux savent ou se disposent à faire. Et cela, que l'animal soit sauvage, animal de ferme ou animal familier !

Depuis quelques décennies, nombre d'exemples issus d'une très grande quantité d'études scientifiques attestent cette révélation. Ainsi, les babouins et les pigeons assimilent des concepts abstraits comme la similitude ou la différence. Certains animaux utilisent des techniques pour tromper leur entourage comme le porc qui peut le faire délibérément pour éviter qu'un de ses congénères ne lui vole sa nourriture.

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Les moutons sont, quant à eux, capables de garder le souvenir d'autres moutons ou de personnes humaines pendant au moins deux ans. Un mouton réagit aussi de façon émotionnelle à un visage : il préfère un mouton ou un humain aimable à un mouton ou un humain en colère.

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Les poulets comprennent qu'un objet caché continue d'exister, une faculté qui dépasse celle des enfants en bas âge. Les grands singes et les grands dauphins montrent qu'ils sont conscients d'eux-mêmes et se reconnaissent dans un miroir...

Au moment où nous célébrons le 208ème anniversaire de la naissance du père de l'évolution, la science fait un pas de plus en assurant que l'être humain n'est pas le seul " animal " capable de planifier à long terme. Une étude scientifique publiée en mars 2009 a, par exemple, révélé qu'un chimpanzé mâle de 31 ans, détenu au zoo de Furuvik, en Suède, planifie son avenir. Le matin, avant l'ouverture du zoo, ce chimpanzé, prénommé Santino, ramasse et empile des cailloux. Plus tard, dans la matinée, il jette ses cailloux en direction des visiteurs. L'animal stocke des munitions uniquement sur le versant de l'île qui fait face aux spectateurs, mais il ne prépare jamais de projectiles pendant la période de fermeture du zoo, en hiver. Pour Mathias Osvath, spécialiste en sciences cognitives à l'université de Lund en Suède et auteur de l'étude en question, " ces observations montrent de façon convaincantes que nos frères les grands singes envisagent bel et bien l'avenir d'une manière très complexe. Ils ont très vraisemblablement un "monde intérieur", comme nous lorsque nous revivons en pensée des épisodes passés de notre existence ou lorsque nous pensons aux jours à venir. " 

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Depuis 1997, l'Union européenne reconnaît les animaux comme des " êtres sensibles ". Ainsi, le droit européen oblige les Etats membres à " tenir pleinement compte des exigences en matière de bien-être animal ". Cependant, les découvertes de ces dernières années en matière de "sentience" posent véritablement une autre question, essentielle : celle du rapport de l'homme à l'animal. En effet, si les animaux sont conscients de ce qu'ils ressentent, s'ils savent où ils sont, avec qui ils sont, comment l'homme peut-il continuer à les traiter comme des objets, à s'en servir comme des jouets ou des souffre-douleur, à les exploiter, à les enfermer, à les martyriser, à les maltraiter ? Alors que la science découvre sans cesse de nouvelles informations sur la capacité des animaux à ressentir, éprouver, penser... il est temps pour l'homme de reconsidérer la façon dont il pourrait être utile aux animaux plutôt que la façon dont les animaux pourraient lui servir. C'est à cette prise de conscience qu'est lié mon second voeu pour 2017 !

                                                                                                                           Inachos

 

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