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 Passionné(e) de papillons et/ou d'aviation, bien le bonjour !

Etrange entrée en matière, me diras-tu ? Pourtant l'article qui suit devrait intéresser tout autant mes ami(e)s lépidoptéristes que les amateurs d'objets volants identifiés...

Macroglossum stellatarum - Varennes bourg - 8 juin 2015 - 3 

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Mais pardon, chère lecteur, chère lectrice, de ne m'être point encore présenté. On m'appelle souvent Moro-sphinx ou "Speedy Moro" dans l'intimité des super héros ! ! ! Si, si, je t'assure que ma notoriété n'est pas un vain mot. Car là où de très nombreuses espèces d'insectes doivent se contenter de leur seul nom scientifique, les humains ont fait preuve à mon égard d'une grande débauche de petits "noms d'oiseaux" : plus d'une trentaine dans l'hexagone ! Te rends-tu compte que je suis une véritable célébrité nationale ?

Bon ! Puisque tu insistes, je te livre quelques-uns de ces noms vernaculaires : Moro-sphinx ! Sphinx fou ! Sphinx colibri ! Sphinx moineau ! Sphinx queue de canard ! Oiseau-mouche ! Bec d'oiseau ! Sphinx du caille-lait ! Macroglosse du caille-lait ! Macroglosse des gaillets ! ...

Reprenons, si tu le permets, le nom le plus communément utilisé, à savoir "Moro-sphinx" qui se traduit par sphinx "fou" en considération de l'extrême rapidité de mes déplacements d'une fleur à l'autre et de ma capacité à faire du vol stationnaire tel un robuste hélicoptère.

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La précision de mon vol alliée à une vitesse peu commune mérite bien que l'on s'y attarde quelque peu. Au titre des particularités, on notera la cadence du battement de mes ailes, de l'ordre de 75 par seconde, ce qui est considérable pour un papillon, si bien que mes ailes en question en deviennent pratiquement "invisibles".

Macroglossum stellatarum - près Surzur - Bretagne - 18 juillet 2010 - 2 compressée 

Sphinx "queue de canard" en vol stationnaire !

Mais alors, pourquoi donc une telle cadence ? Celle-ci est principalement imposée par la petitesse de ma surface alaire portante en regard du poids et du volume de mon corps quelque peu ... rondelet ! Bien entendu, tu l'auras deviné, il s'ensuit une dépense énergétique considérable, d'où la nécessité de butinages nourriciers incessants à un rythme effréné, eux-mêmes très énergivores ! N'est-ce point là une parfaite illustration de la quadrature du cercle, du noeud gordien, du cercle vicieux ?

Outre mon vol stationnaire de type colibri, je suis capable d'atteindre des pointes de 50 km à l'heure. En vol de croisière, ma vitesse moyenne avoisine 40 km par heure, ce qui me permet de parcourir de longues distances et me place parmi les papillons les plus rapides de la planète.

Si je suis un long-courrier, cela signifie que j'appartiens à la confrérie des ... papillons migrateurs ! Mais tu l'avais certainement deviné en lisant le paragraphe précédent...

Je migre chaque année de mes terres natales du Maghreb et de l'Europe méditerranéenne vers des latitudes plus septentrionales où je produis sur place une génération estivale.

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Durant les étés secs et chauds, tu nous as sans doute vus apparaître de façon massive, investissant les balconnières et les parterres fleuris des villes. Certains de mes congénères, nés en Europe, effectuent manifestement une migration de retour vers le Sud. D'autres copains tentent d'hiverner sur place, avec un certain succès semble-t-il depuis quelques années, en liaison probable avec le réchauffement climatique actuel.

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Mais en hiver, un grand nombre d'entre nous préfère résider sous les climats tempérés les plus chauds : en Espagne, Portugal, Italie, Turquie, Afrique du Nord... Nous ne survivons que rarement à la froidure des régions plus "arctiques" comme au nord des Alpes en Europe ou au nord du Caucase en Russie.

L'analogie avec l'aviation ne s'arrête pas là ! En effet, je ne me pose jamais sur les fleurs et ne pratique que le ravitaillement en vol grâce à une très longue trompe d'environ 2 cm et demi. A l'aide à cet organe formidable, j'aime à recueillir le savoureux nectar des fleurs à corolles profondes : lavande, jasmin, buddleia, violette, pétunia, lilas, etc.

Macroglossum stellatarum - près Surzur - Bretagne - 18 juillet 2010 - 1

Macroglossum stellatarum se ravitaillant sur un buddleia...

Macroglossum stellatarum - Varennes bourg - 8 juin 2015 - 1

 

 

 

 

 

et ici, sur un pied de lavande.

 

 

 

 

 

           On remarque la longue trompe à l'extrémité colorée de nectar.

L'étymologie du nom de genre "Macroglossum" de ce Sphingidé est très explicite. Observe plutôt :

macro = grande et glossa = langue

Il me reste à partager avec toi un petit secret... En effet, j'aime voler en fin d'après-midi, mais jamais la nuit, ce qui est tout à fait inhabituel pour un sphinx, les Sphingidés étant pour la plupart nocturnes, bref ! des papillons de nuit, des Hétérocères ! Le soir venu, je me cache dans l'anfractuosité d'un rocher ou d'un mur où je passe d'autant plus inaperçu qu'au repos, mes ailes antérieures ternes recouvrent les postérieures orangées.

Macroglossum stellatarum - Picasso - Urzy - 29 juin 2012 - 5Macroglossum stellatarum - Picasso - Urzy - 29 juin 2012 - 6

 

Le Moro-sphinx est l'une des rares espèces diurnes de sa famille

avec le Sphinx fuciforme ou Sphinx gazé (Hemaris fuciformis)

et le Sphinx bombyliforme (Hemaris tityus),

espèces moins fréquentes en France.

                                                                                                        Inachos