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Dans l'article précédent, nous avons pu observer comment les OGM de type "Bt" pouvaient ralentir la croissance et augmenter le taux de mortalité des chenilles de Monarques. Si la surface d'hivernage (approximation de la population des papillons) des Monarques a été divisée par 3 entre les décennies 1993-2003 et 2004-2014, c'est que d'autres causes génèrent cette formidable régression.

Car hélas, les malheurs du Monarque ne se limitent pas à la problématique des OGM "Bt" !

En effet, le meilleur désherbage des champs et des abords permis par l'utilisation des OGM "Roundup Ready" (OGM "RR") a réduit la quantité de nourriture disponible pour les larves de 20% et pourrait expliquer le déclin des populations de Monarques, auquel s'ajouterait une réduction des surfaces de plante hôte en milieu naturel du fait de l'augmentation des surfaces forestières et urbaines. Par ailleurs, les asclépiades étant toxiques pour les vertébrés, elles sont souvent détruites quand elles se développent à l'intérieur et en marge de pâture. Aussi les scientifiques conseillent-ils de réaliser des plantations d'asclépiades dans le Midwest, en dehors des zones agricoles, par exemple au bord des routes, pour compenser cette réduction du biotope.

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Quand la bonne volonté est néfaste !

Une autre cause de disparition récemment identifiée est que de nombreux jardiniers bien intentionnés ont voulu sauver ce lépidoptère emblématique en plantant dans leur jardin des asclépiades afin que les Monarques puissent pondre et se nourrir. Mais nombre d'entre eux ont planté une espèce largement diffusée par les horticulteurs : Asclepias curassavica. Cette dernière est originaire des tropiques et non des Etats-Unis, jolie, facile à cultiver et visiblement appréciée par les Monarques.

Cette asclépiade exotique, dans les régions chaudes du sud des Etats-Unis ne meurt pas en hiver comme le font les espèces locales. Les Monarques sont alors incités à y pondre au lieu de faire le voyage au Mexique. En 2013, le nombre de Monarques en migration vers le Mexique a été le plus bas jamais enregistré, couvrant à peine 0,67 hectare de forêt (à comparer aux 21 hectares à la saison 1996-1997). 

L'asclépiade tropicale est devenue un "piège écologique" pour ces papillons qui ont trouvé là un site de reproduction hivernal, alors que cette plante héberge un protozoaire parasite dénommé Ophryocystis elektroscirrha. Son impact négatif affecterait plus les femelles que les mâles et expliquerait que leur pourcentage décline depuis 30 ans. Les papillons qui restent au sud des Etats-Unis au lieu de migrer ont été trouvés 5 à 9 fois plus porteurs de ce parasite qui les affaiblit, limite leur durée de vie et les empêche de gagner le Mexique.

Autrefois, les asclépiades mouraient en hiver et les papillons s'éloignaient du parasite en partant au Mexique. Quand ils revenaient, une nouvelle génération d'asclépiades, pauvres en parasites, les attendait. Ce n'est plus le cas : dans certains des nouveaux sites de reproduction hivernale, 100% des Monarques échantillonnés en 2014 étaient infectés !

Les Monarques remontant vers le Nord au printemps traversent les zones infectées et risquent de se contaminer sur les asclépiades exotiques qui ne sont pas mortes en hiver, d'y pondre ou de s'accoupler avec des papillons malades, alors qu'ils sont déjà en voie de forte régression.

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Une solution serait de demander aux jardiniers et propriétaires de supprimer toutes les asclépiades exotiques et de les remplacer par des souches locales (cependant assez difficiles à trouver) ou, au moins, de couper la plante au moment des quelques semaines de retour de migration...

 Pour conclure, on peut dire que le Monarque est en forte régression

et menacé depuis plusieurs décennies par la disparition progressive

de ses habitats aux Etats-Unis à cause de l'agriculture intensive

et au Mexique en raison de la déforestation.

Après plusieurs dizaines d'années d'efforts, le gouvernement

mexicain et les ONG ont freiné la déforestation dans la zone

d'hivernage du Monarque (forêts de sapins et de pins oyamel).

Mais le recul des asclépiades sauvages aux Etats-Unis reste

un problème majeur : ces messicoles ne sont plus tolérées

par les agriculteurs qui les détruisent facilement au glyphosate

(substance active de l'herbicide Roundup) dans les champs de

plantes génétiquement modifiées (OGM) pour résister à ce

désherbant total.

                                                                                   Inachos

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