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Les loups ne font pas des brebis, et inversement. La génétique règne en maître sur nos architectures individuelles, que nous soyons des animaux ou des plantes. Dans les conversations de tous les jours, on ne déclare même plus "elle a ceci de spécifique " mais "c'est dans son ADN".

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Mais pourquoi les choses, dans les faits, sont-elles parfois si complexes ? Comme toujours chez Dame Nature, les situations ne sont, en vérité, pas toujours si simples... Vois-tu, par exemple, nos amies les abeilles : dans la même ruche, les ouvrières et la reine sont à tout point de vue bien différentes et pourtant elles partagent les mêmes gènes.

Plus insolite encore, la chenille puis le papillon qui lui succède appartiennent en réalité à un seul et même individu. Ce qui prouve que les mêmes gènes peuvent aussi bien architecturer une "merguez obèse" que le gracieux volatile ailé qui la remplace ensuite. Ainsi le même ADN peut donc être commun à des faciès radicalement différents. Des nutriments différenciés suffiront à activer diversement les gènes de l'abeille conduisant soit à une simple ouvrière soit à la royale génitrice ! De même, l'ordre temporel activera différemment les gènes du papillon, architecturant d'abord la chenille puis, au moment propice, ré-architecturant le papillon doté d'ailes.

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Veux-tu maintenant que je t'entretienne d'une situation bien plus étonnante encore ?

Certains insectes se révèlent capables de manipuler l'expression des gènes des plantes dans le but de les obliger à fabriquer des organes entièrement nouveaux. Ces derniers sont destinés à servir d'hôtels-restaurants à leurs larves et sont improprement nommés "galles". Ainsi, par exemple, les gènes du chêne n'ont normalement vocation qu'à architecturer les cinq grandes parties de l'arbre : racines, tronc, branches, feuilles dès le printemps et glands en fin d'été. Lesdits gènes se montrent en effet capables de faire beaucoup plus lorsqu'ils sont sollicités par différentes espèces d'insectes cécidogènes (aptes à produire des galles sur les végétaux). En effet, pas moins d'une centaine de galles différentes résultent des sollicitations d'autant d'espèces d'insectes.

Quel potentiel créatif, ne trouves-tu pas, des gènes du chêne multiplié par un nombre important par rapport à la situation de base ! 

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"Pomme du chêne" - Biorhiza pallida

Photo du net - Cliquer pour agrandir

 

En résumé, je dirais ceci : de même qu'une phrase donnée

peut s'interpréter de diverses manières en fonction de son

 contexte, de même un pool génétique donné peut s'exprimer

diversement en fonction du contexte biochimique cellulaire

et conduire à architecturer des formes bien distinctes.

Mieux comprendre cette souplesse créative dans l'expression

des gènes fait l'objet d'une discipline nouvelle, en plein

essort, l'épigénétique avec des perspectives d'application

bien plus riches encore que la génétique traditionnelle.

Et qui, par ailleurs, pourrait bien à terme reléguer nos

actuels OGM dans la remise aux vieilles recettes...

                                                                                                         Inachos